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La Chine “pétrovore” s’est réveillée

Il n’y a pas que New York et Londres, Shanghai a désormais la cote. Le Maroc devrait s’en accommoder pour diversifier ses sources d’approvisionnement en pétrole




La Chine, deuxième plus gros consommateur de pétrole au monde, dispose désormais de ses propres contrats pétroliers à terme. Les échanges ont débuté sur le Shanghai International Energy Exchange. Ils sont ouverts aux investisseurs étrangers et libellés en yuan.
La stratégie des autorités chinoises est double. En tant que premier importateur net de pétrole brut au monde - ses achats ont encore bondi de 10% en 2017 - Pékin veut jouer un rôle plus important dans la fixation du prix et de, manière générale, de s'assurer les conditions d'approvisionnement en matières premières les plus favorables possibles, tout en étendant son influence économique.
Ses contrats à terme, auront-ils un impact réel sur le marché d’approvisionnement en pétrole au niveau international ? « Il s’agit d’un jeu de spéculation et d’influence à court terme. Cette influence concerne en premier lieu le volet  financier de la demande  mais  pas l’offre puisque ce sont les pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)  qui contrôlent réellement les prix. Pourtant, le lancement de ces contrats pourrait être favorable à la demande dans la mesure où il y aura de nouveaux acheteurs et vendeurs sur la scène internationale qui ne passeront pas par le Nymex de New York ou par l’ICE de Londres», nous indiqué Hicham Attouch, président du Forum des économistes marocains. Et de préciser : «L’entrée en jeu de la Chine signifie l’entrée de nouveaux acquéreurs-vendeurs et cela pourrait se révéler positif pour des pays comme le Maroc puisque le monopole de la vente sera levé.  Les nouveaux contrats chinois sont destinés à acheter et à vendre du pétrole et non pas à le stocker ».  
Et l’approvisionnement du marché marocain dans tout cela ? « Le Maroc aura désormais la possibilité de diversifier ses sources d’approvisionnement en pétrole et il ne sera plus lié aux seuls marchés américains et européens. Ceci d’autant plus que les relations entre Pékin et Rabat sont au beau fixe», nous a affirmé notre source. Et d’expliquer : « La structure du marché pétrolier mondial n’est plus comme elle l’était. Nous sommes passés d’un système de gré à gré à un système de transactions internationales. Et cela offrira la possibilité au Maroc de choisir entre New York, Londres et Shanghai. Le nouveau jeu de la concurrence en cours pourrait bien jouer au profit de notre pays».  
Et qu’en est-il des échanges qui seront libellés en yuan? « A priori,  le dollar garde la main. Comme ce fut le cas lors du conflit entre les Etats-Unis  et  l’Iran, obligeant ce dernier à convertir ses échanges en euro, mais cela n’a eu aucun effet puisque les contrats internationaux se font 80% en dollar au niveau du marché international. Les transactions en yuan sont obligées  de passer par le dollar qui reste une monnaie d’échange internationale», nous a affirmé le président du Forum des économistes marocains. Et d’ajouter : « L’échange en yuan avec la Chine n’aura pas d’impact tant que nous sommes sous le régime de change qui a été mis en œuvre dernièrement. Ceci d’autant plus que nous ne sommes pas entrés dans un système de flexibilité totale,  c’est-à-dire de liberté des transactions sur le marché des changes.  Le règlement du pétrole chinois se fera en dollar et il ne faut pas s’attendre à ce que le Maroc enregistre des points sur ce volet».
Notre source estime que les choses vont évoluer à l’avenir mais à deux conditions : «  Il faut que les contrats chinois à terme gagnent en efficacité et en visibilité sur le marché international notamment à moyen terme et que le processus de libéralisation du dirham soit stabilisé  et finalisé mais cela risque de prendre entre cinq et dix ans», a-t-elle conclu.

Quid de la Shanghai Petroleum Exchange ?

La Shanghai Petroleum Exchange (SPE) est la première bourse de Chine pour les transactions au comptant des produits pétroliers.
Située dans le nouveau quartier de Pudong, elle a entamé son activité par les transactions de l'essence et fera, dans un avenir proche, des transactions du bitume, du méthanol, du glycol et d’autres produits pétroliers et pétrochimiques, y compris le pétrole brut, les produits dérivés de pétrole et le gaz naturel liquéfié, a déclaré son directeur général Chen Zhenping.
Avec un capital enregistré de 105 millions de yuans (13 millions de dollars), la bourse est une joint-venture fondée par Shanghai Jiulian Group avec les quatre géants pétroliers et pétrochimique du pays, y compris PetroChina et Sinopec.
Les contrats à terme cotés le jour de l’ouverture de la SPE seront livrés de septembre 2018 à mars 2019. Les prix de référence des 15 contrats ont été fixés à 416 yuans (65,8 dollars), 388 yuans et 375 yuans par baril, les prix pouvant varier en fonction des dates de livraison. Le cours d'ouverture du contrat SC1809 s'est établi à 440 yuans par baril.
Vingt minutes après l'ouverture de la séance, 14.000 transactions ont changé de mains. Les marges des transactions pour les contrats à terme sont fixées à 7% de la valeur du contrat. Les limites des transactions à la hausse ou à la baisse sont de 5%, alors que les limites des transactions au premier jour des négociations s'établissent à 10% des prix de référence.
Les hommes d’affaires peuvent investir dans des contrats à terme via diverses mesures. Au début, les dollars peuvent être utilisés comme fonds de garantie et pour les règlements.
«La Chine est le premier importateur de pétrole brut au monde, et l'introduction des contrats à terme sur le pétrole brut libellés en yuan représente un jalon pour le marché des contrats à terme de la Chine», a déclaré David Martin, responsable Asie-Pacifique des échanges mondiaux de la société J.P. Morgan.
Elle rêve donc de bousculer le marché mondial et espère rivaliser avec le WTI new-yorkais et le Brent londonien qui servent de référence commerciale absolue aux échanges mondiaux et déterminent les prix internationaux. Or, «il manque un baromètre capable de refléter précisément les marchés asiatiques», plaide Gao Jian, analyste de SCI, cabinet chinois d'information sur les matières premières.  
 Le contrat shanghaïen, concernant un brut «moyen sulfuré», sera «mieux adapté aux besoins chinois», indique-t-il à l'AFP. Mais l'objectif est surtout «d'accroître la capacité (de la Chine) à négocier sa facture énergétique», en intervenant plus directement dans la détermination des cours mondiaux, insistent les analystes de la firme chinoise ICIS. Le pays a dépassé l'an dernier les Etats-Unis comme premier importateur mondial de pétrole brut, avec des importations de 420 millions de tonnes en 2017, un niveau record.
Enfin, Pékin peut espérer conforter ainsi la visibilité du yuan, dont il veut doper l'usage à l'international en dépit d'une convertibilité toujours très encadrée.

 

Hassan Bentaleb
Mercredi 28 Mars 2018

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