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L’être humain à la fois victime et coupable

La Journée mondiale de la Terre est l’occasion de repenser nos interactions avec la faune




La promiscuité entre l'Homme et l'animal, facteur favorisant le risque de zoonose, selon une étude

L’être humain à la fois victime et coupable
« Le virus du Covid-19 est un travail de professionnel. Il a été créé par des chercheurs chinois qui ont voulu faire un vaccin contre le Sida ». Cette déclaration a mis en ébullition les réseaux sociaux et conforté les complotistes dans leurs croyances. On la doit au professeur Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine 2008. Cependant, si l'être humain est sans aucun doute responsable de l'émergence du Covid-19, la théorie d’une manipulation en laboratoire n’est pas forcément la plus plausible.
 
Avant-hier, c’était la Journée mondiale de la Terre nourricière. Ironiquement, sa célébration a coïncidé avec l’effondrement du prix en bourse de son bourreau, le pétrole. Un effondrement exceptionnel, conséquence de la crise économique liée à la pandémie du coronavirus. Autre effet de la pandémie : depuis son instauration dans le calendrier mondial, un 22 avril 1970, jamais la planète n’a eu aussi bonne mine. La pollution atmosphérique est à son plus bas, la couche d’ozone en rémission et les animaux ont petit à petit réinvesti des territoires abandonnés par une humanité confinée. Et si finalement, nous devions blâmer cette interaction déraisonnée avec la faune et les activités anthropiques qui en découlent ? Les zoonoses, ça vous dit quelque chose ? On vous explique.
 
Changements anthropiques et zoonoses
 
Sur la chaîne américaine Pro-Trump, Fox News, Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine, a affirmé lors d’une émission au sujet de l’origine du SARS-CoV-2, avec notamment l’évocation d’un laboratoire de virologie à Wuhan comme potentiel source de l'épidémie : «Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé, a contaminé le monde et a provoqué une telle tragédie». Mais il y a une seconde enquête autrement plus intéressante.
 
A l’instar du SARS-CoV et du H1N1, le SARS-CoV-2 est une zoonose. Autrement dit, une maladie infectieuse des animaux vertébrés transmissible à l'être humain. L’émergence de ces trois virus en moins de vingt ans a poussé des chercheurs à étudier la relation entre les changements anthropiques de l’environnement et les zoonoses. Et il s’avère qu’en effet, la promiscuité entre l'homme et l'animal est un facteur connu favorisant le risque de zoonose. Elle menace la santé de l’humanité.
 
Parue dans « Proceedings of the Royal Society B », l’étude a été menée par des chercheurs de l'école vétérinaire de l'Université UC Davis en Californie. Ces derniers ont analysé 142 virus zoonotiques identifiés et les mammifères terrestres pouvant être des hôtes potentiels. Concrètement, cette enquête a été réalisée en croisant lesdits virus avec la liste des espèces en danger d'extinction de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Tout en prenant en considération l’état de conservation de chaque espèce, sa taille de population et surtout les risques d’extinction qui la guettent.
 
Les résultats sont pour le moins édifiants. Pour schématiser, dans un premier temps, il en ressort que les animaux domestiques et d'élevage sont ceux qui partagent le plus de virus avec l'humanité (H1N1 par exemple). Pis, ils seraient plus de huit fois porteurs de virus zoonotiques que les mammifères sauvages qui ne sont pas en reste non plus. Dans un second temps, l’étude désigne également les animaux sauvages, parfaitement adaptés à l'humain, comme un creuset de virus zoonotiques parmi lesquels certains rongeurs, les singes qui prospèrent dans certaines villes du globe, et les chauves-souris, se nichant parfois dans les fermes.  Enfin, le dernier volet de l’étude a amené les scientifiques de l'école vétérinaire de l'Université UC Davis à une conclusion sans appel : les animaux sauvages les plus prédisposés à abriter des virus zoonotiques sont ceux qui sont en danger d'extinction.
 
Repenser nos interactions avec la faune
 
En somme, les données fournies par les chercheurs américains ne sont guère surprenantes. De toute évidence, l’expansion de l’agriculture et le commerce illégal de la faune ont œuvré depuis des décennies à une promiscuité entre l’homme et ces espèces et donc à la transmission de nombreux virus. Ainsi on en vient à « l’effet Pangolin ». Le mammifère le plus braconné sur la planète pour sa peau et sa chair. Vendu dans le marché de Wuhan, épicentre du Covid-19, ce manidé insectivore, couvert d’écailles, dont les Asiatiques raffolent et qui prospère aussi en Afrique, est suspecté d’avoir été à l’origine du passage du SRAS-CoV-2 de l’animal à l’homme. Mais est-ce vraiment raisonnable d’accuser un pauvre pangolin et lui mettre sur le dos la crise sanitaire mondiale ? Certainement pas.
 
En vérité, l’être humain est l’unique responsable de l'émergence de nouveaux virus. « Evidemment, nous ne voulons plus de pandémie de cette ampleur. Nous devons trouver un moyen de coexister de façon sûre avec la faune, car elle ne manque pas de virus à nous transmettre », explique Catherine K. Johnson, première autrice de l'étude et directrice de recherche du projet USAID PREDICT à l'école vétérinaire de l'Université UC Davis. Difficile de lui donner tort. C’est à l’humain de repenser ces interactions avec la faune. Arrêter l'altération des écosystèmes par la destruction de ses habitats naturels serait un bon début. Cela limiterait l'émergence de nouvelles épidémies comme le Covid-19 et surtout leurs multiplications à l’avenir.

Chady Chaabi
Jeudi 23 Avril 2020

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