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La légalisation du cannabis suscite appréhension et explication

Les riverains réclament des mesures d’ accompagnement, voire un Plan Marshall



Abdelouafi Laftit Le projet sert l’intérêt du pays et nous sommes prêts à travailler la main dans la main avec les natifs de la région

La légalisation du cannabis suscite appréhension et explication
«Nous sommes pour une loi légalisant l’usage thérapeutique du cannabis. Mais, nous aspirons à plus. Nous demandons un plan Marshall pour la région afin d’effacer les séquelles de 60 années d’exclusion et de précarité ». C’est en substance le message adressé par « la Coordination des gens du pays du kif (Senhaja et Ghomara) » aux groupes parlementaires à propos du projet de loi n°13.21 portant usages licites du cannabis.

Selon Adardak Charif, président de la Confédération des associations des Senhaja du Rif pour le développement, si la promulgation d’une loi sur le cannabis est une mesure louable et fortement attendue, il reste nécessaire que sa mise en application soit accompagnée par des mesures politiques, sociales et économiques. « L’Etat ne peut pas faire table rase des problèmes qui ont été accumulés durant plus de 60 ans. Il faut une réconciliation avec le passé », nous a-t-il confié. Et de préciser : « En effet, et tout au long de cette période, les cultivateurs du cannabis ont été les premières victimes des barons de la drogue qui ont bien profité de la situation au détriment de ces cultivateurs dont le revenu annuel ne dépasse pas les trente mille dirhams. Une aberration dans une région où le niveau de vie est très élevé et où, de surcrôit, ces producteurs sont contraints d’offrir des pots-de-vin ».

Pour notre interlocuteur et les autres ONG regroupées au sein de la Coordination, la région a besoin d’une réparation collective qui ne doit pas être sous forme d’indemnités monétaires, mais plutôt sous forme d’un grand projet à l’instar du plan Marshall apte à faire sortir la région de la précarité. « Notre région est privée d’infrastructures roturières, sanitaires, scolaires, culturelles et enregistre des taux élevés de chômage et de pauvreté. Notamment au cours de ces dernières années où les cultivateurs n’ont pas pu commercialiser leurs récoltes du cannabis. Ce qui a poussé une grande partie de la population locale à chercher de nouvelles perspectives à Tanger, Tétouan, Fès et autres», nous a-til indiqué. Et de poursuivre : « D’autant plus que notre région connaît une destruction systématique de son patrimoine architectural et de ses ressources naturelles (les forêts de cèdre, les eaux souterraines,…). Pis, la région connaît également une invasion des semences hybrides qui ont pris la place de celles traditionnelles alors que ces semences hybrides vendues à 12 DH la graine représentent une vraie menace pour l’environnement et pour la santé des consommateurs du kif ».

Si les membres de « la Coordination des gens du pays du kif (Senhaja et Ghomara) » considèrent l’adoption du projet de loi n°13.21 comme une bonne nouvelle, d’autant que ce projet a été confié au ministère de l’Intérieur afin d’éviter une politisation de ce dossier, il n’en demeure pas moins qu’ils estiment que ce projet a été préparé dans un temps record. « Pour nous, deux années de préparation ne sont pas suffisantes pour répondre à un problème qui dure depuis 60 ans. D’autant qu’on a observé un retournement de veste de la part de certaines parties. Ce changement de position concernant la question de la légalisation de l’usage thérapeutique du cannabis, surtout, nous interpelle», nous a-t-il révélé. Et d’ajouter : « En fait, nous nous demandons comment ces parties qui ont été foncièrement contre toute légalisation, sont aujourd’hui les premières à la réclamer en considérant le cannabis comme un levier de développement pour la région. C’est le cas par exemple de l’Agence de développement du Nord qui s’est toujours opposée à toute légalisation comme en témoignent plusieurs de ses communiqués avant de faire volte-face ».

Adardak Charif estime que ce dossier doit être à l’abri des conflits politiques et calculs politiciens. En effet, il s’agit d’un sujet académique et scientifique qui exige réflexion et débat profond pour aboutir à des solutions réelles et concrètes », a-t-il souligné. Et de poursuivre : « Il est vrai que l’Etat a la volonté de faire avancer véritablement les choses. Mais, ledit projet de loi ne doit pas se faire dans la précipitation et dans l’improvisation. Il faut du temps et il faut inclure dans sa préparation l’ensemble des partenaires concernés. En effet, la légalisation de l’usage thérapeutique du cannabis suscite moult questions d’ordre technique, managérial et autres sur la nature des nouvelles plantes, sur les techniques et les chaînes de production, sur le management, etc. C’est pourquoi, il faut une période de transition qui peut s’étendre sur trois, cinq ou 10 ans. En effet, n’importe quel natif de la région peut vous dire que le climat et la géographie de la région augurent l’échec de ce projet s’il n’est pas accompagné de mesures adéquates et un plan global et intégré ». 

De son côté, Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur, a estimé, mercredi dernier, devant la commission de l’intérieur à la Chambre des représentants, que cette loi doit sortir le plus tôt possible vu le retard enregistré. «Il faut sortir la loi au plus vite pour trouver des gens [investisseurs] qui puissent nous accompagner dans ces projets. Le débat actuel nous est préjudiciable. Nous faisons fuir les investisseurs. Il faut faire attention à ce que nous faisons. Toute l’Europe est en train d’ouvrir la porte à ce type d’investissements. Tous les Etats. Allons-nous persister à les observer ? », a-t-il noté selon le site de medias24. Et d’alerter : « Chaque année de perdue, on la paye ».

Le ministre explique, par ailleurs, que si la région [du Rif] connaît un drame au niveau environnemental, « c’est le statu quo qui en est la cause, pas cette loi. L’ancienne plante consommait peu d’eau et produisait beaucoup. L’apparition d’une nouvelle plante a fait qu’aujourd’hui, pas une seule rivière ne contient de l’eau, sachant que la région est l’une des plus pluvieuses. Devons-nous alors rester les bras croisés? », s’est-il-interrogé en précisant que le projet de loi en cours ne date pas d’aujourd’hui et qu’il est le fruit de travail d’une équipe spécialisée qui travaillait dessus depuis trois ans. « Nous avons lancé des consultations tous azimuts. Nous n’avons pas produit un texte du jour au lendemain. Une étude a été faite et je ne pense pas qu’il y ait un seul parti qui ne l’a pas reçue», a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Nous sommes dans une institution législative. Si vous voulez qu’on vous fasse une présentation des études, on le fait. Il n’y a rien à cacher. Il n’y a jamais eu d’études secrètes».

Concernant le timing de présentation de ce projet de loi, le ministre a écarté tous calculs politiciens. « Il n’y a aucun lien entre cette loi et les élections. Quel en est le rapport ? Je vous le dis, il n’y a pas de rapport, que ce soit direct ou indirect, entre ce texte et les élections» a-t-il lancé. Et d’ajouter : «La loi sert l’intérêt du pays, uniquement. Je défie quiconque de prouver le contraire », tout en précisant que les natifs de la région adhèrent à l’opération. «Et nous sommes prêts à travailler à leurs côtés», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb

Libé
Jeudi 29 Avril 2021

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