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Le Maroc n'est accessible sans visa qu'aux ressortissants de six pays du continent

Grand dysfonctionnement de la libre circulation interafricaine, la méfiance étant de mise



Le Maroc garde toujours sa place parmi le top 10 des pays les moins accessibles aux voyageurs africains, a indiqué le dernier rapport annuel : «Visa openness Index report 2020». Pis, il a perdu six points dans ce classement pour passer de la 41ème place (qu’il garde depuis 2015) à la 46ème place en 2020. En effet, le Royaume n’est accessible sans visa que pour les voyageurs de six pays africains sur 53. Selon ce document, le Maroc ne fait pas exception puisque les voyageurs africains ont encore besoin de visas pour voyager dans 46% des pays du continent. Une situation des plus incompréhensibles puisque 80% des migrations s'opèrent à l'intérieur du continent africain.

Pour Mohamed Charef, directeur de l'Observatoire régional des migrations espaces et sociétés (ORMES) - Faculté des lettres et des sciences humaines d’Agadir, ce taux de 46% révèle à la fois le manque d’échanges interafricains au niveau économique et le dysfonctionnement de la liberté de circulation qui ne fonctionne pas du tout ou ne fonctionne pas de manière fluide malgré l’existence des regroupements régionaux et la signature de plusieurs conventions pour faciliter la liberté de circulation. Comment peut-on expliquer cette situation ? «Il y a une forme de méfiance de la part des Etats africains, notamment sur un continent marqué par des guerres, des mouvements extrémistes, du terrorisme et de l'instabilité politique. Les pays se referment pour éviter la contagion ou exporter les troubles», nous a indiqué notre interlocuteur. Et d’ajouter : «Les raisons économiques ne jouent pas beaucoup dans cette prise de position, ce sont les raisons politiques et sécuritaires qui priment». Un constat que partagent les rédacteurs dudit rapport. Pour eux, la sûreté et la sécurité des voyages restent au premier plan dans l’esprit des décideurs et des citoyens en ce qui concerne l’ouverture des frontières alors que les gouvernements sont en train d’actualiser leurs règles en matière d’autorisation de voyager. 

C‘est ce qui explique, entre autres, précise Mohamed Charef, la position de fermeture du Maroc vis-à-vis de certains pays africains. «Le Maroc a dû même rétablir le visa avec certains pays amis à cause de l’instabilité politique dans ces Etats», a-t-il souligné. Et de poursuivre : «La position de fermeture du Maroc trouve son explication également dans le fait qu’il a été durant longtemps hors de l’Union africaine (UA) et moins présent en Afrique. Notre position géographique explique aussi notre fermeture puisque le Royaume est un point de passage vers l’Europe et Gibraltar.

Aujourd’hui, et avec la réintégration de l’UA, le Maroc tente de renouer et de renforcer ses liens avec les pays africains, notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest, et avec des pays dont les relations avec lui sont anciennes. Pourtant, et malgré cette ouverture progressive sur d’autres pays, la méfiance reste de mise partout au niveau de l’Afrique».

Toutefois, le directeur de l'ORMES soutient que la situation de mobilité sur le continent est plus compliquée et dépasse la seule question des visas. «En effet, cette question de circulation des personnes dépend des régions et des contextes. Prenez l’exemple de l’Afrique de l’Ouest où la population peut bouger sans avoir besoin de visa. Idem en Afrique de l’Est où le mouvement de population échappe au contrôle.

A l’inverse, dans d’autres régions de l’Afrique, leurs ressortissants ont besoin de visas pour se déplacer au niveau continental et au-delà du continent alors qu’au niveau mondial, il y a de plus en plus de regroupements au niveau régional où la liberté de circulation est garantie et préservée. Et même entre les pays où il n’y a pas de visa, le déplacement s’avère parfois pénalisant pour les voyageurs comme c'est le cas entre le Maroc et l’Algérie.

En effet, pour les ressortissants de ces deux pays désirant voyager dans un sens ou l’autre, ils sont obligés de prendre l’avion même pour les personnes qui résident à côté des frontières et qui peuvent se déplacer avec leur voiture ou via des autocars», nous a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «L’Afrique est appelée aujourd’hui à agir pour plus de liberté de circulation au moins au niveau des cinq regroupements régionaux. Mais, il faut du temps pour que les choses se mettent en place».

Une ouverture que partagent les rédacteurs de «Visa openness Index report 2020» qui mettent en avant la nécessité pour l’Afrique de donner la priorité à l’ouverture des politiques de visas tant pour les grandes que pour les petites économies. Cette ouverture est, selon eux, synonyme de gains plus importants pour les entreprises, les investissements, l’innovation et le tourisme. En effet, et selon la socio-anthropologue Sylvie Bredeloup (Laboratoire mixte international Movida (Mobilités, voyages, innovations et dynamiques dans les Afriques méditerranéenne et subsaharienne), citée par la Tribune d’Afrique, la migration interafricaine est aujourd’hui beaucoup plus rurale-rurale et frontalière opérée par des personnes qui se dirigent prioritairement vers les pays voisins pour exploiter soit les terres, soit les richesses minières ou pétrolières.

A ce propos, elle a indiqué que cette migration se décline en plusieurs pôles. Il y a le premier pôle autour de la Côte d'Ivoire qui attire des populations en provenance du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée, voire du Sénégal pour exploiter les richesses agricoles de la région.

Le second pôle s'est construit autour du Nigeria qui a drainé des populations originaires notamment du Ghana, du Bénin, attirées par la rente pétrolière. Et puis, il y a un troisième pôle autour du Sénégal, ancienne capitale de l'AOF, qui attire les ressortissants de tous les pays voisins comme la Guinée ou le Cap-Vert pour des raisons historiques.

Le dernier pôle est, lui, concentré autour de l'Afrique du Sud avec les mines d'or, de diamant qui ont attiré énormément de ressortissants du Zimbabwe, de Mozambique et plus récemment de l'Afrique centrale et de l'Ouest.

Hassan Bentaleb

Quid de l'indice ?

Etabli par la Banque de développement africaine (BAD) et l’Union africaine (UA), l’Indice d’ouverture sur les visas en Afrique mesure le degré d’ouverture des pays d’Afrique en matière d’attribution des visas en examinant les conditions d’attribution qu’ils exigent aux citoyens des autres pays d’Afrique.
L’Indice suit l’évolution dans le temps des performances des pays afin de montrer quels sont ceux qui apportent des améliorations et contribuent à la libre circulation des personnes à travers l’Afrique. 

Libé
Dimanche 13 Décembre 2020

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