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Le long chemin vers l’égalité




Les femmes marocaines sont les mieux intégrées économiquement dans la région du Maghreb arabe.  Le Royaume a obtenu un score de 73,13 sur 100 en la matière (contre 74,71 au niveau mondial), selon le dernier rapport de la Banque mondiale publié le 27 février et intitulé “Les femmes, l’entreprise et le droit 2019 : une décennie de réformes”.
Ce dernier a révélé que les femmes marocaines ont plus de liberté de se mouvoir, de commencer un travail sans entrave ou de diriger un business, d’avoir des enfants… le Royaume se présente comme le pays le mieux loti par rapport aux autres économies de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Celle-ci affiche en effet le score moyen le plus faible du monde en matière d’égalité entre hommes et femmes, avec un indice de 47,37, indique la Banque mondiale. C’est aussi la région dont la moyenne progresse le moins vite, même si 19 réformes ont été introduites depuis dix ans pour améliorer l’égalité entre hommes et femmes.
Les efforts et les évolutions positives du Maroc en matière de droits des femmes et de lutte contre la violence à leur égard ont été également soulignés par le dernier rapport d’Amnesty International.  Lequel a mis l’accent sur la promulgation de la loi visant à lutter contre les violences faites aux femmes, entrée en vigueur en septembre et qui introduit de nouvelles infractions et alourdit les peines existantes dans les cas de violences conjugales ou familiales. Pour cette ONG, ce texte de loi propose de nouvelles mesures pour protéger les victimes de violence pendant la procédure judiciaire et établit de nouveaux organes chargés de coordonner et de compléter les efforts des autorités judiciaires et gouvernementales afin de combattre la violence contre les femmes.
En fait, si les Marocaines ont pu acquérir cette place et que leur condition s'est beaucoup améliorée, ce n’est pas dû au hasard mais c’est plutôt grâce à des luttes et des efforts qui ont permis une large réforme législative privilégiant les femmes et leur autonomisation.
Tout a commencé dans le début des années 2000, notamment avec la réforme historique du Code de la famille en 2004. Ce parcours s’est poursuivi par la suite avec la Constitution de juillet 2011 qui a marqué un tournant majeur en la matière. Non seulement la Loi fondamentale stipule, dans son article 19, que "l'homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental", mais elle fait également de la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes un devoir de l'Etat, à travers l'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination qui a vu le jour en août 2017. En outre, depuis l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement en 2000, et dans le cadre d’orientations pour construire une vision de l’agenda du développement durable en 2030, le Royaume ne cesse de mettre en œuvre ses obligations internationales relatives à la promotion et à la consécration des droits de l’Homme en général, et la promotion de la condition de la femme marocaine et le renforcement de ses droits en particulier, suivant une volonté politique ferme garantissant l’égalité des sexes, l’égalité des chances entre tous les citoyens et la réalisation de la justice sociale qui constitue un levier pour le développement durable.
Ainsi, dans le domaine politique, les avancées apportées par la Constitution se sont traduites par une hausse progressive mais significative de la représentativité féminine, à la faveur d'un ensemble de mécanismes tels que le "système de quota" qui impose qu’un minimum de 60 sièges soient dévolus aux femmes sur les 395 sièges de la Chambre des représentants et l'obligation pour chaque parti politique qui se présente aux élections de disposer, en sus des listes classiques, d’une autre  composée uniquement de femmes et la réservation d’au moins un tiers des sièges aux femmes dans chaque circonscription électorale.
Ces partis politiques ont fait également l’objet de « féminisation » de leurs instances dirigeantes avec l’augmentation du nombre de femmes présidentes de groupes parlementaires et même de dirigeantes de partis même si les hommes restent numériquement supérieurs aussi bien au sein des bases que dans les sphères de décision.
Dans le secteur de l'éducation, le Royaume a réussi à atténuer l'écart entre les garçons et les filles grâce, notamment, à la quasi-généralisation de la scolarisation primaire des filles, avec un taux qui est passé de 90,3% en 2008-2009 à 98,5% en 2016-2017.
L'égalité des chances en matière d'accès aux services de santé est un autre domaine qui a enregistré beaucoup de progrès. Le taux de mortalité maternelle a ainsi chuté de 332 cas pour 100.000 naissances en 1992 à 72,6 cas en 2016, selon l'édition 2018 des "Indicateurs sociaux du Maroc" publiée par le Haut-commissariat au plan (HCP).
Sur un autre plan, le Maroc tient à honorer ses engagements internationaux en matière de protection des droits des femmes. Le Royaume a notamment ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes "CEDAW" (avec levée des réserves la concernant en 2008) et le Pacte des droits économiques et sociaux.
Ce train de réformes visant la promotion de la condition de la femme s'est accéléré en 2018 avec la féminisation de la profession d’Adoul jusqu'alors réservée aux hommes et la promulgation de la loi contre les violences faites aux femmes ainsi que la loi 19.12 sur le travail domestique, entrée en vigueur en octobre de la même année.
Cependant, l'ampleur des réalisations accomplies sur la voie de l'autonomisation des femmes et de la réalisation de l'égalité des sexes ne devrait pas occulter les zones d'ombre qui persistent.
Le mariage des mineures, les inégalités en termes d'accès aux ressources, à la santé, à l'éducation et à l'emploi, les violences sexuelles et conjugales et la précarité dont souffrent particulièrement les femmes âgées et pauvres, les femmes en situation de handicap et les détenues, sont en effet régulièrement pointés du doigt par les organisations de la société civile.
Le chemin vers l'équité absolue reste donc long mais, abstraction faite des plus et des moins concernant la condition féminine, le Maroc peut être fier d'avoir pu briser le tabou, d'avoir réussi à sortir la question des femmes de l’espace privé vers l’espace public et d'être fréquemment cité comme modèle dans la région et dans le monde arabo-musulman.

 

Aziz Daraji et MAP
Vendredi 8 Mars 2019

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