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Le Sri Lanka paie le prix du sang pour ses querelles politiques




Le Sri Lanka paie le prix du sang pour ses querelles politiques
L'impuissance du Sri Lanka à empêcher les attentats jihadistes du dimanche de Pâques qui ont fait 359 morts, les plus meurtriers au monde depuis le 11 septembre 2001, est partiellement imputable à la lutte de pouvoir à sa tête, selon les experts.
L'Etat sri-lankais a reconnu sa "défaillance" dans sa mission d'assurer la sécurité nationale, alors qu'il disposait d'informations préalables cruciales de la communauté du renseignement. Celles-ci indiquaient qu'un mouvement islamiste radical local s'apprêtait à commettre des attentats.
Mais ces informations sont arrivées dans un contexte de guerre ouverte entre le président Maithripala Sirisena et le Premier ministre Ranil Wickremesinghe, chacun essayant de se débarrasser de l'autre en lui mettant tous les bâtons possibles dans les roues.
"Il y a clairement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités car si l'information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d'éviter ou minimiser" ces attaques, a concédé mercredi en conférence de presse le vice-ministre de la Défense, Ruwan Wijewardene.
Des kamikazes se sont fait exploser dimanche matin dans trois hôtels de luxe de la capitale Colombo et dans trois églises chrétiennes bondées qui célébraient la messe de Pâques, l'une à Colombo et les deux autres ailleurs dans le pays à Negombo et Batticaloa.
Les autorités attribuent ce bain de sang au groupe extrémiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ). L'organisation jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué ces attaques, publiant une vidéo de huit hommes lui faisant allégeance.
Les signaux étaient pourtant là.
Le 11 avril, le chef de la police du Sri Lanka a rédigé une note d'alerte indiquant que le NTJ préparait des attaques suicide contre des "églises emblématiques", en se fondant sur des éléments transmis par une agence de renseignement étrangère.
Le document a été transmis à plusieurs hauts responsables mais ni au Premier ministre ni au vice-ministre de la Défense.
Un manque de communication qui surprend peu les observateurs de la scène politique sri-lankaise, dominée depuis des mois par la lutte sourde entre les deux têtes de l'exécutif.
Alliés de circonstance il y a quatre ans pour déloger du pouvoir l'homme fort d'alors, Mahinda Rajapakse, les deux hommes aux personnalités antagonistes se sont depuis retournés l'un contre l'autre. Or il se trouve que le président Sirisena est aussi ministre de la Défense et de l'Intérieur.
"Dans le cadre de sa guerre en cours avec le Premier ministre, le président a essayé de l'affaiblir de nombreuses façons, y compris en prenant la police sous son contrôle", déclare Alan Keenan, spécialiste du Sri Lanka à l'International Crisis Group (ICG).
"Donc il est tout à fait possible que la police ne veuille pas partager d'informations avec les ministres qui ne sont pas alignés sur le président."
La rivalité entre les deux hommes avait éclaté au grand jour à l'automne dernier, lorsque le chef de l'Etat avait limogé le Premier ministre, déclenchant une grave crise politique.
Ranil Wickremesinghe s'était opposé à son renvoi, arguant que le geste était inconstitutionnel et qu'il détenait toujours la majorité parlementaire. Après sept semaines de rare chaos politique et bien des rebondissements, le président Sirisena avait été forcé, à contre-coeur, de réinvestir son concurrent.
Quelques heures après les attentats suicide, le chef de gouvernement a convoqué une réunion d'urgence avec les chefs des armées. Or ceux-ci ont refusé de s'y rendre, indiquant qu'ils ne répondaient qu'au président - qui était alors en vacances hors du Sri Lanka -, ont rapporté à l'AFP des sources gouvernementales.
Les responsables militaires n'ont finalement accepté de s'entretenir avec M. Wickremesinghe que lorsque celui-ci s'est présenté en personne à leur quartier général au ministère de la Défense.
Pour Paikiasothy Saravanamuttu, président du Centre for Policy Alternatives à Colombo, MM. Sirisena et Wickremesinghe ont laissé leur animosité mutuelle supplanter leur mission d'intérêt général.
"Mais à quoi jouent ces deux-là?", s'étonne-t-il.
"Le conseil national de sécurité ne s'est pas réuni en présence du Premier ministre et du vice-ministre de la Défense depuis quatre mois", indique-t-il.
"Les leaders sont là pour protéger le peuple et ont échoué à le faire. (...) (Des gens) ont payé de leur vie. C'est de la négligence criminelle", estime-t-il.
Mais les deux responsables ne sont pas les seuls à blâmer, pondère le commentateur politique Kusal Perera: les attentats représentent aussi un échec monumental de la police. D'autant plus que celle-ci connaissait le NTJ et son potentiel pour perpétrer des attaques, ayant saisi des explosifs et détonateurs lors d'un raid au mois de janvier.
"Est-ce que leur seul rôle est de collecter des informations, pas de questionner les suspects? Durant la guerre civile, ils n'attendaient jamais un ordre du président ou du Premier ministre pour arrêter des suspects et interroger des gens", souligne-t-il.
Pour l'expert de l'ICG Alan Keenan, "les Sri-Lankais ont tout à fait le droit d'être en colère mais le problème c'est qu'ils n'ont personne à mettre face à ses responsabilités".
"Vous avez un peuple terrifié, brisé, qui cherche un leadership et ne le trouve pas."

Vendredi 26 Avril 2019

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