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Diktat vaccinal

L'UE exige d'être servie en premier en AstraZeneca Les autres peuvent bien attendre





Quelles conséquences pour le Maroc ?

Diktat vaccinal
Le casse-tête de la campagne de vaccination n’est toujours pas entièrement résolu. L’actualité des derniers jours nous a rappelé qu’il est plus difficile de trouver un vaccin que d’en fabriquer en grandes quantités. De toute évidence, en période de pandémie, les labos mènent la danse. Les pays européens viennent d’en faire l’amère expérience à cause des retards dans les livraisons du sérum. Assez pour les pousser à opter pour un protectionnisme vaccinal qui risque de causer des dommages collatéraux aux quatre coins du monde.

Exportations de vaccins contrôlées

En cause, Ursula von der Leyen et son équipe. Depuis quelques jours, la présidente de la Commission européenne est sous le feu de critiques vives et ininterrompues de la presse européenne à cause d’une stratégie vaccinale ratée, et d’une commission accusée d’avoir acheté des vaccins en trop faibles quantités et trop tard. Pour se rattraper, le quotidien français «Libération» révèle que sous l’impulsion de la chancelière allemande, Angela Merkel, la cheffe de l’exécutif européen a demandé à son cabinet de préparer rapidement un texte soumettant les exportations de vaccins vers des pays tiers à une procédure d’autorisation nationale.

En clair, cette procédure a pour principal objectif de s'assurer que «les laboratoires, en particulier Pfizer-BioNTech et AstraZeneca, accusés de ne pas tenir leurs engagements, n’exportent pas, notamment vers le Royaume-Uni, des doses qui auraient dû être livrées aux Européens», comme l’a relaté «Libération». En effet, AstraZeneca a annoncé, le 22 janvier, que seulement 31 millions de doses seraient livrées au premier trimestre, quand la Commission en attendait plus de 100 millions. Dimanche 31 janvier, le laboratoire a revu à la hausse ses prévisions à 40 millions de doses. Mais ce n’est pas assez au goût de la cheffe de l’exécutif européen : «J’en attends plus. AstraZeneca a des obligations et doit les respecter. Le laboratoire est prêt à livrer un tiers de ce qu’il devait livrer au premier trimestre, il en manque deux tiers. Pour être claire, nous voulons ces vaccins», a précisé Ursula von der Leyen dans un entretien accordé à plusieurs médias européens. Puis d’ajouter : «AstraZeneca nous a prévenus de son retard au dernier moment et sans avancer de raisons convaincantes, il faut maintenant de la transparence. C’est pour ça que nous avons adopté un mécanisme de contrôle des exportations de vaccins contre la Covid-19».

Des dommages collatéraux 

En agissant ainsi, la présidente de la Commission européenne défend les intérêts des pays de l’UE. Rien de bien surprenant. Sauf que le champ d’application de ce texte est encore plus vaste et pourrait avoir de graves conséquences sur des pays comme le Maroc, qui attend la livraison de 23 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, en plus des deux millions déjà reçues. A dire vrai, contrôler ce que font les laboratoires et notamment «savoir ce que AstraZeneca a produit dans ses usines européennes, ce qui a été exporté, où cela a été exporté et ce qui a été stocké», comme l’a indiqué Ursula von der Leyen, n’est pas une mauvaise idée. Mais le sujet est d’une rare sensibilité. La majeure partie de la planète n’a toujours pas accès au vaccin. Dès lors, une mesure de ce type sera forcément perçue par les pays tiers comme du protectionnisme vaccinal, quand bien même, au départ, ledit texte est né de la crainte que «l’Irlande du Nord (hors UE), qui bénéficie de dispositions commerciales spéciales justement destinées à éviter le retour de cette frontière avec l’Irlande (UE), ne devienne une voie de contournement de ce mécanisme de transparence et d’autorisation des exportations de doses», explique-t-on dans les colonnes de «Libération».

A priori, le Maroc l’a échappé belle

Alors quid des doses destinées au Maroc ? A priori, le texte n’aura aucun effet sur ces exportations. Car si l’on se base sur les informations révélées par le ministère de la Santé, les doses reçues et attendues par le Maroc sont produites sur le continent asiatique, au sein du Serum Institute of India, plus grand producteur mondial de vaccins. Mais est ce que cela représente une garantie ? A la lumière du retard pris par AstraZeneca, rien n’est moins sûr. Le géant pharmaceutique suédois résistera-t-il à la tentation d’approvisionner le marché européen avec ses vaccins produits en Inde ? L’avenir nous le dira. A moins que les pays européen refusent le produit. Dans ce cas, des doutes naîtront fatalement sur la différence supposée entre les vaccins d’AstraZeneca produits en Europe et ceux du Serum Institute of India. Mais ça c’est un autre sujet.

Chady Chaabi

Libé
Jeudi 4 Février 2021

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