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Epuisement des ressources en eau. Toutes les régions logées à la même enseigne

La mauvaise gestion y est pour beaucoup


Hassan Bentaleb
Dimanche 23 Juillet 2023

La question de l’épuisement des ressources en eau  est plus que jamais d’actualité au Maroc. La récurrence des cas de coupure d’eau dans certains villages et villes en dit long sur la gravité de la situation. Pis, ce phénomène touche désormais certaines régions montagneuses qui ont connu des interruptions périodiques de l'eau potable, en raison du faible niveau de la pluviométrie et des chutes de neige.

Une absurdité puisque les zones montagneuses constituent le château d’eau du pays grâce à un réseau hydrographique très dense et des retenues d’eau artificielles (barrages; bassin de rétention…) et naturelles (lacs, marécages, dépressions montagneuses …), abondantes.
 
Rôle capital
 
En effet, la montagne qui couvre ¼ de la superficie du pays produit l’essentiel des eaux du Maroc. Elle joue également le rôle de conservatoire de ressources. « C’est le château d’eau qui régularise les écoulements majeurs, à travers les hydrosystèmes karstiques et depuis l’édification des retenues des barrages, ce qui protège ainsi les grandes plaines fluviales vis-à-vis des inondations des oueds », explique Abdellah Laouina, professeur émérite à l’Université Mohammed V de Rabat dans son article : « Gestion durable des terres en montagne et réduction des risques en aval, le cas marocain ».

Selon lui, « la montagne produit l’essentiel des eaux du Maroc, du fait de la recrudescence des précipitations ; elle se caractérise par l’étagement et l’opposition des façades. Plus on va vers la façade sud des Atlas, plus ce volume d’eau est réduit ». La montagne marocaine dans son ensemble, ajoute-t-il, reçoit 40% de l’apport pluviométrique total du pays et fournit 12 milliards de m3 d’eau superficielle, soit 63% des eaux de surface du pays. Cela s’explique par le coefficient de ruissellement élevé de 27% alors que la moyenne nationale n’est que de 12%.

Le CESE dans son rapport : « Le développement rural : Espace des zones montagneuses », a indiqué que « la montagne joue un rôle capital dans la structure du milieu physique marocain, sur le plan climatique notamment, car les chaînes atlasiques constituent une puissante barrière faisant largement écran aux influences désertiques venant du sud, protégeant ainsi le reste du pays de la sécheresse. Ces zones montagneuses se distinguent par l’importance des étages bioclimatiques montagnards, humides et subhumides, ce qui se traduit par une pluviométrie élevée (plus de 500 mm/an), particulièrement au niveau du Rif et du Moyen Atlas, leur valant l’appellation de « château d’eau » du pays ».

Le même document nuance, cependant, cette situation en expliquant que « les précipitations au niveau de ces zones se présentent souvent sous forme d’orages et d’averses de forte intensité et de courte durée, ce qui occasionne souvent des dégâts dus aux inondations et à l’érosion ». L’analyse du réseau hydrographique et des plans d’eau montre que c’est le Rif qui dispose de la plus grande surface de retenues d’eau, alors que c’est au niveau de l’Atlas Occidental humide que le réseau hydrographique est le plus dense. Les montagnes de Jbilet et des Beni Znassen sont les moins riches en ressources hydriques, indique le CESE.
 
Dégradation en continu
 
Toutefois, nombreux sont les articles scientifiques, études et rapports qui ont alerté sur le sort de ces zones montagneuses notamment la dégradation des ressources en eau. Un document du HCP intitulé :  « Prospective « Maroc 2030 », gestion durable des ressources naturelles et de la biodiversité au Maroc » a fait savoir que l’accroissement de la population dans ces zones, malgré l’exode rural et l’émigration toujours très active, se traduit par une exploitation excessive des ressources naturelles.

« La dégradation des ressources est d’autant plus forte que le cercle vicieux alliant la croissance de la population à la déforestation et à l’érosion s’exerce dans des milieux sensibles à l’érosion en raison de la violence des pluies torrentielles du printemps et d’automne, mais aussi de la fragilité de la couverture végétale. Or les besoins des populations de ces régions en ressources durables sont croissants». Et d’ajouter : « Dans les régions de montagne, l'accentuation de la pression anthropique au cours du 20e siècle explique la dégradation rapide de l'environnement, ce qui limite sérieusement les possibilités de développement et hypothèque le potentiel agricole du pays, par le biais de l'érosion des sols en amont, d'une part et de l'envasement des retenues des barrages alimentant les plaines, d'autre part. Ces régions vivent une contradiction permanente entre l'importance quantitative et qualitative des besoins et le faible niveau de mise en valeur des ressources. Alors que la montagne nord-méditerranéenne connaît des phénomènes de désertification humaine et de reconquête biologique, l’accroissement des prélèvements et la désertification physique et biologique restent le lot des montagnes du sud ».
 
Solutions boiteuses
 
Dans ce contexte, il est légitime de questionner nos politiques publiques en matière d’eau et leur mission de préservation et de protection de ces ressources. Pour les membres du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, le constat est sans équivoque. Lors d’une séance consacrée à la discussion du rapport du comité thématique intérimaire chargé d'évaluer la politique de l'eau, tenue récemment, les députés usfpéistes ont estimé que malgré certains aspects de gains d'efficacité démontrés par la Stratégie nationale de l'eau et les programmes d'approvisionnement en eau, qui ont bénéficié des accumulations réalisées depuis l'aube de l'indépendance jusqu'à aujourd'hui, ces programmes ont encore besoin d'être développés et modernisés afin de surmonter bon nombre de lacunes qui entravent une gestion plus efficace de nos ressources en eau.

En outre, ils estiment que s'il faut reconnaître l'importance de la politique menée dans le domaine de la rationalisation de l'utilisation de l'eau dans le secteur agricole en encourageant le passage de l'irrigation traditionnelle à l'utilisation des technologies modernes, ils constatent en même temps avec beaucoup de regret la poursuite des cultures consommatrices d'eau dans des zones qui connaissent une pénurie sans précédent (la région de Drâa-Tafilalet et le sud-est en général) et de l'irrigation traditionnelle dans un certain nombre de régions.

Une évaluation que partage un rapport  de la Cour des comptes pour les années 2019 et 2020 qui a confirmé, dans le même sens, l'existence de multiples déséquilibres liés à la mauvaise situation d'inventaire et de sécurisation du domaine public de l'eau, le niveau élevé de stress hydrique en milieu rural, l'activation limitée de la protection juridique, la faible coordination entre les agences de contrôle, la faiblesse des moyens humains et financiers, et la non-approbation des deux documents du Plan national de l'eau et des plans directeurs de développement intégré des ressources en eau, qui sont prévus dans la loi sur l'eau. Affaire à suivre.

Hassan Bentaleb


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