Déçu par Spielberg, l’écrivain Michael Morpurgo de nouveau adapté au cinéma


Libé
Lundi 5 Février 2024

L'adaptation de "Cheval de guerre" signée Steven Spielberg ? "Mal écrite", tranche Michael Morpurgo. A 80 ans, l'auteur jeunesse britannique aux millions de livres vendus dans le monde se dit "enfin" satisfait par la dernière adaptation cinématographique d'une de ses oeuvres.

Ce film, c'est "Le Royaume de Kensuké", une animation réalisée par Neil Boyle et Kirk Hendry, en salle mercredi en France. Dans ce conte à l'esthétisme très soigné, le spectateur suit Kensuké, un Japonais qui vit reclus sur une île déserte après avoir perdu toute sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale.

"C'est le premier film auquel j'ai participé et dont je peux honnêtement dire qu'il est, à mes yeux, meilleur que le livre", assure l'auteur dans un entretien à l'AFP.
"Il est extraordinairement riche en émotions et en suspenses. Rien n'est précipité, on laisse le temps au temps, c'est extrêmement beau", poursuit celui dont les livres sont au programme de l'Education nationale.

Les seules fois où l'auteur, distingué par la reine Elizabeth II en 2019, a ressenti la même chose, ce fut lors des adaptations théâtrales de ses textes, dont "Cheval de guerre", son premier livre ancré dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, qui lui a apporté une reconnaissance planétaire.

Mais ce roman, ou plutôt son adaptation en 2011 par la légende d'Hollywood Steven Spielberg, lui a laissé un goût amer. "Mal écrit", le film est "empreint de clichés sur la guerre et sur les gens", égratigne-t-il. "Spielberg n'a pas tenu compte du fait que les soldats venaient de milieux ruraux pauvres et qu'ils se sont retrouvés dans un conflit qu'ils ne comprenaient pas".

"Même les chevaux sont faux !", tempête-t-il. "Ce sont des animaux fins et aristocratiques, alors que les chevaux qui partent à la guerre sont des chevaux de ferme, de grosses bêtes trapues."

Les guerres, passées ou actuelles, sont présentes tel un fil rouge dans l'oeuvre de cet ancien instituteur, passionné de littérature. Surtout les deux conflits mondiaux comme dans son roman "Soldat Peaceful", ou encore "Seul sur la mer immense". Dans "Anya", l'auteur évoque l'Holocauste.

Michael Morpurgo a également écrit un texte qui évoque le conflit israélo-palestinien. C'était en 2009, avec "The Kites are flying", jamais traduit en français. L'histoire de Saïd qui vit en Cisjordanie et fabrique des cerfs-volants qu'il envoie à une petite fille au foulard bleu, israélienne.

Il s'était préalablement rendu en Israël et dans les territoires occupés palestiniens. "Les enfants sont le seul espoir que nous ayons pour l'avenir", dit-il en référence à la guerre à Gaza, déclenchée après l'attaque sanglante du Hamas le 7 octobre en Israël.

Pour celui qui se définit comme "un enfant de la guerre" car né en 1943, il est primordial de parler de ces conflits aux enfants. "Ma règle est d'introduire ces choses lentement, d'une manière qu'ils peuvent supporter. Pas trop tôt, mais pas trop tard", conseille-t-il.

"Il m'a fallu des années pour comprendre ce qui s'était passé (en référence à son enfance dans l'Angleterre post-guerre mondiale, ndlr), car personne n'en parlait. Je crois qu'il faut éviter cela."

A  la tête d'une grande organisation caritative britannique de promotion de la littérature chez les enfants, cet inlassable défenseur des mots s'inquiète du recul de la lecture.
C'est ce qui "vous fait penser. La lecture vous informe et vous apprend à découvrir la vérité. Il est dramatique de se dire que la société est aujourd'hui, plus que jamais, divisée en deux : d'un côté, ceux qui peuvent penser et, de l'autre, ceux qui ne le peuvent pas".


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