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La droite italienne fait dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas

“Les travailleurs étrangers coûtent à l’Italie plus qu’ils ne lui rapportent” : La réalité est tout autre




«Les travailleurs étrangers en Italie coûtent plus qu’ils ne rapportent à l’économie italienne. Pis, ils prennent leur retraite plus tôt que les Italiens et bénéficient des avantages sociaux à égalité avec les citoyens italiens ». C’est ainsi que le journal berlusconien et forcément conservateur « Il Giornale» a évalué l’impact des migrants sur l’économie.
Basé sur des données rapportées par le journal «Libero», l’article d’«Il Giornale» révèle que si les travailleurs étrangers génèrent une richesse de 139 milliards d’euros, soit 9% du PIB, ces derniers ne déclarent aux autorités fiscales que le cinquième du chiffre d’affaires, soit 27,4 milliards et ne rapportent que 3,5 milliards d’impôts sur le revenu alors que le montant total de ces impôts s’élève à 187 milliards. En d’autres termes, ils génèrent 1,87% des recettes contre une dépense publique de 3%, précise le journal.
La même source indique en se basant sur des chiffres du ministère de l'Economie datés de 2018, que la population étrangère en âge de travailler (15 à 64 ans) s'élevait à plus de 3,95 millions d’individus tout en précisant que seulement 2,4 millions sont actifs contre 399.000 «en recherche d’emploi» et 1,13 million d’inactifs. Pis, ces immigrés ont en moyenne un faible niveau d'instruction puisque 49,4% d'entre eux n'ont pas terminé le premier cycle de l'enseignement secondaire; ce qui pose, selon «Il Giornale», la question de la qualité du travail qu’ils peuvent offrir. Ceci d’autant plus que seulement 8,1% d'entre eux ont un contrat à durée indéterminée.
Le journal considère, en outre, que ces immigrés sont avantagés par l’Etat qui les fait bénéficier de mesures de protection sociale plus avantageuses que celles accordées aux Italiens. « Les pensions versées par l'INPS aux citoyens non-UE montrent une prévalence des allocations accordées aux étrangers de classes d'âge plus jeunes que la moyenne. En effet, 36,5% de ces retraites finissent dans les poches de citoyens non européens âgés de moins de 60 ans, contre 4,1% du total », indique « Il Giornale ». Et d’ajouter que « les citoyens non européens prennent leur retraite plus tôt que les Italiens. Le discours ne change pas si l'on considère les avantages sociaux : ceux octroyés à des citoyens de moins de 60 ans ne faisant pas partie de l'Union européenne représentent la moitié du total payé aux étrangers ».
Faut-il prendre ces données chiffrées pour argent comptant ? Ces statistiques sont-elles scientifiquement valables ? Ne s’agit-il pas d’une manipulation des chiffres dans un contexte de crispation identitaire et de tension à l’égard des migrants marqué par la montée en puissance de l’extrême droite ? En effet,   l’article d’«Il Giornale » fonde ses arguments sur les travaux de la Fondation Moressa, institut de recherche spécialisé dans la migration et notamment de l’économie de l’immigration. Pourtant, cette même institution a révélé lors d’une étude datée de 2016 que les travailleurs immigrés ont versé 7,2 milliards d’euros au cours de ladite année au titre d’impôts et 11,5 milliards d’euros comme cotisations sociales tout en précisant que le montant des impôts reste faible du fait que ces travailleurs perçoivent généralement de maigres salaires et sont souvent exonérés d'impôts.
La même étude avait indiqué que ces immigrés ne sont pas seulement gardes d’enfants, femmes de ménage ou maçons. Ils sont également des dirigeants d’entreprises. Une réalité que confirment les 571.255 entreprises dirigées par des étrangers en 2016. Un chiffre en hausse de 25,8% par rapport à 2011 alors qu’au cours de la même période, le nombre d'entreprises italiennes a baissé de 2,7%. Quant à la Fédération italienne des Chambres de commerce, elle a fait savoir dans un rapport daté de 2018 que les Marocains sont bien placés parmi les entrepreneurs immigrés avec la création de 68.259 entreprises jusqu'à fin 2017, soit près de 12% des entreprises du pays.
La majorité de ces entreprises opèrent dans le domaine du commerce avec un total de 48.538. Elles opèrent également dans la construction et le bâtiment avec 8.438 unités, et dans l'assistance sociale avec 109 sociétés.
  Dans une interview datée de 2015, Enrico Di Pasquale, directeur scientifique de la Fondation, avait  affirmé qu’en 2013, le « PIB produit par les immigrés » avait atteint 123 milliards d’euros, équivalent à 8,8% de la richesse totale italienne. Et que les revenus issus de l’immigration sous forme de contributions sociales, d’impôts sur le revenu et d’autres taxes sont de très loin supérieurs aux dépenses publiques pour l’immigration. En détail, il a expliqué que les contributions sociales versées par les étrangers se sont élevées à 9 milliards d’euros contre près de 5 milliards d’euros pour les impôts sur le revenu et 2,5 milliards pour les autres recettes. « Si l’on estime les dépenses publiques pour l’immigration à 12,6 milliards d’euros, le solde est de presque 4 milliards d’euros », avait-il déclaré. Et de préciser : « Cette donnée, qui peut sembler surprenante à première vue, s’explique en réalité simplement en observant la structure démographique de la population étrangère. Puisque le système d’assurance sociale italien est basé sur le principe selon lequel la population active soutient l’inactive, il est évident que la population étrangère, en moyenne plus jeune que la population italienne, remplit une fonction de maintien du système des retraites».
Un autre rapport de la Fondation Leone Moressa publié en 2017 et cité par le site « France.info »,  avait rappelé  l’importance de la population étrangère dans l’équilibre démographique du pays puisque la péninsule «est un pays qui vieillit rapidement avec 7 naissances pour 11 décès par millier d'habitants». Il avait également souligné que le travail des migrants ne constituait pas une menace directe pour  les emplois des Italiens mais plutôt un complément.
Stefano Solari, professeur et économiste, cité par « France.info », a noté que la présence des immigrés est devenue nécessaire dans de nombreux secteurs, comme c’est le cas dans la construction, l'hôtellerie, l'agriculture ou la restauration. « Les immigrés représentent 17% à 18% de la main-d'œuvre, alors qu'ils ne représentent que 8,3% de la population. Parmi les immigrés, seulement 11% ont des diplômes universitaires tandis que ce pourcentage atteint 31% chez les jeunes Italiens», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Samedi 9 Novembre 2019

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