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L’accès des enfants réfugiés à la scolarisation, une initiative assurément louable

Il reste beaucoup à faire au niveau de leur situation socioéconomique




Selon un récent rapport du HCR (Agence des Nations unies
pour les réfugiés), le taux de
scolarisation des enfants réfugiés est passé de 61 à 63% au
primaire, et de 23 à 24% au
secondaire. Du côté de
l’enseignement supérieur, la part des réfugiés est passée de 1 à 3% après plusieurs années
de stagnation.Toutefois, ces progrès ne doivent pas cacher des chiffres autrement plus inquiétants. Tel est le cas du nombre d’enfants réfugiés qui ne vont pas à l’école qui s’élève à 3,7 millions sur
les 7,1 millions d’enfants réfugiés en âge de scolarité. C’est le cas également de la faible proportion des réfugiés scolarisés au niveau
du secondaire qui est inférieure de plus de deux tiers
à celle des non-réfugiés, soit 24% contre 84% au niveau mondial. Idem pour la part des réfugiés
inscrits dans l’enseignement supérieur en comparaison
avec les 37% des citoyens qui
en ont la possibilité à travers le monde. Au Maroc, les enfants réfugiés sont scolarisés à hauteur de 92% au primaire et 28% dans le secondaire. En effet, notre pays a déployé, depuis cinq ans, de grands efforts pour insérer les
enfants migrants et réfugiés dans
le système éducatif. Le droit à
l’éducation pour tous a été entériné par le Royaume dès 2011.
Pourtant, plusieurs obstacles nuisent à un meilleur accès
des réfugiés au système scolaire (langue, situation de précarité
des parents, absence des structures spécialisées, …) et rendent caducs les efforts déployés ainsi que les
engagements  du Maroc vis-à-vis de «la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants» qui fait de l'éducation
un élément-clé de la réponse à la crise internationale des réfugiés
et du quatrième des Objectifs de développement durable qui vise
à «assurer à tous une éducation équitable, inclusive et de qualité
et des possibilités d'apprentissage tout au long de la vie». Retour
sur l’expérience marocaine.


Le Maroc compte aujourd’hui 1.372 enfants réfugiés en âge de scolarisation. Jusqu’en  juin 2019, 362 enfants réfugiés ont été inscrits dans des crèches privées ou associatives et 943 scolarisés au primaire et au secondaire.

Etat des lieux
« Ces enfants bénéficient d’un système de cache conditionnel déployé en faveur des enfants et étudiants, et qui reste tributaire du budget disponible. Pour les inscriptions dans les crèche considérées comme facteur d’intégration surtout au niveau linguistique et de cohésion sociale, le HCR accorde un montant maximum de 500 DH comme frais d’inscription et 250 DH mensuellement sur la base des justificatifs fournis par les parents », nous a indiqué Souliman Ben Lamine, senior education assistant auprès du HCR-Maroc. Et de poursuivre : « Pour le primaire et le secondaire, les enfants réfugiés sont principalement scolarisés  dans des écoles publiques formelles.  Seuls six enfants réfugiés ont été scolarisés dans l’éduction non-formelle. Au début de chaque année scolaire, le HCR distribue des kits scolaires et octroie un montant de 900 DH per capita au mois de septembre/ octobre et 300 DH en milieu d’année en sus d’une bourse scolaire bimensuelle de 300 DH. Le HCR finance également les cours de soutien pour enfants (cours de langue et autres) à hauteur de 200 DH par mois au maximum. Sur les 943 enfants réfugiés scolarisés, seuls 376 ont bénéficié des cours de soutien scolaire».
Pour le supérieur (Baccalauréat+2, Baccalauréat+3, Master et doctorat), le HCR a recensé 757 étudiants réfugiés inscrits. Une grande partie de ces étudiants, notamment des Yéménites sont en cycle doctoral. « Les étudiants réfugiés reçoivent eux aussi un kit universitaire en début d’année universitaire comme c’est le cas pour les enfants réfugiés en plus d’une bourse mensuelle de 300 ou 600 DH selon la situation financière et sociale de chaque bénéficiaire. Ces étudiants peuvent bénéficier également de la bourse d’excellence DAFI (Initiative académique allemande Albert Einstein pour les réfugiés) financée par le gouvernement allemand.  Nous avons signé également des conventions avec les Instituts français de Rabat, Casablanca et Oujda afin de permettre aux étudiants réfugiés non francophones d’apprendre  la langue française. A noter que l’enseignement supérieur ne fait pas partie de nos objectifs primordiaux. La priorité est plutôt donnée au primaire et au secondaire », nous a précisé Souliman Ben Lamine.  
Une grande partie de ces enfants et étudiants réfugiés sont de nationalité syrienne. Les Centrafricains arrivent en deuxième place suivis des Yéménites et des Soudanais. Ils sont issus de 50 localités du Maroc avec un important taux d’enfants et étudiants en provenance de Rabat et Casablanca, villes caractérisées par une forte concentration de réfugiés. Les filles réfugiées représentent  51% du total au niveau des inscrits en crèche  contre  49% pour les garçons. Dans le primaire, les garçons sont légèrement plus nombreux avec 53% contre 47% pour les filles. Idem en secondaire avec   56% pour les garçons et 44% pour les filles. La situation change complètement au niveau universitaire  avec une domination des garçons (82% contre  18% pour les filles).  «  Concernant le profil de leurs parents, nous en avons  de différents types. Il y a des doctorants qui se sont installés au Maroc avec leurs enfants, des personnes en situation économique assez difficile, des personnes seules. Ce n’est pas homogène comme profils », nous a expliqué Souliman Ben Lamine.
Selon HCR-Maroc, les enfants réfugiés sont scolarisés à hauteur de 92% dans le primaire et 28% dans le secondaire.  La même tendance est observée au niveau mondial.
Dans son nouveau rapport publié le 1er septembre courant, le HCR a révélé que 63% des enfants réfugiés fréquentent l’école primaire, contre 91% dans le monde et 24% effectuent des études secondaires, contrairement à 84% des adolescents à travers le monde.
« L’accès à l’éduction pour les enfants réfugiés est indiscutable aujourd’hui au Maroc. Nous avons dépassé l’époque des blocages. Nous sommes dans un contexte favorable pour intégrer les enfants réfugiés à l’école», a affirmé Souliman Ben Lamine. Et d’ajouter : « Par contre, l’enseignement supérieur pose certains problèmes notamment pour les réfugiés qui ne disposent pas d’un baccalauréat marocain et qui doivent passer impérativement par l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) et avoir l’accord de leur ambassade ».
Wafa Khalek, doctorante en migration et développement,  nous a indiqué que le droit à la  scolarisation au Maroc est aujourd’hui garanti aux enfants réfugiés sans conditions préalables et sans distinction  quel que soit leur statut juridique (réfugié, migrant ou mineur non accompagné). « Ce  droit est garanti par les conventions signées et ratifiées par l’Etat marocain et appuyé par la Constitution de 2011. Les enfants réfugiés profitent également de l’opération 1 million de cartables et poursuivent normalement leur scolarité sous condition d’une présence continue et ordonnée », nous a-t-elle expliqué. Le temps des circulaires ministérielles concernant chaque nationalité des enfants réfugiés est donc révolu.

L’accès des enfants réfugiés à la scolarisation, une initiative assurément louable
Défis et problèmes
Pourtant, la scolarisation de ces enfants et étudiants réfugiés n’est pas un long fleuve tranquille. Plusieurs difficultés et obstacles entravent leur accès à l’éducation. Souliman Ben Lamine identifie trois problèmes qui semblent récurrents, à savoir les barrières de la langue, de l’âge et du niveau scolaire.  « La tranche d’âge qui pose le plus de problèmes est celle des 14-17 ans puisque leur intégration éducative exige un accompagnement et des efforts considérables. Ceci d’autant plus qu’ils sont trop jeunes pour entamer une formation professionnelle. En fait, les enfants appartenant à cette tranche d’âge ne parlent pas les deux langues (arabe et français) enseignées dans les écoles publiques. D’autant plus que certains d’entre eux ont  perdu trois années scolaires  ou plus sur la route de l’exil.  Cette situation crée des frustrations chez  ces enfants et rend leur intégration dans le système scolaire des plus  compliquées ».
Une situation des plus difficiles puisque les structures spécialisées dédiées aux enfants à besoins spécifiques ou qui ont besoin d’un appui psycho-social spécifique (enfants en situation de handicap, enfants souffrant de traumatismes de guerre, etc.) sont très peu nombreuses. « Il n’y a pas de classes spécialisées pour les enfants réfugiés. Ils sont traités au même titre que les élèves marocains. Notre mission n’est pas de nous substituer à l’Etat mais de nous aligner sur ce qu’il a déjà fait.  A noter que les enfants réfugiés ne sont pas tous dans de mauvaises conditions psycho-sociales. Il y a ceux qui sont dans des conditions relativement correctes », a souligné Souliman Ben Lamine. Et de préciser : «A noter également que nous disposons de psychologues, d’assistantes sociales, d’assistantes d’éduction et d’agents communautaires, à qui on fait appel en cas de besoin. Les écoles publiques disposent aussi d’assistants sociaux qui  accompagnent, en cas de besoin, ces enfants».
Wafa Khalek a, cependant, un autre avis. Elle estime que le rôle de l’éducation non-formelle doit l’emporter sur celui de l’éducation formelle. « L’adaptation au niveau scolaire de l’élève réfugié doit être prise très au sérieux si l’on cherche à dispenser un enseignement juste et solide. Un retour vers les expériences des pays de migration s’avère nécessaire et urgent. Les pratiques d’ailleurs sont plus efficaces et les responsables marocains sont dans l’obligation d’utiliser les outils proposés pour aider à atteindre une scolarisation réussie et à mettre en place ces outils», a-t-elle affirmé.
Abdellah Aissa, un réfugié syrien qui a soutenu son doctorat au Maroc et père de trois enfants scolarisés dans des écoles publiques casablancaises, estime que le véritable problème pour la scolarisation des enfants et des étudiants réfugiés a trait aux ressources financières. « Les subventions accordées par HCR-Maroc sont infimes et insuffisantes. 200 ou 250 DH, ça ne sert pas à grand-chose, notamment pour les familles nombreuses sans ressources.   Ceci d’autant plus que l’octroi de cette somme modique ne se fait pas de manière régulière puisqu’elle est souvent versée avec retard. Pire encore ces montants n’évoluent pas alors que les besoins des enfants augmentent avec le temps notamment au niveau du secondaire. A noter également que ces subventions ne sont accordées qu’aux parents étrangers. Un couple maroco-syrien, à titre d’exemple, n’a pas droit à cette bourse», nous a-t-il confié. Et d’ajouter : «Idem pour les étudiants réfugiés qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts avec leur bourse de 600 DH qui reste insuffisante pour répondre aux frais de  transport, de restauration, d’achat des livres ou pour faire des photocopies. Une grande partie d’entre eux galèrent pour subvenir à leurs besoins. Ils doivent compter sur leurs propres ressources pour poursuivre leurs études».
Notre source estime que ces charges scolaires supportées par les familles se sont alourdies  davantage avec la décision du HCR d’exclure les enfants réfugiés des cours de soutien en langue française dispensés par les Instituts français. « Ces cours sont aujourd’hui limités aux seuls étudiants réfugiés alors que ce sont les enfants qui en ont le plus besoin. Ceci d’autant plus qu’en tant que parents, nous ne pouvons rien faire pour nos enfants puisque nous mêmes nous ne maîtrisons pas le français et nous ne disposons pas des moyens à même de nous permettre de les inscrire à des cours. Personnellement, je ne peux pas payer des cours à plus de 1.000 DH pour chacun de mes trois enfants», nous a-t-elle précisé.   

Intégration
Concernant l’intégration des enfants réfugiés dans le système scolaire national, Souliman Ben Lamine pense que malgré certaines difficultés liées au contexte de l’exil, de la langue ou autre, il y a bien des enfants qui parviennent à s’intégrer comme en attestent leurs taux de réussite ou de durée des études. « A titre d’exemple, sur la totalité de l’effectif des enfants réfugiés scolarisés à Oujda,  nous avons enregistré un taux  d’échec ne dépassant pas les 5% lié principalement à des problèmes de langue, notamment chez des enfants syriens. Le nombre des enfants réfugiés qui quittent l’école est aussi très faible par rapport à celui des non-scolarisés.  D’après une enquête réalisée en mars dernier, nous avons recensé 330 enfants non-scolarisés âgés entre 6 et 17 ans avec une majorité de 14-17 ans. Et ce  problème est lié, en grande partie, aux  structures d’accueil et au contexte familial», nous a-t-il révélé. Et de poursuivre : « Le profil des enfants qui réussissent est hétérogène. On y trouve de tout,  des enfants en situation précaire, des enfants issus de la classe moyenne,… Nous avons une fille irakienne en 5ème année de médecine qui a réussi son parcoure malgré le fait qu’elle est arrivée à un âge avancé au Maroc et qu’elle a entamé ses études avec beaucoup de retard».
Wafa Khalek avance, de son côté, que ces enfants réfugiés évoluent dans un environnement scolaire favorable. « Nul ne peut nier que les responsables des établissements scolaires facilitent l’accès de ces enfants aux cours. Il faut aussi souligner que leurs camarades marocains n’ont pas de  comportements discriminatoires ou racistes. L’intégration se fait aussi par l’évolution du niveau de l’élève. Là, nous devons signaler certaines difficultés d’apprentissage de la langue d’enseignement. Des efforts restent à fournir car il ne peut y avoir de réussite scolaire face à des obstacles d’ordre pédagogique », a-t-elle souligné. Et de préciser : « Certainement, la société marocaine est une société réceptive. L’accueil et l’hospitalité font partie de notre vécu. Les différents entretiens que nous avons pu avoir avec ces enfants témoignent qu’ils arrivent à se faire des amitiés et à gagner la confiance de leurs instituteurs. L’esprit communautaire  prime tout de même sur les autres relations surtout parmi les élèves syriens».
La chercheuse soutient, contrairement au représentant du HCR-Maroc, que  le rendement scolaire de ces enfants réfugiés n’est pas aussi fameux. Elle explique que la cause est imputable au fait qu’ils avaient des difficultés scolaires dans leurs pays d’origine et qu’ils se trouvent confrontés à un gros problème de la langue d’apprentissage qui leur rend la tâche encore plus pénible ainsi qu’à leurs  enseignants. « Nous avons rencontré un élève yéménite qui a renoncé à sa scolarité et qui était inscrit, pourtant, en première année de baccalauréat», nous a-t-elle fait  savoir.
Abdellah Aissa estime, pour sa part, que les enfants réfugiés sont bien acceptés dans les établissements publics marocains et qu’ils sont traités sur le même pied d’égalité que leurs camardes de classe marocains. « Le personnel enseignant  et administratif est compréhensif à l’endroit de notre situation et de celle de nos enfants. Il affiche beaucoup d’intérêt et de compassion à notre égard. De leur côté, nos enfants tentent de s’intégrer dans leur nouvelle vie et font des efforts. Nous constatons des améliorations avec le passage d’un niveau scolaire à l’autre », a-t-il affirmé. Et de conclure : « Mais, ces enfants et nous-mêmes devons faire face à un autre souci plus sérieux, à savoir que notre installation au Maroc n’est pas assurée et qu’elle dépend du bon vouloir des autorités publiques. C’est mon cas, à titre d’exemple. Je me suis installé dans le Royaume il y a plus de 12 ans, j’y ai soutenu une thèse et j’y ai constitué une famille, mais jusqu’au jour d’aujourd’hui, je n’ai pas de carte de résidence permanente. Je n’ai droit actuellement qu’à une carte valable une seule année.  Ce sentiment d’instabilité nous empêche d’investir dans notre avenir et dans celui de nos enfants».

Hassan Bentaleb
Jeudi 19 Septembre 2019

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