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La police espagnole interpellée sur les droits des migrants




La mort d’un Algérien dans une prison andalouse dévoile de graves manquements

Les forces de l’ordre espagnoles sont de nouveau dans la tourmente après le décès  d’un migrant irrégulier algérien. L’homme a été trouvé mort dans sa cellule à la prison d’Archidona, en Andalousie.  Si la police avance la thèse du  suicide, les compagnons du défunt parlent d’un homicide involontaire commis par les éléments de la police. 
« Mohamed Boudabala, 39 ans, fait partie d’un groupe de migrants irréguliers algériens en provenance de Mostaganem et d’Alger qui ont débarqué le 20 novembre dernier en Murcie et à Carthagène au Sud de l’Espagne. Une fois sur place, ils ont été interceptés par la police espagnole et incarcérés à la prison d’Archidona, un établissement pénitentiaire flambant neuf et qui était censé ouvrir ses portes ce janvier courant», nous a indiqué Ahmed Khalifa, vice-président de l’Association marocaine de l’intégration des migrants (AMIM). Et de poursuivre : « La décision d’incarcérer  ces migrants dans cette prison a été prise faute de places  disponibles dans les centres de rétention, selon la version officielle, submergés par l’afflux d’étrangers. Les migrants détenus y ont été installés de façon provisoire. En fait, la loi évoque un délai  de 40 jours reconduit tacitement à condition qu’il ne dépasse pas les 60 jours au maximum». 
Une incarcération jugée illégale par plusieurs associations de défense des droits des migrants qui ont déposé plainte contre la police espagnole auprès de l’Avocat de peuple  (Defensor del Pueblo)  et du Procureur général espagnol. La raison : Archidona  n’est pas une structure habilitée à  accueillir des migrants irréguliers. «Nous avons pris acte de plusieurs  violations de la loi et nous avons constaté que le juge n’a pas été préalablement bien informé de la décision  de mettre ces personnes dans cette prison-là», nous a déclaré notre source. Et d’ajouter : «Ceci d’autant plus que cet établissement pénitentiaire n’est pas équipé de manière adéquate et manque de fonctionnaires. La Croix-Rouge espagnole a dû mobiliser 26 personnes pour dispenser les services idoines à  ces migrants ». 
Cette situation a créé, selon le vice-président de l’AMIM, des tensions et des accrochages entre les migrants appréhendés et les policiers chargés de les contrôler. Ces derniers n’ont pas hésité à refouler certains d’entre eux vers leur pays d’origine; ce qui a exacerbé davantage leur mécontentement. «L’ensemble de ces éléments nous ont mis la puce à l'oreille et nous avons alerté les autorités locales parce que nous craignions le pire », nous a-t-il confié.  Et le pire a fini par arriver. Il y a cinq jours, Mohamed Boudabala a été trouvé mort dans sa cellule. La version officielle prétend qu’il s’est suicidé, une thèse qui a été confirmée par l’expertise médicale. Pourtant, ses compagnons ont affirmé que ce n’est pas le cas et que le décès est dû à un passage à tabac. « Plusieurs témoignages ont rapporté que la veille du drame, les policiers avaient tabassé l’ensemble des migrants incarcérés comme en attestent une vidéo enregistrée par l’un des détenus qui a également révélé que les policiers ont continué à les malmener même après les avoir enfermés dans des cellules individuelles », nous a raconté Ahmed Khalifa.  Et d’ajouter : « Boudabala n’a pas cessé de crier, rapportent plusieurs témoins,  avant de se taire définitivement. Le matin, il a été trouvé mort avec des traces de violence sur son corps. Pour les détenus, rien ne peut pousser Boudabala au suicide. Il était actif,  jovial et drôle . Une vidéo enregistrée quelques jours avant son décès montre un homme joyeux qui joue au foot et qui passe le bonjour aux membres de sa famille restés en Algérie ». 
Une version des faits qui a été démentie par le porte-parole de la police espagnole qui a nié l’existence de tout accrochage avec les migrants, selon le site Le Parisien. La police compte même  ouvrir une enquête sur les circonstances du drame. De son côté, une plateforme citoyenne, regroupant plusieurs associations, compte également déposer plainte pour qu’une enquête et une contre-expertise médicale soient ordonnées afin de jeter la lumière sur les véritables causes du décès. 
Une enquête qui s’annonce sous de mauvais auspices puisque les autorités espagnoles ont procédé au refoulement des migrants témoins. « Nous avons constaté au cours de ces dernières journées l’accroissement du nombre de migrants algériens refoulés après la mort de Boudabala. Nous avons estimé à 80 le nombre de personnes expulsées par jour », nous a précisé notre source avant de conclure :  « Nous avons également réussi à faire sortir de prison deux migrants irréguliers et neuf mineurs non-accompagnés, tous de nationalité marocaine,  ainsi que certains demandeurs d’asile. Ce qui en dit long sur le respect des droits de l’Homme dans cet établissement pénitentiaire».  
 

Hassan Bentaleb
Vendredi 5 Janvier 2018

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