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La course au vaccin bat son plein

Une longueur d’avance pour la Russie même si le remède miracle n’est pas pour demain




L’information a agité l’actualité plus que de raison, pourtant, elle ne le mérite pas vraiment. Hier, l’un des hommes politiques les plus puissants du monde, Vladimir Poutine pour ne pas le citer, a annoncé que son pays avait développé le « premier » vaccin contre le nouveau coronavirus. D’ailleurs, une autorisation réglementaire de développement a été accordée par le ministère de la Santé russe à l’Institut Nikolaï Gamaleïa, un centre de recherche d’Etat en épidémiologie et microbiologie situé à Moscou.
Si l’on en croit Tatiana Golikova, la vice-première ministre en charge des questions de santé, l’espoir est permis : « On commencera dans les semaines à venir la vaccination des personnels médicaux, puis des enseignants». Le reste de la population devrait être vacciné à partir de sa mise en circulation, le 1er janvier 2021, selon le registre national des médicaments du ministère de la Santé, consulté par les agences de presse russes. Comme quoi, finalement, la sortie médiatique de Vladimir Poutine tient plus de l’effet d’annonce que de la bonne nouvelle, le vaccin étant d’ores et déjà attendu pour début 2021 et pas uniquement celui mis au point par les Russes. 
En tout cas, en attendant un deuxième vaccin, en cours de conception au Centre étatique de recherches Vektor (en Sibérie), lequel fera également l’objet d’essais cliniques qui doivent être achevés en septembre, le premier dont l’immunité sera à durée limitée , baptisé « Spoutnik V» (V comme vaccin) en référence au satellite soviétique qui fut le premier engin spatial sur orbite, a déjà fait des émules. « Plus de 20 millions de doses ont été précommandées par 20 pays étrangers », a affirmé le président du fonds souverain russe impliqué dans son développement, Kirill Dmitriev, tout en révélant que la phase 3 des essais commence aujourd’hui avec des tests cliniques aux Philippines. Une phase indispensable dans son développement pour déterminer son innocuité et son efficacité. Elle intervient deux mois après l’autorisation réglementaire de développement. Et si elle s’avère concluante, elle pourrait ouvrir la voie à l’utilisation à grande échelle de ce vaccin par la population russe. Un processus qui tranche avec l’optimisme démesuré du chef d’Etat Vladimir Poutine. « Je sais qu’il est très efficace, qu’il permet de développer une forte immunité et, je le répète, il a passé tous les tests nécessaires», a-t-il assuré. En guise d’argumentaire, il avoue que le vaccin a été administré à l’une de ses filles. Mais on n’est pas obligé de le croire sur parole. Car ce serait vraiment étonnant qu’il prenne autant de risque, surtout avec sa propre fille, à moins qu’il ne l’apprécie pas trop, alors que jusqu’à présent, la Russie n’a publié aucune étude détaillée des résultats de ses essais permettant d’établir l’efficacité des produits qu’elle dit avoir développés. Sans surprise, l’OMS s’est montrée pour le moins dubitative lorsqu’au début du mois d’août, la Russie annonçait que son vaccin était presque prêt. Pour l’organisation onusienne, « tout produit pharmaceutique doit être soumis aux différents essais et tests avant d’être homologué pour son déploiement » soulignant l’importance du respect de « lignes directrices et directives claires en matière de développement de vaccins ». Ce rappel à l’ordre intervient alors que des scientifiques avaient été critiqués pour s’être personnellement injectés leur prototype de vaccin, au mépris des protocoles habituels et convenus. 
Le vaccin russe qui s’appuie sur un vecteur viral, utilisant comme support un autre virus qui a été transformé et adapté pour combattre le Covid-19, est donc loin d’acquérir une crédibilité à toute épreuve. D’autant que son origine est douteuse. En juillet, les services de renseignement britanniques, canadiens et américains n’avaient pas hésité à accuser leurs homologues russes d’avoir tenté de pirater plusieurs centres de recherche qui travaillent sur des vaccins contre le Covid-19 dans ces trois pays. Et puis que dire de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Soit il déprime et broie du noir, soit il est tout simplement réaliste et pragmatique, voire même fataliste. Lors d’une conférence de presse, il a affirmé sans ciller qu’il n’y a pas « de solution miracle pour le moment contre le Covid-19 et qu'il pourrait ne jamais en avoir ». Mais en parallèle, il explique que « les travaux sur l'immunisation progressaient. Un certain nombre de vaccins sont actuellement en phase 3 des essais cliniques, et nous espérons disposer d'un certain nombre de vaccins efficaces qui peuvent aider à prévenir l'infection». 
A la lumière de toutes ces contradictions, bien malin qui peut dire où se situe la vérité. En revanche, une chose est sûre, le nouveau coronavirus continue de faire des ravages aux quatre coins de la planète. Plus de 20 millions d'infections au Covid-19 ont été enregistrées. Le nombre de décès a dépassé 700.000. Les deux chiffres donnés par l'université américaine Johns Hopkins prouvent que le vaccin est très attendu, mais pas à n’importe quel prix pour l’Organisation mondiale de la santé. Dilemme.  

Chady Chaabi
Mercredi 12 Août 2020

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