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Le rêve d'émigrer attire de plus en plus de diplômés marocains

Les profils pointus se laissent plutôt tenter par l'Amérique du Nord


Les secteurs classiques de l’économie continuent à attirer la main-d’œuvre marocaine migrante. En effet, l’agriculture, la sylviculture et la pêche demeurent les premiers pourvoyeurs d’emplois pour les migrants marocains avec 20,2%, suivies par les secteurs du bâtiment et travaux publics et celui du commerce, réparations automobiles et motocycles, employant respectivement 10,7% et 10,4% des actifs occupés. Viennent ensuite l’hôtellerierestauration (8,7%) et autres services (8,5%), a indiqué la dernière enquête nationale sur la migration internationale menée par le HCP. Le même document a révélé que les secteurs d’activité varient beaucoup selon le sexe. Les hommes travaillent plus que les femmes dans l’agriculture (24,5% contre 2,9%), le BTP (12,9% contre 1,8%), le commerce (11,4% contre 6,3%) et les industries extractives (6 % contre 2,3%) ; et les femmes plus que les hommes dans la santé (13,1% contre 1,3%), l’éducation et l’administration publique (7,4% contre 2,4%), les services domestiques (8,1% contre 0,6%), les services financiers (7,5% contre 2,3%) et les autres services (16,1% contre 6,7%). Les secteurs d’activité des migrants varient aussi selon le pays de résidence. Il y a une certaine concentration sectorielle dans deux catégories de pays. Dans l’agriculture (37,1%) dans les nouveaux pays européens d’immigration ; si on ajoute le BTP (12,3%) et le commerce (11,6%), on arrive à 61%. Dans le BTP (17,2%) et les autres services (16,7%) dans les pays arabes ; si on ajoute l’hôtellerie et la restauration (13,9%), on arrive à 47,8%. Il y a moins de concentration sectorielle dans les anciens pays européens d’immigration et l’Amérique du Nord. Pourtant, cette main-d’œuvre marocaine jouit d’un niveau d’éducation nettement plus élevé que celui de la population du Maroc. Un migrant actuel sur trois (33,5%) a atteint le niveau d’enseignement supérieur, 44,7% des femmes contre 28,4% des hommes. Un autre tiers (33,7%) a le niveau secondaire, (32,6% des femmes et 34,3% des hommes). Ceux qui ont le niveau du primaire sont de 16,9% (9,8% des femmes et 20,2% des hommes) et ceux sans niveau 10,2% (8,2% des femmes et 11,1% des hommes). Comment peut-on expliquer ce décalage entre le niveau d’éduction élevé et l’emploi dans des secteurs classiques qui ne demandent pas de grandes compétences intellectuelles ? «Ça rien de contradictoire», nous a répondu Mohamed Khachani, enseignantchercheur à l’Université Mohammed V Agdal et secrétaire général de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM). Selon lui, cette question nous renvoie à la problématique de déclassement des diplômes qui désigne un dysfonctionnement entre le niveau d’éducation des individus et le niveau d’éducation requis des emplois. «Plusieurs jeunes Marocains diplômés sont prêts à tout pour décrocher un job à l’étranger, peu importe les conditions de travail et les compétences requises. Deux facteurs expliquent cet état de lieu. Il y a d’un côté le chômage, et de l’autre le rêve d’émigrer». Mais ce déclassement n’empêche pas, selon notre interlocuteur, que nombreux sont les compétences marocaines qui ont réussi à percer dans les pays d’accueil et à réaliser des success story. «Aujourd’hui, un grand nombre d’étudiants marocains préfèrent rester dans ces pays d’accueil qui recrutent de plus en plus parmi ces étudiants. Selon des chiffres de l’OCDE, le nombre de nos étudiants s’élève à 243.000 personnes». Selon l’enquête du HCP, le quart (25,8%) des migrants marocains ont obtenu leur diplôme dans des pays à l’étranger. Parmi ces derniers, la France se place en premier (14,9%), suivie de très loin par le Canada (2,4%), les Etats-Unis (2,2%), l’Allemagne (1,8%), l’Espagne (1,2%), la Belgique (0,6%) et l’Italie (0,5%). La répartition des migrants actuels ayant obtenu un diplôme supérieur ou de formation professionnelle de niveau de technicien ou technicien spécialisé, selon le domaine de spécialisation, montre que trois spécialisations émergent du lot, le commerce et la gestion (administration des entreprises) prédominent avec 23,7%, suivis des technologies de l’information et de la communication (TIC) (10,9%) et l’ingénierie et techniques apparentées (10,2%) ; viennent ensuite le droit (6,7%), les langues (6,3%), la santé (5,3%) et les mathématiques et statistiques (5%). Le domaine de spécialisation semble varier selon le sexe des migrants actuels. On relève que le domaine relatif au commerce et à la gestion est relativement plus le fait des femmes (28% contre 20,4% pour les hommes). Il en est de même pour les domaines des langues (8,2% contre 4,8%) et de la santé (7,5% contre 3,6%). En revanche, les hommes sont plus versés dans les TIC (12,9% contre 8,1 pour les femmes), l’ingénierie (12,2% contre 7,7%), les mathématiques et statistiques (respectivement 5,7% et 4,2%) et les sciences physiques (4,9% contre 3%). L’enquête en question a révélé, en outre, que le niveau d’éducation varie selon les pays d’accueil. Les migrants actuels vivant en Amérique du Nord ont le niveau d’éducation le plus élevé et ceux des nouveaux pays européens d’immigration, le plus bas. Ainsi, au moment où les migrants sans aucun niveau d’éducation enregistrent une proportion presque nulle (0,2%) en Amérique du Nord, ils sont proportionnellement importants dans les nouveaux pays européens d’immigration (16,2%). A l’autre extrémité, le niveau supérieur est beaucoup mieux représenté parmi les migrants d’Amérique du Nord, 76% contre 48,9% pour les anciens pays européens d’immigration, 28,4% pour les pays arabes et 10,9% pour les nouveaux pays européens d’immigration. Ainsi, les compétences marocaines sont drainées relativement plus par le Canada et les Etats-Unis d’Amérique et en second lieu par les anciens pays européens d’immigration (la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne). Enfin, il y a lieu de noter que les pays arabes attirent plus les lauréats de la formation professionnelle et ceux qui ont le niveau du secondaire. «L’attrait de l’Amérique du Nord sur nos compétences nationales trouve son explication dans l’environnement professionnel aux Etats-Unis et au Canada. Ceci d’autant plus que les politiques migratoires de ces pays cherchent des profils très pointus et filtrent les candidats à l’immigration dans ces pays», nous a expliqué Mohamed Khachani. Et de conclure : «Tant que l’immigration vers les nouveaux pays d’immigration est orientée par d’autres facteurs (réseaux familiaux, secteur d’activité…)». 

Hassan Bentaleb
Lundi 21 Décembre 2020

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