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La rentrée qui grève grave : La scolarité des enfants a un coût cauchemardesque pour les parents




La scolarisation d’un enfant au Maroc coûte cher, voire très cher notamment dans le privé. Entre les frais d’inscription, les assurances, les manuels scolaires, les cours de soutien et le transport, entre autres, les parents ne s’en sortent plus et leur salaire peine à subvenir à tous leurs besoins, spécialement chez les familles nombreuses.
Saïd, 50 ans, salarié et père de deux garçons et d’une fille en sait quelque chose. Les frais de  scolarité de ses enfants lui coûtent cher et ils augmentent d’une année à l’autre. «Pour la rentrée 2019-2020, j’ai payé 18.000 DH comme frais d’inscription et je dois payer 2.500 DH mensuellement pour ma fille en CM1 et 3.000 DH pour chacun de mes garçons en première année du bac. Au total, la scolarisation de mes trois enfants me reviendra cette année à 85.500 DH», nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : «Pour d’autres parents, il faut compter également les frais de cantine et de transport  qui s’élèvent respectivement à 700 et 600 DH mensuellement».
Notre source soutient que ses charges ont été multipliées par 30 en 15 ans. «Je me rappelle qu’en 2004, les frais de scolarité mensuels de mon premier garçon étaient de 650 DH par mois avant d’augmenter de manière flagrante et en total décalage avec mon salaire qui n’a pas augmenté pour autant», nous a-t-elle précisé.    
En plus de ces chiffres monstrueux, Saïd évoque les charges concernant les manuels scolaires et les cours de soutien. « J’ai payé 3.500 DH pour les manuels scolaires de ma fille et 1.200 DH pour chacun de mes deux fils. Il y a également les charges relatives aux cours de soutien qui s’élèvent en moyenne à 3.500 DH par an sans oublier les sorties organisées par l’école, l’argent de poche, les vêtements et la liste est longue», nous a-t-il précisé.   
Des chiffres qui sont aux antipodes des statistiques avancées par une étude réalisée par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS). Selon cette étude publiée en juin dernier, la prise en charge d’un enfant scolarisé dans le privé au cours de l’année 2017-2018 s’élevait à 11.943 DH contre 938 DH dans l’enseignement public. Les charges en milieu urbain dépassaient de quatre fois celles en milieu rural, respectivement 3.749 DH contre 776 DH.
La même étude a révélé, pour la même période, que la prise en charge d’un enfant scolarisé dans le  public ou le privé a été estimée en moyenne à 2.679 DH. En détail, elle a été de 3.100 DH pour un enfant scolarisé en préscolaire, 2.508 DH au primaire, 2.508 DH en secondaire collégial et 3.454 DH en secondaire qualifiant.  Les frais de scolarité d’une fille et d’un garçon dans un milieu rural s’élèvent respectivement à 755 DH et 797 DH contre 3.241 DH pour une fille et 4.195 DH pour un garçon en milieu urbain.
La prise en charge des élèves de sexe masculin est supérieure à celle des filles.  Un garçon revient à  3.018 DH contre 2.308 DH pour une fille.
Les rédacteurs de cette étude ont constaté, en outre, que la moyenne de prise en charge augmente avec l’augmentation du salaire. Ainsi, la scolarisation d’un enfant issu des 10% de familles les plus aisées coûte 13,3   fois la scolarisation d’un enfant issu des 10% de familles les plus pauvres.
L’étude a noté que 19% des familles ont déclaré qu’elles ont contracté des crédits pour subvenir aux charges de la rentrée scolaire de leurs enfants. Certains ont été contraints d’emprunter auprès de leurs amis ou proches.   «C’est grâce au soutien de mon père que j’arrive à m’en sortir. Sinon, je serais au pied du mur alors que mon salaire et celui de ma femme s’élèvent à 15.000 DH par mois», nous a confié Saïd.
Khadija, 48 ans, mère de deux enfants, nous a avoué qu’elle a dû emprunter auprès des établissements des microcrédits pour payer les frais de scolarité de ses deux enfants dans le  public. «J’ai dû emprunter 8.000 DH que je dois partager avec deux autres femmes.  En fait, j’ai dû inventer de toutes pièces un projet de commerce pour bénéficier de ce crédit. Sans salaire fixe et sans garanties, aucune banque de la place n’a voulu m’emprunter de l’argent», nous a-t-elle affirmé.
En réponse à une question sur la prédisposition des familles à participer à financer la scolarisation de leurs enfants au niveau du lycée qualifiant et de l’enseignement supérieur, 77,6% ont répondu négativement contre 18% qui ont répondu positivement (74,5% contre et 22% pour en milieu urbain et 83,6% contre et 12% pour en milieu rural).
Pour les individus qui ont répondu négativement, 64,9% d’entre eux expliquent ce refus par le fait que l’école publique doit rester gratuite, 13,3% justifient leur position par le manque de moyens et 3,8% par manque de confiance concernant le sort des participations des familles.
Saïd fait partie de ceux qui sont opposés à toute contribution au financement de l’enseignement au sein des établissements publics. «L’école publique comme le secteur de la santé doivent être pris en charge par l’Etat puisque nous payons des impôts.  L’Etat ne donne rien gratuitement même la collecte des déchets ménagers est payée par nos impôts», nous a-t-il lancé.  Et de conclure : «De plus, pourquoi je dois payer deux fois. Une fois pour mes enfants scolarisés dans le privé et une deuxième fois en contribuant au financement de l’enseignement public».   

Hassan Bentaleb
Jeudi 26 Septembre 2019

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