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La Méditerranée et sa population dans le rouge

Une région où le Covid-19 a fait passer au second plan le danger du réchauffement climatique




La Méditerranée et sa population dans le rouge
A force de vampiriser l’actualité et cristalliser l’attention du monde entier, la crise sanitaire fait passer au second plan, à tort, les problématiques et défis majeurs affrontés par les humains avant l’apparition du Covid-19. On pense bien évidemment au réchauffement climatique. Et ça, en revanche, l’Union pour la Méditerranée (UMP) ne l’a pas oublié.
 
Il ne faut pas croire que c’est une manière de s’approprier un bout de lumière à l’heure où les sujets autres que le coronavirus broient du noir. C’est plutôt une mise en garde qui arrive à point nommé. Si aujourd’hui, les pays du pourtour méditerranéen combattent avec véhémence et toutes leurs forces l’épidémie du coronavirus, ils oublient le réchauffement climatique. Pourtant, il représente un danger pour la survie à court terme des populations jouxtant une mer au bord de l’asphyxie.
 
Un temps d’une beauté et connue pour une rare biodiversité (éponges, coraux rouges, algues, poissons, coquillages et crustacés...), la Méditerranée détient de nos jours le triste record de « mer la plus polluée du monde ». Petite, quasi fermée et très fréquentée, elle concentre 250 milliards (de particules) microplastiques invisibles. « Environ 8 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans l’océan chaque année. Pis, les plastiques à usage unique font un retour massif en cette crise du Covid-19 », alerte l’Union pour la Méditerranée. Mais pas seulement. Il y a plus grave encore. « La Méditerranée est dans une situation alarmante, victime d’un réchauffement 20 % plus rapide que la moyenne mondiale, selon le premier rapport scientifique sur l’impact du changement climatique et environnemental en Méditerranée développé par ​ MedECC avec notre soutien », précise l’organisation intergouvernementale rassemblant 43 pays d’Europe et du bassin méditerranéen.
 
L’organisation qui fête cette année un siècle d’existence ne se soucie pas uniquement de la Méditerranée. En fait, elle s’inquiète pour les populations qui y ont pied. Avec l’accélération de la fonte des glaces occasionnant une montée des eaux, « on estime qu’environ 15 méga-villes portuaires risquent d’être inondées, à moins que d’autres mesures d’adaptation ne soient prises», alarme l’UMP. Vu comme ça, de loin, il est facile d’être insensible au triste sort et à l’avenir incertain de la Méditerranée. Mais à y voir de plus près, c’est une toute autre paire de manches.
 
Par exemple, une mer Méditerranée polluée est synonyme d’une mort lente pour les pêcheurs. Certes, le secteur halieutique n’y représente pas plus de 1,5 % de la production mondiale, mais comme elle est destinée à une consommation immédiate, cette production revêt une importance capitale pour les populations locales. L’activité, essentiellement artisanale, occupe un grand nombre d’individus aussi bien sur mer que sur terre, détenant de ce fait l’une des valeurs socioéconomiques les plus élevées du monde. Alors, le défi à relever n’est pas uniquement de stopper la destruction de la Méditerranée, mais surtout de gérer de manière durable et raisonnée le peu de ressources qui restent. Car d’ici à 2025, la population a de fortes chances de croître d’environ 50 % dans les pays du pourtour méditerranéen. Et donc par conséquent, sans une véritable politique de gestion des ressources, il sera impossible de maintenir la pêche et répondre à la demande future de produits halieutiques.               
 
Récapitulons. A l’heure où vous lirez ces quelques lignes, la Méditerranée et sa mer bleue en surface seront à dire vrai dans le rouge en profondeur. Sur le banc des accusés, l’activité humaine et ses déchets plastiques. La situation pourrait déboucher sur la disparition à moyen terme du secteur halieutique et donc la précarisation des populations dont c’est la ressource principale, que ce soit en termes d’emploi ou de nourriture. Et ce n’est pas tout. A cause du réchauffement climatique, plus d’une dizaine de villes côtières sont sous la menace d’une montée des eaux qui pourraient les engloutir. Bref, un sombre avenir attend la Méditerranée. A moins d’opérer des changements.
 
Justement, pour affronter ces défis, l’Union pour la Méditerranée et les représentants des 43 pays d’Europe et du bassin méditerranéen qui la composent ont mené une consultation virtuelle. C’était du 11 au 25 mars. La consultation a été exhaustive. Tous les sujets ayant trait auxdits défis ont été abordés. A commencer par les besoins urgents d’assistance technique pour les pays méditerranéens. Ou encore, la numérisation et la mise en place d’une économie circulaire. Sans oublier l’application de financements durables.
 
En termes de gouvernance, l’UMP et ses membres espèrent « la mise en œuvre de politiques durables et un travail scientifique rigoureux (pas seulement des réunions) pour formuler des recommandations et des priorités claires». Pour exemple, afin de parvenir à une pêche et une aquaculture durables, l’Union pour la Méditerranée recommande de « renforcer le rôle de la pêche artisanale et de la production aquacole à petite échelle en mettant l'accent sur la durabilité environnementale et les questions sociales, plutôt que sur la rentabilité et la production massive ».
 
Concernant le transport maritime durable et les ports, il est question de « consacrer beaucoup plus d'attention à la navigation de plaisance, en particulier motorisée. La pollution locale provenant de ces bateaux est importante, mais inexpliquée. Fixer des normes environnementales plus élevées pour la région en termes de sécurité et d'émissions polluantes. »  Le tourisme durable, les énergies marines renouvelables ou encore l’adaptation au changement climatique sont autant de problématiques dont les recommandations sont disponibles sur l’adresse web « medblueconomyplatform.org ». Faites-y un tour, cela vous concerne de près ou de loin.

Chady Chaabi
Mardi 5 Mai 2020

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