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Le monde a besoin d' une bouée de sauvetage numérique


Libé
Vendredi 22 Juillet 2022

En période de crise, les technologies numériques procurent une voie de secours qui permet aux personnes, aux collectivités et aux entreprises de continuer à avancer. De la pandémie de la Covid-19 aux conflits violents en passant par les catastrophes naturelles, la connectivité nous a permis de continuer à travailler, à apprendre et à communiquer.

Le type d’intervention des responsables politiques devant ces urgences a aussi joué un rôle prépondérant. En particulier, comme une nouvelle étude du Comité de développement du groupe de la Banque mondiale l’illustre, des réglementations plus souples ont accéléré la numérisation et stimulé l’innovation.

Dans le contexte mondial actuel de crises se chevauchant en série, il faut qu’elles deviennent la norme. Des infrastructures Internet sécurisées et robustes sont aussi absolument essentielles. Pendant la pandémie, à mesure que nos vies sont devenues de plus en plus en ligne, l’utilisation de l’Internet a bondi dans le monde entier.

En 2020, 800 millions de personnes sont allées sur le Web pour la première fois et 58 pays à revenu faible et moyen se sont servis de modes de paiement numériques pour distribuer l’assistance liée à la Covid-19. Pour gérer cet essor, les autorités publiques et réglementaires dans plus de 80 pays ont rapidement pris des mesures pour modifier les règles, notamment celles régissant l’attribution des fréquences radioélectriques — les ondes électromagnétiques servant aux communications sans fil.
Au Ghana, les organes de réglementation ont attribué des fréquences radioélectriques temporaires aux réseaux les plus fréquentés, et tous les fournisseurs de services de communications mobiles ont reçu l’autorisation d’étendre leur couverture. La qualité du service s’est ainsi améliorée pour plus de 30 millions d’abonnés à la téléphonie mobile, leur permettant de travailler, d’apprendre et d’accéder aux services essentiels en ligne. Des réglementations souples ont également permis aux technologies numériques d’offrir un soutien essentiel aux personnes vivant dans des situations de fragilité et de conflit.

En Ukraine, la présence d’une forte connectivité Internet par liaison satellite, malgré les attaques qu’ont subies les infrastructures terrestres, a permis à l’Etat de communiquer avec ses citoyens en temps réel. Au début de la guerre, on prévoyait que les bombardements et les attaques informatiques annihileraient l’Internet, mais des innovations comme les connexions satellites ont permis au pays de conserver ses communications en ligne. Dans ce cas également, l’Etat ukrainien a vite réagi en accélérant les permis et en adaptant les règles. Mais de telles bouées de sauvetage numériques ne sont efficaces que si elles sont protégées des attaques informatiques, et l’Ukraine le sait très bien.

Le pays est depuis longtemps le champ d’essai des attaques sur les infrastructures. Les pirates informatiques ont mené des vagues successives d’attaques qui ont frappé les centres de distribution, les centres d’appel et le réseau électrique de l’Ukraine. Et l’Ukraine n’est pas la seule cible. Tous les pays sont vulnérables à ces incursions. Les Etats-Unis ont été victimes d’attaques informatiques l’an dernier qui ont interrompu le service de son plus important oléoduc, obligeant un grand nombre d’Américains à faire la file pour remplir leur réservoir d’essence. En Afrique, les usagers d’Internet au Kenya ont dû supporter plus de 14 millions d’incidents maliciels en 2020.

À l’instar des attaques informatiques, la nature peut endommager les infrastructures de communication qui exigent une réplique immédiate. Une éruption volcanique en janvier de cette année a complètement arrêté les réseaux numériques de la nation insulaire des Tonga. L’éruption a sectionné le seul câble de télécommunication sous-marin reliant Tonga et a précipité le pays dans une isolation de 38 jours sans Internet et sans communications possibles avec l’extérieur. Cette crise a amorcé des discussions sur les moyens de consolider le réseau et les systèmes d’intervention d’urgence, afin que les Tonguiens ne risquent plus de retomber dans la noirceur numérique. Pour atténuer de telles vulnérabilités, enlever les entraves à la numérisation doit devenir une priorité élevée même en période de relative tranquillité. Pour réaliser le potentiel transformateur de technologies dont l’évolution s’accélère, il faut que les responsables politiques apportent leur appui au financement, aux réglementations et aux institutions qui facilitent la validation de nouveaux concepts en situation réelle. Certains pays commencent à faire des progrès.

Le Kazakhstan a recours au concept d’une réglementation adaptée pour numériser, décentraliser et décarboniser ses activités énergétiques d’importance stratégique. Réaliser le potentiel de la numérisation massive par une réglementation bien ciblée peut également aider à combler le fossé numérique et améliorer le bien-être. Des études récentes ont fait ressortir que l’accessibilité Internet à coût moins élevé augmente l’emploi chez les ménages à faible revenu.

Les pays comme Saint-Vincent-et-les-Grenadines et la Malaisie offrent des forfaits à coût modique pour les utilisateurs moins nantis. L’accès aux réseaux numériques est essentiel pour la plupart des gens dans le monde entier, particulièrement les habitants de zones rurales à faible taux de connectivité, les populations démunies, les femmes et les personnes déplacées. Au Nigeria et en Tanzanie, le taux de pauvreté a piqué de sept points de pourcentage dans les régions avec des connexions Internet. Le monde étant confronté à de multiples urgences, les responsables politiques doivent recourir à la connectivité numérique pour améliorer les conditions quotidiennes des populations les plus vulnérables.

À l’heure actuelle, l’innovation évolue à un tel rythme que la plupart des instances, particulièrement celles dans les pays en développement, ont du mal à suivre et à garantir que les retombées de la numérisation rejoignent les populations qui en ont le plus besoin. Mais nous ne devrions pas avoir besoin d’une crise pour accélérer la transformation. Il est maintenant temps de créer une bouée de sauvetage numérique — avant que la prochaine calamité ne se déclare.

Par Riccardo Puliti
Vice-président pour les infrastructures à la Banque mondiale.
 


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