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L'OMS récidive en promettant le pire pour l'Afrique

Trop faible accès aux services de santé, une moyenne de 9 lits de soins intensifs par million d'habitants...




L'OMS récidive en promettant le pire pour l'Afrique
Freiner une épidémie à grande échelle est bien plus coûteux que de mettre en place les mesures préventives que les gouvernements prennent actuellement pour contenir la propagation du virus
 
 Après avoir annoncé il y a deux mois une déferlante vague de coronavirus en Afrique,l’Organisation mondiale de la santé (OMS) revient avec un autre scénario catastrophique, cette fois-ci plus effrayant. Selon un communiqué publié le 7 mai dernier parson Bureau régional en Afrique, il y aura décès de 190.000 personnes en Afrique et infection de près de 44 millions au cours de la première année « si les mesures de confinement échouent ».
Se basant sur une étude élaborée à partir d’une modélisation, portée sur 47 pays de la région africaine de l’OMS, soit une population totale d’un milliard d’habitants, cette organisation s’attend également à des cas d’hospitalisations dues au Covid-19 qui oscilleraient entre 3,6 à 5,5 millionsdont 82.000 à 167.000 nécessitant l’administration d’oxygène, et 52.000 à 107.000 requérant une assistance respiratoire.
Une situation des plus graves puisqu’une enquête sur les services de santé en Afrique, entreprise en mars dernier sur la base des déclarations faites par 47 pays à l’OMS, a révélé qu’il y avait en moyenne neuf lits d’unité de soins intensifs par million d’habitants. En outre, l’accès à ces services par la population est très faible, ce qui laisse supposer que de nombreuses personnes n’auraient même pas la possibilité de bénéficierdes soins nécessaires. Cette situation pourrait compliquer la prise en charge d’autres maladies.
Pourtant, le modèle en question prévoit un taux de transmission plus lent, un âge plus bas des personnes atteintes de maladies graves et des taux de mortalité plus faibles que ceux observés dans les pays les plus touchés du reste du monde. Cette situation est largement due à des facteurs sociaux et environnementaux qui ralentissent la transmission, et à une population plus jeune qui a bénéficié du contrôle des maladies transmissibles telles que le VIH et la tuberculose, qui la rend moins vulnérable.
Le taux de transmission plus faible suggère toutefois une épidémie plus prolongée sur quelques années, selon l’étude qui a également révélé que les petits pays africains situés à proximité de l’Algérie, de l’Afrique du Sud et du Cameroun seraient à haut risque si les mesures de confinement n’étaient pas priorisées.
« L’importance de promouvoir des mesures de confinement efficaces est d’autant plus cruciale que la transmission soutenue et généralisée du virus pourrait gravement submerger nos systèmes de santé », a déclaré MatshidisoMoeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afriquelors d’un point de presse virtuel à Genève. Et d’ajouter : « Freiner une épidémie à grande échelle est bien plus coûteux que de mettre en place les mesures préventives que les gouvernements prennent actuellement pour contenir la propagation du virus ».
Faut-il que les pays africainss’alarment ? Difficile d’y répondre puisque des scénarios catastrophiques étaient attendus depuis l’apparition du premier cas de coronavirus sur le continent, à savoir le 14 février dernier en Egypte. La fragilité préexistante des systèmes de santé, accompagnée d’un fort taux de prévalence du diabète et des maladies respiratoires ainsi qu’une densité urbaine élevée et souvent mal maîtrisée ont été identifiés comme des facteurs qui risquent d’augmenter la vulnérabilité du continent face au Covid-19. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a même appelé l’Afrique à « se préparer au pire ».
Pourtant,à ce jour et pour des raisons qui demeurent assez mystérieuses, selon le journal Le Monde, le continent reste relativement épargné par l’épidémie, avec quelque 49.000 cas confirmés de coronavirus et près de 2.000 morts à la date du 6 mai, contre près de 3,7 millions de malades et plus de 250.000 décès dans le monde. En résumé, l’Afrique, qui héberge 17 % de la population mondiale, ne compterait que 1,3 % de malades et 0,8 % de morts.
Pourquoi l’Afrique résiste-t-elle mieux que le reste du monde ?  Céline Deluzarche du site FuturaPlanète avance plusieurs facteurs. D’abord, le fait que l’épidémie a gagné l'Afrique quelques semaines après l'Europe, permettant à ses dirigeants d'adopter des mesures préventives très en amont comme ce fut le cas pour l'Afrique du Sud, la Tunisie, le Maroc etl'Algérie qui ont imposé un confinement et des couvre-feux avant que l'épidémie n'ait eu le temps de se propager.
Ensuite, il y a le fait que l'Afrique demeure un continent faiblement peuplé dans la plupart de ses régions. Les habitants sont généralement concentrés dans des capitales qui ont été très tôt confinées. En Côte d'Ivoire, le grand Abidjan a été ainsi officiellement isolé du reste du pays depuis le 30 mars. Idem pourle Lagos où les habitants des deux mégalopoles, Abuja et Lagos, ont été interdits de quitter leurs villes. Cette faible densité limite considérablement les contacts et donc la transmission du virus.
Ceci d’autant plus que contrairement à la plupart des pays occidentaux, de nombreuses régions africaines restent très isolées et vivent en quasi-autarcie. Le virus circule donc très peu parmi la population. L'Afrique est également beaucoup moins touristique que l'Europe ou les Etats-Unis. Sur les 50 aéroports les plus fréquentés du monde, un seul est africain (celui de Johannesburg).
L’autre facteur responsable de la lenteur de la propagation du virus et non des moindres : près de 60 % de la population africaine est âgée de moins de 25 ans. Or, le coronavirus frappe plus particulièrement les personnes âgées : en France, 75 % des personnes décédées du Covid-19 ont plus de 75 ans. L'Italie du Nord, région la plus touchée au monde, est aussi caractérisée par une très forte population âgée. L'Afrique présente aussi un très faible taux d'obésité, qui est un facteur de risque majeur de mortalité au Covid-19.
Enfin, Céline Deluzarchesouligne lapréexistence d’une immunité contre le coronavirus. Une étude préliminaire du NHS (National Health Service) et de King'sCollege montre une corrélation négative entre les pays affectés par la malaria et ceux qui le sont par le Covid-19 qu'elle explique par un possible effet protecteur des traitements prophylactiques de la malaria comme la chloroquine contre le coronavirus. Or, 93 % des cas de malaria sont enregistrés en Afrique, selon l'OMS. D'après une autre étude, c'est la vaccination systématique au BCG déployée en Afrique qui pourrait expliquer l'immunisation de la population. Les pays sans politique de vaccination universelle au BCG comme l'Italie et les Etats-Unis sont à l'inverse les plus touchés par le Covid-19, notent les auteurs. Des corrélations qui n'apportent toutefois aucune preuve de cause à effet.
 

Hassan Bentaleb
Mercredi 13 Mai 2020

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