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Le secteur de l’eau gravement budgétivore: L’envasement, un problème structurel à solutionner


Libé
Jeudi 25 Août 2022

Le secteur de l’eau gravement budgétivore: L’envasement, un problème structurel à solutionner
Les barrages du Royaume ont perdu plus de 136 millions de m³ en une semaine seulement, tandis que leur taux de remplissage a diminué de 14% par rapport à l'année précédente. En effet, la capacité des barrages est passée de 6785,7 millions de m³ mardi dernier à 6649,5 millions de m³ actuellement. Les barrages du Royaume ont également perdu 1 milliard 77 millions de m³ d'eau pendant les mois d'été. Leur volume d'eau a atteint 7 milliards 726 millions 800 mille m³ le 22 juin, avant de retomber à 6 milliards 649 millions 500 mille mètres cubes. Toutefois, il n’y a pas que la sécheresse qui peut être désignée comme cause de l’épuisement de nos barrages, l’envasement en est aussi responsable. En effet, certains de nos barrages connaissent un taux d’envasement très élevé. Des chiffres du secrétariat d’Etat chargé de l’eau (SEE) datant de 2018 indiquent que les pertes en eau sont estimées à près de 2.100 Mm³, soit près de 11% de la capacité de stockage des barrages. Un fléau qui n’a rien de nouveau puisque des chiffres datant de 1991 soulignent que les pertes par envasement sont estimées à 50 millions de m³ par an en moyenne, ce qui représentait à l’époque une diminution de 0,5% par an (5.000 à 6.000 ha/an) de possibilité d’irrigation. Un phénomène qui s’est poursuivi dans le temps et s’est accéléré sous l’impact des transformations du taux de mobilisation du potentiel en ressources en eaux superficielles et l’accentuation de l’érosion par la sollicitation accrue des sols et du couvert végétal. Cette calamité n’épargne aucun barrage ou presque. Toujours selon des données établies par le SEE, 40 grands barrages parmi les 145 que compte le Royaume sont impactés. Les plus anciens sont les plus touchés. Ainsi, les barrages Mohammed V (Moulouya) et Abdelkrim Al Khattabi (près d’Al Hoceima) ont perdu plus de 50% de leur capacité de stockage. Le barrage Nakhla a, quant à lui, perdu entre 40 et 50%. Dix-sept autres grands barrages tout aussi névralgiques, dont ceux de Lalla Takerkoust (Marrakech), Mansour Eddahbi (Ouarzazate), Hassan Eddakhil (Errachidia), ont vu leur capacité fondre de 10 à 30%. Pour les 20 barrages restants – dont Al Massira, Abdelmoumen, Tanger-Med, Al Wahda – l’impact sur la capacité de stockage ne dépasse pas 10%. A noter qu’actuellement, le Royaume compte 145 grands barrages d’une capacité de stockage de 18,7 milliards de m³ et 14 autres sont en cours de construction avec une capacité de stockage de 2,7 milliards de m³. Cette capacité de stockage pourrait s’élever à près de 24 milliards de m³ en 2026 et 32 milliards de m³ en 2050. Certains experts expliquent que l’envasement varie d’une région à l’autre en fonction du régime pluviométrique, du relief, du couvert végétal – cultures, parcours, forêts – et de la superficie du bassin versant. Selon les propos d’un cadre ministériel relayés par la Vie éco, l’aridité du climat du Maroc, la dominance du relief montagneux, la dégradation du couvert végétal par la sécheresse et la surexploitation humaine, conjuguées à la violence des crues, notamment en saison sèche, amplifient le phénomène. Pis, il sape l’effort d’aménagement des eaux de surface en réduisant les capacités de stockage des retenues par le fait d’accumulation des sédimentations avec le temps. De même, il impacte les performances de retenue du barrage en réduisant sa capacité de régularisation et sa durée de vie. Une situation qui interroge fortement les politiques d’adaptation et de résilience conçues pour faire face au changement climatique et son impact sur les ressources en eau en particulier et dont l’objectif est de gérer rationnellement et durablement les ressources en eau. En effet, il est légitime de s’interroger sur le sort de plusieurs mesures et programmes établis ou annoncés (développement de l’offre en ressources en eau moyennant la poursuite de la construction des barrages, gestion de la demande en eau à travers les programmes d’économie d’eau dans tous les secteurs, dépollution et réutilisation des ressources en eau, dessalement des eaux de mer, préservation des ressources en eaux souterraines et gestion et anticipation des phénomènes extrêmes tels que les inondations et la sécheresse). Des axes et des pistes qui ont été, pourtant, développés dans le cadre du Plan national de l’eau (PNE) et du Plan directeur d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE). Des interrogations des plus légitimes puisque le secteur de l’eau fait partie des secteurs cibles de la politique d’adaptation adoptée par le Maroc pour faire face aux effets néfastes du réchauffement climatique. En effet, la part du budget affectée au secteur de l’énergie, de l’eau et de l’environnement a progressé légèrement en valeur absolue passant de 2,7 MMDH en 2008 à 3,7 MMDH en 2011, ces trois secteurs oscillant de manière relative entre 8 et 9% du budget national. A rappeler également que la part des dépenses du secteur de l’eau consacrée aux programmes climatiques a été améliorée légèrement entre 2005 et 2010, représentant un peu plus d’un tiers du financement global du secteur en 2010. Des dépenses qui sont focalisées en grande partie sur les infrastructures hydrauliques. Notamment la réalisation de barrages et le renforcement de l’entretien des infrastructures hydrauliques existantes qui absorbent plus des deux tiers du financement climatique pour le secteur de l’eau. Les charges liées à la lutte contre les pertes dans les réseaux de distribution d’eau représentent également une enveloppe importante des activités du secteur avec 10% des dépenses climatiques globales du secteur. Hassan Bentaleb


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