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Le plafonnement des prix des carburants renvoyé aux calendes grecques

Vivement une instance indépendante de régulation !




Qu’en est-il du décret sur le plafonnement des prix des carburants ? « Il prend son temps», a indiqué Lahcen Daoudi, ministre chargé des Affaires générales et de la Gouvernance. Et de poursuivre : « Le gouvernement considère que l'application des mesures visant à plafonner les prix n'est pas urgente puisque les distributeurs des hydrocarbures ont baissé spontanément leur marge une fois qu’ils ont entendu parler du projet de plafonnement. Seule une petite entreprise a augmenté son prix de 14 centimes ». A ce propos, il a annoncé que son ministère disposait des données relatives à la réduction par les sociétés de leurs prix de vente au public, lesquels seront dévoilés mercredi prochain à la Chambre des représentants à l'occasion de la discussion du budget de ce département.
En réponse à une question orale à la Chambre des représentants sur " la crise liée à la hausse des prix des carburants", le ministre a affirmé que la possibilité de plafonner les prix des carburants est entre ses mains et que ce pouvoir ne sera utilisé que si les distributeurs augmentent  leurs prix en ajoutant que l’Exécutif peut intervenir à n’importe quel moment.  
Un changement de position qui suscite tellement d’interrogations puisque le même Lahcen Daoudi avait  déclaré en mai dernier que la décision de plafonnement a été prise et que le gouvernement comptait l’appliquer aussi vite que possible en précisant que son département travaille depuis trois mois sur le retour au plafonnement des prix dans le secteur des hydrocarbures qui permettra au gouvernement, après négociations avec les professionnels, de fixer un plafond de marge à ne pas dépasser. Lahcen Daoudi s’est même engagé à livrer sa formule finalisée au gouvernement avant la fin de la dernière semaine de mai dernier pour être présentée par la suite aux professionnels.
Les propos du ministre sur la baisse des prix des carburants sont également surprenants dans la mesure où la réalité des choses ainsi que de nombreux rapports attestent du contraire. Tel est le cas de la dernière grève nationale observée par l’Organisation démocratique des professionnels du transport routier (ODPT) pour dénoncer, entre autres, la hausse du prix des carburants.  C’est le cas également d’une note du Haut-commissariat au plan publiée le 18 juin dernier sur l’impact de la variation des cours du pétrole sur l’évolution des prix des carburants depuis leur libéralisation en 2016. Les analyses du HCP y font ressortir les trois phases de l’évolution des prix des carburants. Une période allant de 2007 à 2011 et marquée par une hausse des prix de 0,4 %. Une deuxième période allant de 2012 à 2015 avec une première hausse sensible de 8,3 % des prix des carburants et la dernière phase allant de 2016 à aujourd’hui caractérisée par une hausse continue des prix moyens des carburants de 9,1 %. Une tendance qui s’explique par l’augmentation des prix du gasoil qui sont passés de 7 DH/L au début 2016 à 10 DH  à fin mai 2018, note le HCP, soit une hausse de 40 %. Le prix du litre d'essence a franchi également la barre des 11 dirhams dans les stations-service.
D’autres analyses ont révélé que les prix des carburants au niveau national suivent généralement l’évolution du marché international en cas de hausse et ce n’est pas forcément le cas dans un scénario baissier. L’évolution des prix pratiqués depuis décembre 2015 en dit long sur ce décalage. Ainsi quelques mois après l’entrée en vigueur de la libéralisation des prix, ceux-ci n’ont baissé que de 0,89% alors que les cours du gasoil raffiné à Rotterdam ont chuté de plus de 20%. Une situation qui a été enregistrée également en janvier 2016 avec une baisse à la pompe de 2,56% alors qu’au niveau international cette baisse a été de plus de 17%.
Pourtant, au-delà de ce débat sur les chiffres, les spécialistes sont unanimes à considérer que le la fixation des marges des distributeurs ne règlera pas le problème des hausses des prix à la pompe, à moins que l’Exécutif n'accepte de revenir à la compensation ou souscrive une assurance à l’international pour limiter la hausse des prix. Même l’adoption du modèle belge de fixation de prix que le Maroc a choisi de suivre pose problème puisque ce système basé sur la fixation du prix maximum d’essence et son recalcul chaque jour en fonction de certains paramètres, n’a pas empêché la hausse des prix puisque le seuil fixé par l’Etat n’a pas cessé d’augmenter. Seul avantage, Bruxelles a pu éviter aux consommateurs de se trouver confrontés aux prix extravagants pratiqués par quelques distributeurs.
Certains autres estiment que ce problème demeure tant que l’origine du problème n’est pas réglée, à savoir la libéralisation du secteur sans mise en place une instance de régulation. Un rôle qu’aucune instance n’a assumé jusqu’à présent. Et ce n’est pas le ministère délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance qui va jouer ce rôle puisque ce département ne peut pas être juge et partie à la fois.  Ce ministère a pour rôle, précisent les spécialistes, de superviser ce secteur notamment après sa libéralisation.  Une responsabilité qui reste, néanmoins, partagée entre plusieurs départements. Il s’agit donc d’une affaire gouvernementale et non d’un seul ministère.

Hassan Bentaleb
Mercredi 7 Novembre 2018

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