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Funérailles pour ferraille

L’offre d’une société française retenue pour relever le défi du recyclage et de la dépollution en assurant une sépulture digne aux véhicules en fin de vie




Suite à l’appel d’offres lancé en août dernier par le ministère de l'Equipement, du Transport et de la Logistique, la gestion de la filière marocaine des véhicules en fin de vie a été attribuée, en début de semaine, à la société de recyclage automobile, Indra Automobile Recycling.  
Autoproclamée leader en France, la société française implantée à Villefontaine en Isère, collaborera avec le cabinet Deloitte, expert en audit et services professionnels, avec pour mission de diagnostiquer la situation de la filière marocaine, avant de mettre en place un "schéma directeur pour déterminer, conjointement avec le gouvernement, l'organisation cible et construire des plans d'action" comme souligné dans le communiqué publié par la firme détenue à parité par Renault et Suez. Objectif ? Extraire la filière de l’informel.  
Pour Loïc Bey-Rozet, directeur général de l’entreprise aux 45 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2016, cette mission au Maroc est une aubaine à conjuguer au présent comme au futur "Remporter cet appel d'offres au Maroc nous offre une possibilité formidable, celle d'accompagner un pays dans l'organisation de sa filière de recyclage automobile", a-t-il indiqué avant d’estimer que "ce projet majeur ouvrira certainement à l’avenir la voie à d'autres pays du continent".
Car à l’image du Maroc, le défi du recyclage et de la dépollution des véhicules en fin de vie est aussi présent dans plusieurs pays, notamment ceux émergents du continent africain. Ces derniers sont confrontés à d’importants problèmes générés par le caractère informel de la filière, à différents niveaux, environnementaux, de santé et de sécurité.
Ainsi, ce projet de structuration qui s’inscrit dans le cadre d’un accord de don octroyé au Maroc par l’Agence française de développement, revêt une grande importance à l’heure où le parc automobile marocain ne cesse de croître.
Sur les colonnes de nos confrères du Matin, on apprend que le département de l’Equipement cherchera par le biais dudit projet à valoriser les déchets par le recyclage, le compostage, ou encore la production d’énergie. Et si aucun de ces procédés n’est viable, l’enfouissement sera érigé comme dernière solution. A moins que le contexte socioéconomique du pays n’impose une solution hybride, alliant ces trois options.
En chiffre, les ambitions du ministère se résument comme suit : le recyclage de 20% et la valorisation supplémentaire, sous différentes formes, d’au moins 30% des déchets à l’horizon 2020.
Afin d’atteindre cet objectif, le choix de l’entreprise francilienne Indra Automobile Recycling, qui revendique la déconstruction de plus de 350.000 voitures en 2017, avec un taux de valorisation et de réutilisation supérieur à 95% s’avère, de prime abord, judicieux. Pour preuve, son centre de démolition en Sologne, décrit comme un modèle du genre.
La chaîne de travail qui s’y trouve atteint les 60 mètres de long. Elle peut ressembler à une ligne d’assemblage en usine, à la différence qu’après expertise, on démonte, au lieu de détruire, on trie et on revend pour du réemploi en occasion.
Par exemple, les autos, constituées de 75,6% de métaux (acier majoritaire, aluminium, cuivre), 10.1% de divers, dont du caoutchouc, du verre et autres fluides, ainsi que de 14,3% de polymères (plastiques, colles, résines, peintures), sont dépecées, découpées, écartelées, démembrées et mises en morceaux. Dépolluées aussi. Puis, vient le tour des fluides, carburants et huiles, que l’on récupère et qui pourront être réinjectés plus tard dans différents véhicules comme ceux du site. Les constructeurs profitent eux aussi du recyclage en récupérant les calculateurs et cartes électroniques.
En conclusion de la ligne de déconstruction, quand tout ce qu’il y avait à retirer l’a été, les véhicules en fin de vie passent encore à la dernière phase de démantèlement, avant que leurs matériaux non réutilisables ne finissent au broyeur sous forme de crêpes ou de cubes, car la crêpe prend moins de place, dit-on du côté de la société.

L’état du marché du recyclage des véhicules en fin de vie

Au Maroc, il existe plusieurs entreprises spécialisées dans la récupération et le traitement des ferrailles ; y compris celles des véhicules automobiles en fin de vie.
Une cinquantaine de marchés de la ferraille, dont les plus importants sont Salmia et Sidi Moumen, situés à Casablanca, ainsi que celui de Yakoub El Mansour à Rabat, collectent ces véhicules pour récupérer leurs pièces encore fonctionnelles en vue de leur donner une seconde vie.
La part des pièces de rechange commercialisées par les ferrailleurs du Maroc est estimée à plus de 10% du total du marché, mais peut atteindre des proportions très importantes dépassant de loin les 50% pour certaines pièces, à l’instar de celles liées à la carrosserie ou encore aux moteurs standards.
Le secteur ferait vivre pas moins de 9.000 personnes, selon des estimations fournies par les ferrailleurs eux-mêmes et relayées par notre confrère ALM.
La clientèle des marchés de la ferraille est constituée de garagistes dits de quartiers, de prescripteurs finaux ainsi que de particuliers et les prix proposés pour les pièces de rechange usagées défient toute concurrence.
Les parties des véhicules qui ne peuvent être débitées sont soit revendues en l’état soit conditionnées pour la fonte ou l’exportation.

Chady Chaabi
Mardi 29 Mai 2018

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