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Le quotidien des femmes a la vie dure

Requêtes, campagnes et autres recommandations se suivent en vain




L’Observatoire marocain des violences faites aux femmes (Oyoune Nissaiya) vient, à nouveau, de tirer la sonnette d’alarme contre la montée de la violence à l’égard des femmes, et ce lors d’un point de presse organisé à l’occasion de la présentation, mercredi dernier, à Casablanca de son 10ème rapport annuel intitulé « Des femmes seules face à la violence ». Lequel a brossé un tableau plutôt pessimiste de la situation de la femme dans plusieurs villes et régions du Maroc.
Même à Casablanca, la situation n’est pas des plus roses. En effet, 5.583 femmes y ont brisé le silence en prenant contact avec le Centre Habiba Ezzahi de Sbata. La majorité d’entre elles sont mariées (76,14 %) et 25 % analphabètes. La plupart d’entre elles (33,57%) vivent dans les bidonvilles ou partagent une chambre avec les voisins et 58,41 % ne disposent d’aucune ressource financière.
Les statistiques de ces 5 dernières années montrent que la violence psychique arrive en tête des violences faites aux femmes avec 48,50 % suivie de la violence physique en deuxième place avec 31 %, alors que 3,15 % des femmes ont affirmé avoir été victimes de violence sexuelle.
Le rapport souligne que les jeunes femmes souffrent davantage de violence sexuelle. Leur nombre atteint 1975 personnes âgées entre 15 et 28 ans, soit 35 % des femmes violentées.
Le rapport indique que la ville de Meknès pourrait devenir «un cimetière des femmes», vu le nombre important de femmes qui y ont été tuées (3 cas), se sont suicidées ou tenté de le faire (6 cas).
L’étude menée à El Jadida par l’une des associations formant ledit Observatoire, en l’occurrence   Assana Nissaiya, révèle, quant à elle, que la violence ne concerne pas uniquement les femmes du milieu urbain, mais touche également celles du milieu rural (16,34%).
D’après les chiffres fournis par le centre d’écoute dépendant de cette association et présentés par Zahra Bibou, 1.838 femmes ont déclaré avoir fait l’objet de 14.283 actes de violence, soit 8 actes de violence par femme. Il s’agit en l’occurrence de 7.438 actes de violence psychique, 3.042 actes de violence physique, 2.540 actes de violence économique, 941 actes de violence juridique et 322 actes de violence sexuelle.
Le rapport met également en avant le fait que la situation sociale difficile et la précarité de ces femmes violentées butent le plus souvent sur des obstacles juridiques qui entravent leur accès à la justice.
Dans la région du Sud et tout particulièrement à Ait Amira (Chtouka Ait Baha), le centre d’écoute de l’Association des femmes du Sud a reçu 633 femmes qui travaillent dans l’agriculture. Lesquelles ont affirmé avoir subi des actes de violence. 74 % d’entre elles sont âgées de 19 à 38 ans et ont subi 4.211 actes de violence.
Cette association a aussi révélé que ces femmes ont été victimes de 1.680 actes de violence psychique, soit 60 % des actes de violence et dénoncé l’impunité dont bénéficient les agresseurs.
L’exploitation et la violence faite aux convoyeuses des marchandises entre le Maroc et le préside occupé de Sebta ont été dénoncées par ledit rapport élaboré avec l’appui d’ONU-Femmes.
Selon la même source, 4 femmes ont trouvé la mort en 2017 « non pas dans une bousculade, mais à cause de l’irresponsabilité politique et éthique du Maroc et de l’Espagne ». Ce qui met à l’index  l’Union européenne accusée de s’intéresser à la problématique de la migration et de faire peu de cas « à cette nouvelle servitude ».
« Chaque rapport que nous publions vise à faire passer un message et non pas seulement à présenter des statistiques sur les violences faites aux femmes », a mis en exergue Najat Razi à ce propos.
L’Observatoire dresse depuis 10 ans le bilan des violences dont souffrent les Marocaines, a-t-elle déclaré en soulignant que les statistiques recensent uniquement les cas de femmes qui ont osé dénoncer les violences qu’elles ont subies.  
« Devant l’ampleur de ce phénomène, nous sommes arrivés  à la conclusion suivante : les femmes continuent de subir la violence seules et sans protection sociale ou juridique », a-t-elle martelé lors de ce point de presse animé par le journaliste Hicham Houdaifa en soulignant que les autorités compétentes doivent passer à l’acte pour mettre fin à cette situation.
Pour sa part, Leila Majdouline, membre de l’Association de solidarité féminine, a dénoncé la situation des mères célibataires qui «subissent seules et dans l’isolement la violence sociale, économique et surtout juridique », tout en appelant à la modification de plusieurs dispositions du Code pénal dont celles concernant l’avortement.

Mourad Tabet
Vendredi 30 Novembre 2018

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