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Des prothèses pour les rescapés des violences de Boko Haram


L’hôpital universitaire de la capitale du Borno ne compte qu’un seul chirurgien orthopédique pour des milliers de patients



Njidda Maidugu arbore un immense sourire, alors qu’il fait ses premiers pas depuis près de deux ans. Victime d’un attentat de Boko Haram au Nigeria en 2016, l’homme avait eu la chance d’en réchapper mais avait perdu l’une de ses jambes.
“C’est un miracle de pouvoir marcher à nouveau”, s’enthousiasme cet ancien employé d’une station-service de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, dans le nord-est du Nigeria. “J’ai l’impression d’être un enfant qui découvre comment marcher”, lance-t-il. “Je suis heureux.”
Ses premiers pas d’homme adulte, Njidda les a faits à l’hôpital orthopédique de Kano, à 600 kilomètres de chez lui. Dans cet établissement, les employés du Comité international de la Croix-Rouge, en charge de ce programme, ont déjà posé 262 prothèses depuis 2016.
Le nord du Nigeria est particulièrement frappé par la pauvreté. Dans cette région où l’immense majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour, une prothèse pédiatrique (près de 600 euros) et même des béquilles sont des luxes absolument inatteignables.
Le CICR achemine vers Kano les patients des trois Etats du Nigeria du nord-est touchés par le conflit qui oppose l’armée nigériane aux jihadistes de Boko Haram.
A Maiduguri, une grande ville de plusieurs millions d’habitants encerclée par la guerre, les équipes médicales ont été réduites comme peau de chagrin et ne peuvent faire face à l’afflux de patients, dont les soins nécessitent parfois des spécialisations très particulières.
L’hôpital universitaire de la capitale du Borno ne compte qu’un seul chirurgien orthopédique pour des milliers de patients.
Or la guerre qui ravage le nord-est du pays depuis près de neuf ans a fait plus de 20.000 morts et davantage encore de blessés, des victimes qui ont vu leur vie et parfois celle de tout leur foyer s’effondrer à cause d’un handicap qui les empêche dorénavant de travailler.
“La moitié de ceux que l’on a reçus dans ce centre sont des rescapés de la guerre”, rapporte Jacques Forget, en charge du projet. “Ces gens, parmi eux des femmes et des enfants, sont la cible première de notre action”, note-t-il.
Dans la plupart des cas, les victimes de cette guerre ont reçu des balles ou ont sauté sur des mines antipersonnel, bien que cette technique de guérilla soit moins utilisée au Nigeria que dans d’autres conflits à travers le monde.
Le Dr Forget, qui a passé sa carrière dans les zones de guerre, applique en moyenne cinq prothèses par semaine: une goutte d’eau.
“Il y a un nombre énorme de personnes amputées pour diverses raisons, et nous ne pouvons malheureusement pas ouvrir nos portes à tout le monde”, regrette-t-il en jetant un oeil sur la jambe atrophiée de M. Maidugu.
Car même dans ce centre, le personnel manque. Et avec seulement cinq employés, les patients restent bien souvent plus d’une semaine à l’hôpital avant de pouvoir rentrer chez eux.
“C’est un grave problème, aggravé par la guerre”, poursuit le médecin.
Il existe un centre comme celui-ci dans l’hôpital de Shika, une ville dans l’Etat voisin de Kaduna et le CICR espère pouvoir commencer la construction d’une clinique orthopédique à Maiduguri avant la fin de l’année.
“Nous essayons avec ces prothèses de redonner (à ces blessés) un peu de normalité et d’aide dans leur vie quotidienne”, résume le médecin.



Libé
Lundi 21 Mai 2018

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