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Une récente note du Centre africain des études stratégiques et de digitalisation (CAESD) a relancé la controverse. Elle oppose un “gain tactique” — la synchronisation avec l’Union européenne — à des coûts sanitaires jugés préoccupants : perte moyenne de 19 minutes de sommeil par nuit dans l’ouest du pays, 32 minutes chez les adolescents, avec des risques accrus d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires. Une heure peut-elle vraiment avoir un tel impact ? Et surtout, qui a raison ?
Le camp des partisans : l’économie d’abord
Pour les défenseurs du GMT+1, le raisonnement est simple : le Maroc doit rester aligné sur l’Europe. Avec un décalage réduit, les entreprises d’offshoring, les centres d’appel et les services informatiques bénéficient d’un chevauchement horaire plus confortable avec Paris, Madrid ou Berlin.
Le secteur du BPO (Business Process Outsourcing) représente environ 10 milliards de dirhams par an et plus de 70.000 emplois directs. Pour ses acteurs, l’argument est vital : perdre une heure de synchronisation serait affaiblir un secteur stratégique face à la concurrence régionale.
Ils s’appuient aussi sur l’étude officielle publiée en 2019 par le ministère de la Réforme administrative. Celle-ci avançait des économies d’énergie estimées à 37,6 GWh en quelques mois — soit près de 34 millions de dirhams — et une réduction significative des émissions de CO₂. L’étude concluait également à l’absence d’impact sanitaire majeur, sur la base de témoignages recueillis auprès d’une quarantaine d’acteurs institutionnels.
Pour ce camp, le débat est clos : l’heure marocaine doit rester connectée à l’Europe, principal partenaire commercial représentant environ 40% des échanges.
Les opposants : une dette invisible sur la santé
En face, médecins, chercheurs et think tanks comme le CAESD ou l’ISFORT avancent un autre récit. Celui d’un “jet lag social” permanent.
Le principe est simple : le Maroc, notamment sa façade atlantique, se retrouve en avance d’une heure par rapport à son heure solaire naturelle en hiver. Résultat : des réveils dans l’obscurité, un retard d’exposition à la lumière matinale, et une désynchronisation progressive de l’horloge biologique.
Les études internationales sur la chronobiologie — notamment celles de Till Roenneberg ou Charles Czeisler — montrent qu’un décalage régulier, même modeste, peut altérer la qualité du sommeil et augmenter certains risques métaboliques.
La note du CAESD transpose ces résultats au contexte marocain et parle d’une perte moyenne de 19 minutes de sommeil par nuit chez les adultes, 32 chez les adolescents. Chez ces derniers, les experts redoutent des effets sur l’apprentissage, l’humeur et le poids.
Les pédiatres soulignent un autre facteur aggravant : les rythmes scolaires rigides, les périodes de Ramadan, les hivers plus froids dans certaines régions. Selon eux, l’heure fixe accentue une fatigue déjà ressentie par de nombreuses familles.
Une bataille de chiffres… sans données marocaines solides
Mais le cœur du problème est ailleurs : ni les uns ni les autres ne disposent de données locales robustes.
Les partisans du GMT+1 s’appuient sur des estimations macroéconomiques. Les opposants mobilisent des recherches européennes sur le “retard social”. Dans les deux cas, les preuves directement issues du terrain marocain restent limitées.
Il n’existe pas, à ce jour, d’étude nationale approfondie mesurant l’impact du GMT+1 sur le sommeil des Marocains par actimétrie ou suivi longitudinal. Les économies d’énergie avancées restent modestes à l’échelle nationale — certaines estimations évoquent moins de 0,2% de la consommation globale — et leur pérennité n’est pas clairement démontrée. Autrement dit, le débat oppose des projections à d’autres projections.
Un choix devenu politique
Ce qui était présenté en 2018 comme une décision technique est désormais un symbole. Maintenir le GMT+1, c’est affirmer un ancrage économique vers l’Europe. Revenir au GMT serait perçu, par certains, comme un recul stratégique.
Pourtant, l’opinion publique semble évoluer. Des sondages récents indiquent qu’à peine un tiers des citoyens soutiennent encore l’heure permanente. Des députés ont relayé des plaintes sur la fatigue et les accidents routiers. Le gouvernement, lui, reste discret.
Quelles options?
Plusieurs scénarios circulent notamment un retour à l’heure solaire (GMT), un retour au système saisonnier avec changement d’heure, un maintien du GMT+1 mais avec adaptation des horaires scolaires ou une évaluation indépendante sur deux ou trois ans.
La solution la plus rationnelle serait sans doute une expertise indépendante, transparente, intégrant des données économiques, énergétiques et sanitaires locales. Sans cela, le débat restera idéologique.
Une heure, mais un choix de société
Au fond, la question dépasse les aiguilles de l’horloge. En effet, faut-il optimiser la compétitivité externe au prix d’un possible inconfort interne? Ou privilégier le rythme biologique au risque d’un ajustement économique?
Le débat sur le GMT+1 agit comme un miroir des priorités nationales : productivité ou bien-être? Alignement stratégique ou cohérence sociale ? Une heure de différence peut sembler dérisoire. Mais dans un pays de 37 millions d’habitants, elle devient un choix politique majeur. Et pour l’instant, personne ne semble prêt à trancher.
Hassan Bentaleb













