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Joe Biden pris au piège de sa politique saoudienne


Libé
Jeudi 20 Octobre 2022

Joe Biden pris au piège de sa politique saoudienne

La colère du Goliath américain vis-à-vis de son allié saoudien est à la mesure du camouflet infligé à Joe Biden.
 Le président Biden "n'a aucune intention de rencontrer le prince héritier" Mohammed ben Salmane lors du sommet du G20 prévu le mois prochain en Indonésie, a par exemple déclaré dimanche le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan.


Mais la marge de manoeuvre du président des Etats-Unis, qui dit souhaiter "revoir" une relation aussi stratégique que tendue, paraît limitée au moins à court terme, selon des experts.


Washington pourra en outre difficilement se risquer à tout ce qui serait perçu favorablement du côté du puissant rival iranien, tant "l'administration Biden comme ses prédécesseurs paraît obnubilée par une sorte de paranoïa iranienne", a noté Bruce Riedel du centre de recherche Brookings à Washington.


"A courte vue", "décevante", "manipulation": les responsables américains ont crié au loup dans des termes rarement aussi peu diplomatiques accusant Ryad d'avoir pesé de tout son poids au sein de l'Opep+ en faveur d'une réduction des quotas de production de pétrole en pleine crise de l'énergie.

Et ce faisant d'avoir fourni un "soutien" inopiné à la Russie dans sa guerre contre l'Ukraine. 
Joe Biden a prévenu qu'il y aurait des "conséquences" à cette décision de l'Opep+, tandis que ses conseillers les plus proches parlaient d'une "réévaluation" des relations bilatérales avec l'Arabie saoudite à plus long terme.


Du côté du Congrès américain, des parlementaires démocrates ont aussitôt réclamé un gel des ventes massives d'armement à l'Arabie saoudite, parmi les plus importants bénéficiaires de l'aide militaire américaine dans le monde.


L'opposition républicaine, prompte à dénoncer le "fiasco" de l'administration Biden, se montre plus circonspecte mais certaines voix se disent prêtes aussi à de possibles mesures contre l'Opep+ en tout cas. 
Mais, au-delà de leur furie, des responsables américains admettent, en privé, que les Etats-Unis ne feront rien qui ira à l'encontre de leurs "intérêts sécuritaires dans la région".


En clair, les enjeux au Moyen-Orient -- et en particulier ceux en lien avec l'Iran -- sont tels qu'aucun désengagement américain n'est en vue.
 D'autant que plus de 70.000 Américains résident dans le royaume.
 A court terme, le président Joe Biden a en outre les mains liées par les élections législatives du 8 novembre décisives pour la suite de son mandat. "Ce qui est pratique lorsque vous dites que vous allez +réévaluer+ votre politique, c'est que cela permet de faire quelque chose sans devoir agir dans l'instant", a dit à l'AFP Russell Lucas, expert du Moyen-Orient à l'université de l'Etat du Michigan. "Lorsque le Congrès sera de retour en session en novembre, des mesures pourraient être mises en oeuvre", ajoute-t-il cependant, citant en particulier une réduction des réapprovisionnements en armes ou munitions, de manière "à gêner les Saoudiens qui auront du mal à se fournir ailleurs".

"Le président n'agira donc pas dans la précipitation", a souligné dimanche Jake Sullivan. Parmi les options envisagées figurent selon lui "des changements dans notre approche envers l'aide militaire à l'Arabie saoudite".
 En attendant, de nombreux détracteurs du président américain se sont empressés de dénoncer sa visite au royaume en juillet dernier, alors même que selon des médias il était lui-même réticent à s'y rendre.


Le président américain s'était déplacé en Arabie saoudite pour rencontrer le prince héritier, après avoir pourtant juré, pendant sa campagne, de faire du royaume un "paria" à la suite du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.


Placée sur la défensive, la diplomatie américaine s'est évertuée à justifier le voyage, refusant toute notion "d'erreur" selon le porte-parole du département d'Etat, Ned Price, faisant valoir que la visite avait pour objet "une multiplicité d'intérêts communs" et pas seulement la question du pétrole.


S'exprimant jeudi dernier, le secrétaire d'Etat Antony Blinken a souligné que le président américain s'efforçait de "recalibrer" la relation avec Ryad "depuis maintenant deux ans" citant l'accent mis sur les droits de l'homme ou encore les distances prises par Washington avec les Saoudiens au sujet du conflit au Yémen. "Ce processus va continuer avec un seul objectif en tête: cette relation entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite doit avancer nos intérêts avec plus d'efficacité", a-t-il ajouté.


Le partenariat entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite -- approximativement, pétrole contre sécurité -- scellé après la fin de la Seconde Guerre mondiale, n'a jamais été une alliance de coeur mais plutôt de convenance. "Les Etats-Unis ont toujours besoin des Saoudiens aussi détestable que cela puisse paraître", souligne à l'AFP Steven Cook, du Council on Foreign Relations, prônant un "rapprochement réaliste" avec Ryad. "En attendant, les Etats-Unis se doivent d'avoir une vraie politique énergétique.

Si nous en avions eu une au cours des 40 dernières années, nous n'en serions pas là", ajoute l'expert.
 Tant que les Etats-Unis n'auront pas la capacité de peser véritablement sur les prix du pétrole et dépendront des Saoudiens pour le faire, cette réévaluation pourrait ne pas déboucher sur grand chose, juge de son côté Annelle Sheline du Quincy Institute.



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