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Le chemin de croix de Ytto au Rif

Selon la présidente de la Fondation, la majorité des 28 douars visités vivent dans la précarité




«Depuis sa création, la Fondation Ytto n’a pas cessé de sillonner les villages enclavés et marginalisés du Maroc, mais la caravane que nous avons organisée au Rif était la plus difficile non pas à cause de la géographie de la région, mais des problèmes et des entraves que nous avons rencontrés pour sa réalisation». Najat Ikhich, présidente de la Fondation Ytto, s’est ainsi exprimée lors d’une conférence de presse tenue vendredi dernier à Casablanca en vue de présenter le rapport final de la Caravane du Rif que son ONG a organisée entre les 15 et 28 juillet 2018.
« Je ne blâme pas les habitants de cette région, loin de là », a-t-elle tenu à préciser ajoutant que  certaines associations avec lesquelles la Fondation Ytto avait coordonné pour accueillir la Caravane des femmes à Nador se sont désistées à la dernière minute.
 «Vu la situation dans la région, il y a eu  probablement des pressions et des menaces de représailles contre toute association qui se serait permise de tendre la main à la Caravane des femmes», a mis en avant la présidente de cette Fondation  qui œuvre pour l’hébergement et la réhabilitation des femmes victimes de violence.
Son rapport a aussi critiqué ceux dont la mentalité est « conservatrice et extrémiste » qui ont tenté de faire pression sur les membres des commissions de travail et en particulier sur la commission sociale et sur celle qui est chargée de la sensibilisation, pour qu’elles ne puissent pas communiquer avec les femmes et les filles» de la région. Et le même document d’ajouter: « Dans certains douars, des jeunes ont eu recours à la violence pour nous empêcher de donner la parole aux femmes et de débattre avec elles, malgré que ces dernières aient protesté contre leur comportement. Elles se sont clairement considérées comme otages d’un groupe qui les empêchait de transmettre leurs messages à la caravane ».
En dépit de toutes ces difficultés, l’opération a eu bel et bien lieu. 28 douars ont bénéficié des services de la caravane : 7 dans la province de Nador (Douar Zaouia, Al Boualatyne, Ouled Yakhlef, Ouled Mesoud, Ouled Daoued, Ouled Youssef, Al Berkanyne), 12 dans la province de Driouech (Ioutane, Imzouran, Ouchane, Msaadia, Tchaif, Hamayd, Bni Bouyaakoub, Ahzim, Ikabbaln, Zghoul) et 9  dans la province d’Al Hoceima (Chakrane, Smar, Ikker Hamza, Issakken, Arbiaa Taourirte, Izatten, Guellet, Targuiste, Bni jamil).
Le nombre de personnes qui ont bénéficié des services de la caravane « Mounate Timouche » s’élève à 15.912, sans compter les bénéficiaires de la sensibilisation aux droits et des ateliers de peinture et d’expression corporelle, selon le même rapport.
Le document en question a aussi relevé que « la majorité écrasante des douars sont enclavés et marginalisés et vivent dans la précarité, vu l’état des routes, l’absence de transport et le chômage qui poussent la plupart des jeunes à rêver d’immigration clandestine, seul moyen de mettre fin à l’exclusion ainsi qu’à leurs problèmes personnels et familiaux ».
Quant à l’éducation, le rapport note que « le taux de déperdition scolaire est trop élevé surtout chez les filles, à cause notamment de la non-proximité des établissements scolaires et des internats ». Selon la même source, parmi les 798 bénéficiaires de la caravane, 300 sont analphabètes, 200 ont quitté l’école après le primaire, 160 après le collège et 138 après le lycée.
Autre constat alarmant qui a été soulevé par la Fondation Ytto : « La majorité des élus (de cette région) ne considèrent pas l’enseignement comme un facteur primordial de développement humain socialement durable».
Le mariage des mineures est également pointé du doigt par la Fondation (350 cas de mariage de mineures âgées entre 14 et 17 ans). Selon elle, il est largement pratiqué dans la région du Rif « à cause de la pauvreté, des traditions et de l’extrémisme. Il bafoue le droit des filles à la scolarisation, à l’épanouissement et à une situation économique stable et digne».
Par ailleurs, 200 cas de mariages forcés des femmes dans cette région et 50 cas d’abandon familial sont été signalés à la Fondation. « La majorité écrasante des femmes abandonnées n’osent pas s’adresser aux tribunaux par peur des représailles familiales ou communautaires. Les femmes ne parlent de la violence sociale ou juridique qu’en l’absence des hommes et des fils », a mis en exergue la même source.
En ce qui concerne la santé, la Fondation Ytto a constaté que la plupart des bénéficiaires souffrent de plusieurs maux (maladies cardiaques, hypertension, diabète, inflammation des articulations, maladies liées au système nerveux ou sexuellement transmissibles).
 S’agissant des infrastructures, le rapport a indiqué que 90% des douars abritant de 600 à 800 familles ne sont pas desservis par le réseau d’assainissement collectif et que seulement 200 foyers sur 600 disposent de l’eau potable, surtout dans la région d’Issakken (Province d’Al Hoceima).

Mourad Tabet
Mardi 25 Décembre 2018

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