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Coaching gagnant




Sous une pluie drue, l’équipe nationale a réussi le pari affiché depuis le début, à savoir être la première nation hôte à remporter le CHAN. Un exploit inédit acquis au bout d’un match plaisant et agréable à souhait, lors duquel on ne s’est vraiment pas ennuyé. Pourtant, le Onze national n’était pas parti pour l’emporter aisément. Mais dans cette opposition qui s’est résumée à une seule mi-temps, le crédit est à mettre à l’actif de Jamal Sellami et son coaching gagnant.
Les deux équipes ont débuté la rencontre pied au plancher, mettant rythme et intensité à la conquête du ballon. Une féroce bataille symbolisée par une grande densité au niveau de la ligne médiane, donc un axe verrouillé et un pressing intense qui a gêné les relances des deux côtés. Et pour cause, les Nigérians ont délaissé leur habituel 4-2-3-1 pour un 4-3-3 avec un milieu à trois à pointe basse censé prendre à la gorge le triangle à pointe haute de l’entrejeu marocain. Face à cette situation, les Nationaux se sont un peu précipités en balançant énormément de longs ballons, d’une part car ni Saidi ni Boulahroud n’ont réussi à se libérer pour relancer et d’autre part, car ce n’est jamais bon quand tes défenseurs centraux sont tes meneurs de jeu, ceux qui touchent le plus de ballons. Banoun et Yamiq ont eu beaucoup de déchets dans la relance et ont trop souvent porté le cuir. Collectivement aussi, le jeu de passe a souffert d’un manque de vitesse dans les transmissions. Mais tout ça c’était sans compter sur les ruses de Sellami, encore redoutable dans la construction de la victoire. Et ce n’est pas une première d’ailleurs.
Tout au long de la compétition, il a eu une lecture de match pertinente et son coaching a souvent été efficient. En plus de sortir Bencharqui du onze de départ au profit du remuant et double buteur Hadraf, le coach national a eu le nez fin, puisqu’à la demi-heure de jeu, on pouvait l’apercevoir vociférer à ses ailiers de venir chercher le ballon au niveau de la ligne médiane. A quatre contre trois, l’entrejeu marocain s’est logiquement retrouvé en supériorité numérique. Conséquemment, Boulahroud s’est libéré de la tenaille nigériane et a pu relancer avec plus de précision, permettant à ses coéquipiers de dérouler, toujours sur le même schéma : remontées de balles rapides, décalages astucieux et combinaisons réussies. Une fois cet ajustement tactique instauré, on a plus revu les Eagles tout sauf Super, camisolés et noyés sous la vague offensive marocaine, mais également sous l’activité des milieux défensifs qui les ont empêchés de sortir les ballons et de respirer. Une doublette complémentaire où Boulahroud, filtre au milieu du terrain, a été plus dans le volume de courses pour rétablir l’équilibre et gratter des ballons quand Saidi fut moins dans l’intensité sur le porteur du ballon. Le Wydadi a plus joué sur son positionnement et l’anticipation pour intervenir sur la passe.
Au crépuscule d’une première mi-temps âpre et disputée, avant d’être dominée sur la fin par les Nationaux, l’activité des ailiers et des latéraux fut à juste titre récompensée par un mouvement d’école sur le côté, fruit de la passe clairvoyante de Banoun et du mouvement coordonné d’un Hadraf incisif à la réception du centre d’un Jbira volontaire.   
Si Haddad et El Karti perpétuent leur tradition de passer à côté du match tout en étant décisifs, encore très généreux, El Kaabi a livré un match assez complet. Il  s’est battu comme un forcené pour servir de point d’appui et de relais durant une soirée frustrante qui aura vu ses deux magnifiques reprises de volée s’écraser sur des poteaux qu’on dirait carrés. Mais il a eu le mérite de ne jamais se résigner, a ouvert des espaces à ses coéquipiers par des déplacements intelligents avant d’inscrire son habituel but en renard des surfaces, augmentant son total de réalisations à neuf, soit 60% des buts marocains.
Numériquement à dix, dès la reprise, les Nigérians, désorganisés et transis de froid, ont alors vu leur bloc se déliter et pour nos locaux, ce fut une toute autre rencontre, à sens unique avec des espaces en plus. Ils auraient pu se démoraliser,s’essouffler, mais ils continuèrent au contraire à pénétrer la défense goulument.
Pour tout dire, c’est un très joli monde dans lequel nous a transportés cette équipe. Un monde où  elle n’a jamais été  menée au score et où elle nous aura offert 16 buts en six matchs pour seulement deux d’encaissés, des gestes de grande classe, des moments électriques et une belle révélation.  Mais sous un ciel qui pourra faire passer ses larmes de joie pour des gouttes de pluie, cette équipe qui a eu assez de talent pour embellir nos soirées avec ses qualités comme avec ses  défauts, aurait dû nous donner assez de raison pour ne jamais partir avant la fin et de se coucher tard, mais ce ne fut malheureusement pas le cas. Peut-être que l’on ne la mérite pas.

Parcours des Lions de l'Atlas vers le sacre


1er tour:
Maroc – Mauritanie (4 - 0).
Maroc – Guinée (3 - 1).
Maroc-Soudan (0 - 0).
Quart de finale:
Maroc – Namibie (2 - 0)
Demi-finale:
Maroc – Libye (3 – 1, A.P).
Finale:
Maroc - Nigeria 4 - 0.

 

Chady Chaabi
Mardi 6 Février 2018

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