Fabio Quartararo: Petit prince devenu roi en MotoGP


Libé
Jeudi 28 Octobre 2021

Surnommé le petit prince de la moto, Fabio Quartararo vient à seulement 22 ans d’être couronné roi du MotoGP, devenant le premier Français champion du monde dans la catégorie reine. Quand une étoile s’éteint, une autre naît ailleurs: clin d’oeil du destin, c’est l’année du départ à la retraite du “héros de (son) enfance”, le septuple champion du monde Valentino Rossi, que Quartararo devient à son tour N.1. A l’âge auquel Rossi obtenait son premier titre dans l’élite il y a vingt ans, Quartararo roule avec sa Yamaha sur ses traces, et sur celles de l’Espagnol Marc Marquez, couronné six fois en MotoGP depuis 2013. C’est l’histoire d’un surdoué, promis au Graal mondial depuis ses premiers exploits. Né à Nice le 20 avril 1999, d’un père, Etienne, serrurier et champion de France 125 cm3, et d’une mère, Martine, coiffeuse, Fabio a toujours baigné dans la moto, qu’il découvre sur une petite “piwi” de Yamaha, déjà. Ses parents s’en rendent vite compte, le petit a du talent. Trop pour la France. Alors pour s’épanouir, dès ses 7 ans, direction l’Espagne avec son père, qui ne recule devant aucun aller-retour de plus de 1000 km pour que Fabio affronte des rivaux à son niveau et, accessoirement, lui offrir “les meilleurs souvenirs” de sa vie. Dans cette Mecque de la vitesse moto, où ses adversaires le surnomment “El Diablo”, il enchaîne les succès, au point de s’installer à 13 ans près d’Alicante, chez son manager de l’époque. Loin de ses parents, avec qui il garde “une relation extraordinaire” et de son frère aîné, l’adolescent, qui n’a “pas d’ami d’enfance”, fait de cet univers “un travail”. A 14 ans, en 2013, il devient le plus jeune vainqueur du très compétitif championnat espagnol, puis récidive en 2014, avant d’accéder au championnat du monde, en catégorie Moto3, dès 2015. Jusqu’en 2018, le pilote multiplie les équipes et n’a ni la stabilité ni le matériel pour jouer le championnat (10e, 13e en Moto3, 13e, 10e en Moto2), même s’il gagne un Grand Prix en 2018, tapant dans l’oeil des observateurs. Mais, dans le même temps, le jeune homme, simple et à la blague facile, ordonne sa carrière. Il s’entoure d’un confident, ami et intendant, Thomas Maubant, qui l’accompagne partout, et d’un nouveau manager, Eric Mahé, qui l’aide à accéder à l’élite en 2019 avec l’écurie satellite Yamaha-SRT. Celui qui vit désormais en principauté d’Andorre fait une entrée fracassante dans l’élite, devenant à 20 ans le plus jeune pilote à réaliser une pole position (record de Marquez battu de quelques jours). Enchaînant cinq autre poles, le jeune homme longiligne d’1,77 m, au style vestimentaire bien affirmé, s’offre un nouveau surnom, le “poleman”. Marquez, qui reconnaît en lui un sérieux rival, retarde à plusieurs reprises la première victoire du Français, comme en Thaïlande où il le double dans les derniers instants. Mais le 19 juillet 2020, au premier GP de la saison, le sextuple champion du monde, voulant rattraper Quartararo, chute et se casse l’humérus, laissant le Français s’imposer pour la première fois en MotoGP. Alors qu’aucun de ses compatriotes n’avait gagné de Grand Prix depuis 1999, il fait retentir trois fois la Marseillaise cette année-là. Toutefois, même sans Marquez blessé toute la saison, il ne finit que 8e, moins bien qu’en 2019 (5e). En 2021, Yamaha le propulse vers l’écurie d’usine en remplacement de Rossi, qui fait le chemin inverse vers l’écurie satellite. Quartararo travaille aussi son mental, lui qui a montré des signes d’énervement quand tout n’allait pas en son sens. “Mon psychologue est la personne qui m’a fait changer”, disait-il en début d’année, lui permettant d’”être libre, avoir la pensée uniquement sur l’objectif ”. Quand, lors de nombreux départs, le Français se voit distancé, il garde son calme et revient très souvent vers la première place (cinq victoires cette saison). Autant d’ingrédients nécessaires pour décrocher le Graal et une recette à répéter pour rester au sommet. A la manière des athlètes qu’il admire et a pu rencontrer, comme Kylian Mbappé ou Lewis Hamilton, avec qui il joue parfois aux jeux vidéo en ligne, Quartararo ne veut pas s’arrêter là. Il faudra, dans ce sport dangereux, éviter les chutes. Ça tombe bien, c’est une de ses forces. Rester dans une forme physique idéale devrait aussi être à la portée de l’habitant d’Andorre, où il s’est installé, comme beaucoup d’autres pilotes, tant pour des raisons fiscales que pour la proximité avec la nature et les nombreux circuits d’Espagne. Reste une question : quelle partie de son corps accueillera son prochain tatouage ? Déjà notamment marqué au bras droit de la date de sa première victoire et de son effigie fêtant ce moment, il s’en est promis un autre pour le titre. Aura-t-il assez d’espace pour les suivants ?


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