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Le nucléaire par-ci Le nucléaire par-là


Hassan Bentaleb
Jeudi 2 Juin 2022

Tergiversations, déclarations et contre-déclarations

Le nucléaire par-ci Le nucléaire par-là
Le Maroc aura-t-il recours à l’énergie nucléaire pour subvenir à ses besoins énergétiques en électricité? «Peut-être», à en croire la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable qui a indiqué que son département vient d’élaborer un rapport dans le but d’opérationnaliser les recommandations d’une évaluation datant de 2015 et relative à l’utilisation de l’énergie nucléaire dans la production de l’électricité. Intervenant lors de la séance des questions orales, mardi dernier, devant la Chambre des conseillers, Laila Benali a précisé, à ce propos, que ledit rapport a été consacré à l’examen des volets en relation avec les infrastructures, les compétences en ressources humaines et les législations tout en indiquant que notre pays a accumulé une base importante de connaissances et d’expertises dans le cadre des préparatifs nécessaires pour prendre une décision nationale éclairée en la matière. En effet, la question de la production de l’électricité à partir du nucléaire ne date pas d’aujourd’hui. Un Comité de réflexion sur l'électronucléaire et le dessalement de l'eau de mer (CRED) a déjà été mis en place en 2009 et avait préparé un premier rapport d'évaluation des infrastructures nucléaires nationales en 2010. Le CRED a également établi un rapport d'autoévaluation (Self Evaluation Report (SER)) qui a concerné les 19 domaines relatifs à l'état d'avancement et de développement des infrastructures nucléaires du pays, et ce conformément à la méthodologie préconisée par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Le SER a été examiné par la mission d'évaluation de l'AIEA (Integrated Nuclear Infrastructure Review : INIR) en 2015. Le rapport de cette mission, contenant des recommandations, des suggestions et des bonnes pratiques, a été remis officiellement, début 2016, aux responsables marocains. Il est à noter qu'un plan d'actions intégrées (Integrated Work Plan (IWP)) pour la mise en œuvre des recommandations de la mission INIR a été élaboré, pour la période 2016- 2020, par le CRED avec les experts de l'AIEA. Amina Benkhadra, ex-ministre de l'Energie et des Mines, avait déjà annoncé que l'année 2017 allait connaître le début de la production d'électricité en adoptant les techniques nucléaires et que la diversification des sources d'énergie était une question nécessaire et obligatoire dans le domaine de la politique énergétique du Royaume, notant que les préparatifs battent leur plein pour lancer le processus d'introduction des technologies nucléaires dans la production d'électricité et le dessalement de l'eau de mer. L’ancienne ministre a également expliqué que le Royaume a utilisé cette technologie dans divers domaines, notamment l'industrie, l'agriculture et la santé, ajoutant que le Maroc a été soutenu par un groupe de pays. A rappeler que le Maroc dispose d’un réacteur nucléaire d'une puissance de 2 mégawatts, qui est au centre des activités du Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN), destiné à la production d'isotopes radioactifs et de produits pharmaceutiques radiologiques. Rabat possède également un partenariat avec la France sur un projet de recherche atomique, tout en souhaitant faire un pas en avant dans la coopération et la construction d'une centrale nucléaire dans la région de Marrakech. L’ex-président français Nicolas Sarkozy avait déjà promis d'aider le Maroc à construire un secteur de l'énergie nucléaire à usage civil pour soutenir le développement du pays. Toutefois, et malgré ces annonces et avancées au niveau des études et rapports, beaucoup d’hésitations entachent ce dossier et rien de concret n’a été entrepris. Ainsi, Hakima El Haïti, ex-ministre déléguée chargée de l’Environnement, avait déjà indiqué en 2015 que le recours à l’énergie nucléaire pour la production de l’électricité était une option à écarter. Invitée d’une émission radiophonique, l’ex-ministre avait précisé que le nucléaire n’est pas une alternative que le Royaume compte développer et il n’a pas l’intention d’utiliser l’énergie atomique. Mais qu’en est-il de l’accord entre le Maroc et la France sur le développement de celle-ci, et visant à promouvoir l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire dans les domaines de la technologie, de la formation et de la sûreté ? Et qu’en est-il du CNESTEN et du réacteur de recherche de 2 MW installé à la Maâmoura? «Aujourd’hui, on est en train d’expérimenter cette énergie», avait-elle annoncé sans plus de détails. Hakima ElHaïti n’avait pas, pour autant, écarté totalement l’hypothèse d’un recours éventuel à cette énergie dans l’avenir si les techniques d’exploitation se développaient davantage et devenaient moins polluantes. Des propos confirmés par un autre ex-ministre de l'Energie, Abdelkader Amara qui avait indiqué que l’option du nucléaire restait toujours ouverte même s’il avait assuré qu’aucune décision n’avait été prise à ce propos. «Tout ce que nous avons fait jusqu'à maintenant se rapporte au CNESTEN, qui exploite un réacteur de recherche de 2 MW. Cela nous permet de répondre à des besoins médicaux radiologiques et de santé comme je vous l'ai dit », avait-il indiqué. Le ministre a, par ailleurs, expliqué que son département était en train de travailler sur le cadre législatif afférent à cette question et qu’un texte portant sur une future Agence de sûreté nucléaire allait prochainement être débattu au Parlement. « Pour l'instant, nous en sommes au stade de la réflexion et des échanges avec l’Agence internationale de l'énergie atomique. Une décision lourde comme celle de se doter d'un réacteur nucléaire commercial ne se prend pas du jour au lendemain. On ne construit pas une centrale nucléaire comme une centrale à charbon! », avait-il expliqué. L’usage du nucléaire pose également d’autres défis au Maroc.C’est le cas du prix du MWh (mégawattheure) d’énergie nucléaire qui avoisine les 310€, et ce depuis le déclenchement de la crise mondiale de l’énergie qui a coïncidé avec la guerre en mer Noire.Avant l’accident de Fukushima, le montant était de 42€. Les coûts d’installation, d’entretien et de démantèlement posent également problème lorsque les centrales nucléaires deviennent trop anciennes sans parler des coûts de construction élevés. Nos responsables doivent aussi envisager des solutions quant à la gestion des déchets nucléaires qui sont nocifs pour la santé. Pareillement, en cas d’accident, les conséquences sur la santé peuvent être graves, comme l’a montré l’exemple de la centrale nucléaire de Tchernobyl (1986), ou plus récemment celui de Fukushima (2011).


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