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L'ascension peu orthodoxe de Gafur Rakhimov au sommet de la boxe mondiale




L'arrivée à la tête de l'AIBA de M. Rakhimov a été rendue possible par les problèmes de gouvernance qui plombent de longue date la Fédération de boxe  

Elu récemment président de la Fédération internationale de boxe (AIBA), l'Ouzbek Gafur Rakhimov assure vouloir restaurer le lustre d'une instance marquée par des années de mauvaise gouvernance, mais son ambition se heurte au Comité international olympique (CIO), inquiet de sa mauvaise réputation.
Faisant face à un seul adversaire, l'ex-boxeur kazakh Serik Konakbayev, Gafur Rakhimov, 67 ans, a reçu samedi lors du congrès de l'AIBA organisé à Moscou le soutien de 86 délégués (sur 134 bulletins comptabilisés), le confirmant à un poste qu'il occupait par intérim depuis janvier 2018.
Mais l'homme d'affaires n'est pas connu du seul milieu de la boxe: le Trésor américain a accusé M. Rakhimov "d'apporter un support matériel aux Voleurs dans la loi", un terme désignant la mafia issue d'ex-URSS.
"Gafur Rakhimov est décrit comme étant passé de l'extorsion et du vol de voitures à l'un des criminels les plus importants d'Ouzbékistan et un important acteur du trafic d'héroïne", a affirmé le Trésor américain en décembre 2017.
Des accusations que Gafur Rakhimov, né en 1951 à Tachkent, nie vigoureusement. "Je n'ai jamais été impliqué dans des organisations criminelles internationales", se défendait l'homme d'affaires dans un entretien par mail à l'AFP, début octobre, se disant "très confiant que l'erreur sera corrigée dans les trois à six prochains mois".
"Ces fausses allégations ont été fabriquées par le précédent régime de mon pays, l'Ouzbékistan", alors présidé par l'autoritaire Islam Karimov, décédé en septembre 2016, assure-t-il. Gafur Rakhimov affirme également que les pressions sur sa famille l'avaient contraint à quitter l'Ouzbékistan en 2010, après la saisie par les autorités de l'une de ses entreprises.
Après la mort d'Islam Karimov, son ancien Premier ministre Chavkat Mirzioïev est arrivé à la tête du pays et le nom de Gafur Rakhimov est brièvement apparu sur la liste des personnes recherchées, publiée sur le site du ministère ouzbek de l'Intérieur. D'après cette fiche, il était recherché pour "blanchiment d'argent" et "fraude à grande échelle".
Mais cette note a disparu et, en juillet, Gafur Rakhimov a pu se rendre pour la première fois en huit ans dans son pays natal où il a visité le siège du Comité olympique national. Selon l'homme d'affaires, les charges qui pesaient contre lui ont été levées.
Les explications de Gafur Rakhimov ne convainquent pourtant pas le CIO: après son élection comme président par intérim, l'instance internationale a décidé de geler ses relations avec l'AIBA et d'arrêter de lui verser des aides financières.
Tout en laissant planer une menace lourde de sens: s'il était élu président, la boxe pourrait être exclu des JO-2020 de Tokyo. Ce serait une première pour la boxe depuis son arrivée aux Jeux, en 1904.
L'histoire commune entre Gafur Rakhimov et la boxe est ancienne: elle remonte à l'époque soviétique, quand cet homme râblé était un pratiquant amateur avant de devenir entraîneur et, plus tard, un bienfaiteur de ce sport dans l'ancienne république soviétique.
En 1993, il commence un mandat de cinq ans comme vice-président de la fédération ouzbèke de boxe avant d'occuper le même poste, de 2001 à 2012, au comité olympique ouzbek. Dans les deux cas, cet homme de l'hombre était considéré comme le vrai patron de ces deux organisations.
Mais selon lui, son mandat au sein du comité olympique fut interrompu par un conflit avec la puissante fille de l'ancien président Karimov, Goulnara Karimova, aujourd'hui en disgrâce.
L'arrivée à la tête de l'AIBA de M. Rakhimov a été rendue possible par les problèmes de gouvernance qui plombent de longue date la Fédération de boxe. En novembre 2017, le Taïwanais Wu Ching-kuo avait été contraint à la démission après avoir été suspendu par sa propre fédération et accusé de mauvaise gestion financière.
Selon Gafur Rakhimov, ce sont "40 millions de dollars de dettes" qu'il a découverts à son arrivée à la tête de l'AIBA en janvier. Des dettes qu'il a en partie résorbées grâce à de nouveaux contrats de sponsoring, assurait-il à l'ouverture du congrès de Moscou.
Mais les problèmes financiers de la Fédération de boxe restent conséquents.
Les pertes en 2018, selon le rapport financier présenté lors du congrès, s'élèvent à 19 millions de dollars et l'organisation semble difficilement pouvoir se passer de l'aide financière du CIO.
A Gafur Rakhimov, que les menaces inhabituelles du CIO avant son élection n'ont pas fait reculer, de convaincre les instances internationales de ne pas sanctionner la boxe.

Jeudi 8 Novembre 2018

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