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Le Maroc peut-il se permettre le luxe de se passer du charbon ?


Hassan Bentaleb
Jeudi 5 Mai 2022

Ça reste une matière stratégique pour l'industrie et encore plus pour les centrales électriques

Le Maroc figure parmi les bons élèves en matière de respect de ses engagements à ne plus construire de nouveaux projets de production d’électricité au charbon. Selon le dernier rapport de Global Energy Monitor, sur les centrales à charbon au monde, les capacités de production d’électricité au charbon (celles préconstruites, en construction, en développement actif ou au placard) avoisinent le zéro. Celles en opération sont estimées à 4.257 mégawatts contre 1.670 pour celles abandonnées. Le Maroc est ainsi classé parmi les pays où tous les plans sont annulés ou présumés annulés, tel est le cas également en République tchèque, Colombie, Djibouti, Côte d’Ivoire, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sri Lanka et Ouzbékistan. A rappeler que notre pays a été parmi les pays signataires du protocole Coal to Clean de la COP26, s’engageant à annuler leurs projets de centrales au charbon ainsi que le financement des énergies fossiles à l’étranger et à défendre la «neutralité carbone». Le nombre total de centrales au charbon ayant reçu une date de démantèlement a pratiquement doublé pour atteindre 750 centrales (550 GW). Toutefois, ce nouveau classement du Maroc laisse perplexe vu l’importance et la place du charbon dans le mix énergétique national. En effet, la part du charbon dans le bilan énergétique national n’a pas cessé de se renforcer en passant de 8% en 1980 à près de 28,5% en 2019. Sa consommation s’est développée surtout dans la génération de l’électricité, avec la mise en service de plusieurs centrales à charbon au Maroc au cours des six dernières années. Et selon des chiffres récents présentés au Parlement par Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, le charbon a représenté 38,3% de la production électrique 2021, juste derrière les produits pétroliers (49,6%) alors que le fuel y contribue à hauteur de 16,1%. A noter que le charbon et le fuel sont deux matières stratégiques pour le pays. D’abord pour l’industrie et surtout pour les centrales électriques, notamment celles de Jorf Lasfar qui tournent exclusivement au charbon, et qui assurent près de la moitié des besoins du pays en électricité. Selon l'agence Apicorp Energy Research, le Royaume est considéré comme une exception puisqu'il est le seul pays à consacrer autant d'importance au charbon dans une région majoritairement «pétrolière». Selon la même source, le Maroc a placé le charbon au centre de sa stratégie de diversification, « une orientation qui passe inaperçue, souvent obnubilée par les grands projets solaires et éoliens », précise le rapport. En fait, et jusqu'à 2015, le charbon a représenté 31% du mix énergétique marocain contre 22 et 20% respectivement pour le gaz et le pétrole importés alors que l'énergie hydraulique et l'éolien n'en représentent que 15 et 10%. L'énergie solaire ne représente, quant à elle, que 2%. Aujourd’hui, les stocks en charbon sont en quantité moyenne. En effet et jusqu’au 11 avril dernier, les stocks en charbon se sont élevés à 30.000 tonnes à Jerada, 102.000 t à Mohammédia, 307.000 t à Jorf Lasfar et à 202.000 t à Safi, des quantités qui ne représentent que quelques semaines de stockage. A rappeler que le prix du charbon est passé de 69 dollars/t en 2021 à 415 dollars en mars 2022 sans oublier que 58% du charbon marocain vient de Russie. Le Maroc réussira-t-il à respecter ses engagements ? Personne ne le sait. En fait, tout est possible puisque des capacités nouvelles de production se sont remises à augmenter dans plusieurs pays. Tel est le cas de la Chine où on enregistre plus de la moitié (25,2 GW) des nouvelles centrales entrées en activité l'an dernier. Simultanément, Pékin a « neutralisé » 20 à 10 fois moins de capacités sur ses sites existants. Les autorités chinoises entendent continuer à accroître la production de charbon cette année de 300 millions de tonnes, soit une hausse de 7% par rapport à 2021, année déjà marquée par une progression de 5,7%. Une évolution visant à accroître les capacités de production d'électricité à base de charbon. A souligner enfin que le nombre de pays ayant encore des projets actifs demeure important. Ils sont 34 dans ce cas, contre 41 en janvier 2021. Toutefois, et pour la première fois depuis 2015, les capacités totalisées par les centrales à charbon en développement (annoncées, en phase d'étude, avec un permis de construire, et en construction) se sont remises à baisser. De 525,2 GW, elles sont passées à 456,5 GW, en recul de 13%.

Depuis 20 ans, le charbon domine la production d’électricité

Au niveau mondial, la consommation de charbon utilisée pour produire de l’électricité croît presque au même rythme que la consommation d'électricité (2,8%/an contre 3%/an entre 2000 et 2017). Ainsi, la part du charbon dans le mix énergétique reste de l’ordre de 40% et n’a diminué que de deux points depuis 2010 - et le charbon reste la source d’énergie la plus utilisée pour produire de l’électricité dans le monde. De plus près, on observe des tendances opposées au sein des plus grandes économies du monde : les efforts et les promesses d’une majorité de pays qui sortent progressivement de l’utilisation du charbon sont mis à mal par un certain nombre de pays qui augmentent la part du charbon dans leur mix électrique. C’est le cas en particulier des grands pays producteurs de charbon tels que l’Indonésie (58% de l’électricité produite à partir de charbon, +18 points de progression entre 2010 et 2017), la Turquie (33%, +7 points) et l’Inde (75%, 7 points). L'Inde est, en effet, le deuxième producteur mondial de charbon après la Chine, avec d'importantes réserves de cette matière. Le développement des énergies renouvelables et la mise en service de centrales électriques au charbon plus efficaces en Inde ne sont pas suffisants pour absorber la croissance de la demande d’électricité, qui augmente en moyenne de 7%/an depuis 2005. D'autres pays cherchent à diversifier leur mix énergétique et recourent de plus en plus au charbon pour produire de l'électricité: la Malaisie (45%, +10 points), le Chili (37%, +9 points), la Corée du Sud (46%, +2 points) et le Japon (33%, +6 points). Ces pays dépendent du charbon pour plusieurs raisons: en plus d’être souvent une source d’électricité moins chère, le charbon leur permet d’acquérir une indépendance énergétique vis-à-vis de pays producteurs de pétrole et de gaz, tout en limitant les effets de la volatilité des prix des hydrocarbures sur leur économie. Faute de ressources nationales en combustibles fossiles, le Japon est l’un des plus grands pays importateurs de pétrole, de gaz naturel et de charbon.Entre 2011 et 2015, la part du charbon dans la production d'électricité japonaise a considérablement augmenté pour faire face à la fermeture des centrales nucléaires suite à l'accident de Fukushima. Enfin, certains pays disposant de réserves nationales de charbon ou de lignite, tels que les Philippines(50%, +15 points) ou le Vietnam (34%, +14 points), développent cette ressource pour produire de l'électricité et améliorer leur indépendance énergétique.
Source : https://www.enerdata.fr/


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