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L’égalité des chances à l’école marocaine




L’égalité des chances est une notion morale
fondée sur un idéal égalitaire prenant appui
sur le référentiel universel des droits de l’Homme. Elle se définit par opposition aux systèmes de castes et aux inégalités statutaires des sociétés
féodales. Elle présuppose de mettre sur le même piédestal tous les citoyens  et ce «(…)
indépendamment de leur origine sociale ou
ethnique, de leur sexe, des moyens financiers de leurs parents, de leur lieu de naissance, de leur conviction religieuse, d'un éventuel handicap, etc.» (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Egalite_chances.htm)


Actuellement au Maroc, c’est un principe qui revient si souvent dans les correspondances officielles, tel un leitmotiv, au point où il s’avère légitime de se demander s’il s’agit d’une politique éducative volontariste basée sur l’équité et la citoyenneté ou tout simplement de déclarations de bonnes intentions sans lendemain utilisées comme un effet de mode ou un alibi marketing. Il importe aussi de savoir si cette prise de position est déclenchée pour conforter une mouvance dynamique qui est déjà mise en place, pour s’aligner sur les normes en vigueur dans les pays démocratiques en matière de droits des apprenants et autres citoyens ou tout simplement pour travailler dans le sens de combler le fossé énorme entre les plus favorisés et les moins favorisés. En tout cas, la reprise n’est jamais gratuite, et elle signifie, par la force des choses, un engagement résolument pris sur la voie de la justice sociale.
Les textes officiels portant sur l’éducation au Maroc foisonnent de mentions relatives au principe de l’égalité des chances. Cette dernière est devenue omniprésente dans tous les textes officiels. Ainsi, la Constitution de 2011 fait référence à cette valeur comme l’un des droits dont devrait jouir le citoyen. Elle prône le bannissement de : «toute discrimination à l’encontre de quiconque en raison du sexe, de la couleur, des croyances, de la culture, de l’origine sociale…» (La Constitution de 2011, préambule, p 6), ainsi que de la parité selon une approche du genre.
Dans le même ordre d’idées, la Charte nationale de l’éducation et de la formation affirme que : « Le système d’éducation et de formation œuvre à la concrétisation du principe de l’égalité des citoyens, de l’égalité des chances qui leur sont offertes et du droit de tous, filles et garçons, à l’enseignement, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain, conformément à la Constitution du Royaume» Il en va de même pour toutes les notes et les circulaires du ministères de l’Education nationale. Et cette richesse juridique s’exprime ouvertement pour un Etat-providence qui offre aux plus méritants une assistance sociale leur permettant d’escalader les marches de la société.

La réalité marocaine

L’Etat marocain a fourni des efforts considérables depuis l’aube de l’Indépendance dans le sens de l’égalité des chances. Le transport scolaire pour les régions enclavées, la mise en place d’un référentiel de l’éducation inclusive en faveur des enfants en situation de  handicap, la mixité, l’encouragement de la scolarisation de la fille en milieu rural, des bourses pour les élèves démunis, des internats aux quatre coins du Royaume, le programme Royal d’un million de cartables… sont autant de projets entrepris pour contrecarrer les injustices sociales.
Pour importantes qu’elles soient, ces mesures ne sont pas à même de garantir une justice sociale sur le court terme.. Certes l’école marocaine n’est pas responsable, à elle seule de l’accroissement des inégalités sociales, mais elle ne donne pas néanmoins la chance à d’autres élites pour émerger. Parmi tous les pays du Maghreb, on est le cancre des égalités scolaires. Et les dépenses sur l’enseignement par élève n’est pas pour contredire cette remarque, malheureusement.
Tous les textes officiels savamment bien élaborés in vitro restent lettre morte in vivo. Le constat est troublant concernant la disparité énorme entre le public et le privé d’un côté et même entre les établissements scolaires publics de la même commune, rurale ou urbaine. Au sein d’une commune urbaine, force est de remarquer que certaines institutions sont bien mieux nanties que d’autres parfois adjacentes ! Un enseignement à deux vitesses! Et si quelques écoles sont plus favorisées que d’autres, la raison est à chercher dans la vivacité du corps enseignant et du staff administratif ainsi que dans le dynamisme des associations de parents d’élèves. Aucune tendance à l’uniformisation ou à la standardisation n’est ressentie.
A titre d’exemple, les professeurs des lycées techniques évoluent dans des conditions plutôt favorables, peuvent avoir des tableaux blancs à marqueurs, ont un accès illimité aux datas show et travaillent dans un cadre relativement agréable. Par contre, il existe des lycées aux murs délabrés, aux tableaux noirs défoncés, et où les conditions de sécurité laissent à désirer. Il paraît, vraisemblablement que le milieu environnant affecte positivement ou négativement les institutions scolaires tant en logistique qu’en ressources humaines, si bien dans certains cas l’affectation d’un professeur dans une école ou un collège est tour à tour synonyme de punition ou d’aubaine !
De l’avis de plusieurs directeurs d’écoles et de lycées, le problème réside d’abord dans le laxisme enregistré dans l’application des cahiers des charges par les entrepreneurs qui en livrant les bâtiments construits faillent à leurs engagements : classes insuffisamment équipées, matériaux de qualité médiocres, voire édifices non construits, avec la complicité de certains “responsables” en manque de conscience. Dans les faits, tant que le phénomène de la déperdition scolaire continue de sévir, il serait illusoire de parler de l’égalité des chances.
Pour juguler les inégalités sociales, plusieurs actions peuvent être menées en parallèle :
- Mettre en place un socle minimum de compétences dont devrait avoir impérativement chaque élève au bout de son cursus scolaire et dont devrait attester un diplôme quelconque ;
- Mettre au point un descriptif d’une classe égalitaire conforme aux normes de sécurité et d’hygiène ;
- Inciter tous les établissements à s’aligner graduellement à ces normes rappelées au début de chaque année scolaire ;
- Mener régulièrement des audits aléatoires tout au long de l’année pour rendre compte de l’état des lieux ;
- Réviser le cadre législatif permettant de mettre en place un dispositif des charges attribuées à chaque établissement pour offrir à tous les élèves des conditions similaires où qu’ils soient ;
- Exiger, non pas une superficie minimale pédagogique, mais plutôt une superficie pédagogique quasi identique partout au Maroc
- Légiférer et réaliser une vraie discrimination positive au profit des pauvres et enclavés partout au Royaume ;
- Consacrer une bonne partie des enseignants excédentaires pour lutter contre les effets de la déperdition scolaire (programme scolaire non achevé, compétences non acquises…)
Qu’on le veuille ou non, la réitération du principe de l’égalité des chances dans les documents officiels est un engagement clair et net en faveur d’une équité sociale au profit de tous, en particulier ceux qui se trouvent dans la précarité. L’instauration sur des assises solides du principe de l’égalité des chances est somme toute tributaire de la problématique du développement durable, celle-ci est à elle seule capable de faire apparaître de nouvelles élites émanant de milieux défavorisés.

Par Adil Daigham
Mercredi 3 Juillet 2019

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