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Le Maroc ose officiellement le pas de la chloroquine

De plus en plus de pays adoptent la conjecture soutenue par le professeur Didier Raoult




Le Maroc ose officiellement le pas de la chloroquine
 Les hôpitaux marocains commenceront à utiliser les médicaments "chloroquine" et "hydroxychloroquine" pour traiter les personnes infectées par le coronavirus dans diverses régions du Royaume.
En effet, le ministre de la Santé, Khaled Aït Taleb, a officiellement autorisé lundi et après concertation avec le comité technique et scientifique du Programme national de prévention et de contrôle de la grippe et des infections respiratoires aiguës sévères au Royaume, l’utilisation par tous les hôpitaux du Maroc de la "chloroquine" et du "hydroxychloroquine" pour traiter les personnes infectées par le coronavirus, comme le montre la circulaire que le ministre avait adressée le 23 mars aux directeurs des CHU et directeurs régionaux de la santé et dont Libération dispose d’une copie.
Il convient de rappeler que le chef du gouvernement, Saad Eddine El Otmani, a affirmé récemment sur son compte Twitter que tous les malades du Covid-19 seraient traités au Plaquenil à base de chloroquine et que le comité technique et scientifique du Programme national de prévention et de contrôle de la grippe et des infections respiratoires aiguës sévères, réuni vendredi, a lui aussi recommandé l’utilisation temporaire de la chloroquine et du sulfate d'hydroxychloroquine pour le traitement des personnes atteintes de coronavirus.
D’autres pays recommandent également l’utilisation de ce remède. Selon l’agence de presse algérienne, APS, l'Algérie a adopté un protocole thérapeutique, la "chloroquine", pour faire face au coronavirus, indique lundi le ministère de la Communication dans un communiqué.
  "La chloroquine est une molécule antipaludéenne d'usage courant dans le traitement du paludisme, des maladies rhumatismales et dans le lupus", précise-t-on dans ledit communiqué, soulignant que "des études ont commencé en Chine en février 2020 et se poursuivent en Europe".
  "Elle a donné des résultats prometteurs contre le coronavirus en augmentant les capacités immunitaires de l'individu. Elle est produite localement et en quantité suffisante pour traiter les patients selon le protocole établi par les experts", a-t-on ajouté de même source.
Pour sa part, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a souligné lundi dernier que le Haut conseil de santé publique a donné son aval pour que la chloroquine puisse être administrée aux malades souffrant de "formes graves" de coronavirus, selon l’AFP.
"Le Haut conseil recommande de ne pas utiliser ce traitement en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte", a affirmé le ministre lundi soir lors d'un point de presse sur l'évolution du coronavirus en France.
Le comité scientifique "exclut toute prescription au niveau de la population générale ou pour des formes non sévères à ce stade, en l'absence de toute donnée probante", a-t-il précisé.
Un arrêté encadrant précisément le recours à ce traitement, qui fait polémique sera rendu "dans les prochaines heures", a précisé le ministre.
Pour sa part, le premier ministre français, Edouard Philippe, a annoncé lundi sur TFI que la France «ne va pas autoriser la mise sur le marché de ce médicament", assurant en revanche que "le gouvernement a fait en sorte que les études cliniques et la recherche puissent s'engager très rapidement sur l'hypothèse formulée par le professeur Didier Raoult».
Pour sa part, Donald Trump a de nouveau vanté lundi les mérites de la chloroquine qui pourrait, selon lui, "vraiment changer la donne" dans la lutte contre le coronavirus si elle est utilisée comme traitement en la qualifiant de «don du ciel».
"Il y a de bonnes chances que cela puisse avoir un énorme impact. Ce serait un don du ciel si ça marchait. Cela changerait vraiment la donne. Nous verrons", a déclaré le président américain lors de son point de presse quotidien.
Par contre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne semble pas partager l’enthousiasme de certains pays pour l’utilisation de ce remède contre le coronavirus et reste, par ailleurs, sceptique quant à son efficacité en l’absence d’un avis de la communauté scientifique à ce propos. En effet, l’OMS a condamné, lundi, sans la citer, son administration aux patients atteints de coronavirus avant que la communauté scientifique ne se soit accordée sur son efficacité, tout en mettant en garde contre ce qu’elle appelle «les faux espoirs» que cela pourrait susciter.
Faisant allusion aux études faites par le professeur Didier Raoult à Marseille, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d'une conférence de presse virtuelle depuis Genève, a mis en garde contre « des études réduites, réalisées à partir d'observations, et qui ne nous apporteront pas les réponses dont nous avons besoin».
En France, le débat fait rage entre les scientifiques à propos de l’efficacité de ce remède pour faire face à la propagation du coronavirus.
En effet, le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, directeur de l'IHU (Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection) de Marseille, continue à plaider pour le recours à la chloroquine.
«Avec mon équipe, nous estimons avoir trouvé un traitement. Et sur le plan de l'éthique médicale, j'estime ne pas avoir le droit en tant que médecin de ne pas utiliser le seul traitement qui ait jusqu'ici fait ses preuves. Je suis convaincu qu'à la fin tout le monde utilisera ce traitement. C'est juste une question de temps avant que les gens acceptent de manger leur chapeau et de dire, c'est ça qu'il faut faire», a souligné récemment ce spécialiste dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien.
Certains spécialistes français restent par contre sceptiques quant à l’efficacité de ce remède. Ainsi, le professeur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, a souligné dans une déclaration à RTL que le traitement à la chloroquine "ne sera pas miraculeux".
Selon lui, "quand on donne ce médicament, on négative plus rapidement, qu'au bout d'un moment les patients positifs deviennent négatifs" et "cela est encourageant". Et d’ajouter : "On se focalise uniquement sur la négativité des prélèvements mais être négatif ne veut pas dire qu'on est guéri".

Mourad Tabet
Mercredi 25 Mars 2020

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