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Ces “rassuristes” que l'épidémie n'inquiète guère



La communication chancelante de l’OMS donne aux sceptiques du grain à moudre



Le Sars-Cov-2 n’en finit plus de diviser la communauté scientifique. Et ce n’est pas près de s’arrêter, surtout depuis l’apparition dans le paysage médiatique des «rassuristes», un néologisme que l’on doit aux réseaux sociaux. Ce sont des positivistes forcenés qui assurent que les autorités sanitaires mondiales s’inquiètent un peu trop, tout en balayant d’un revers de la main le million de morts comptabilisés à l’échelle planétaire depuis le début de la pandémie. Considérés comme des inconscients par certains ou des optimistes visionnaires par d’autres, les«rassuristes»justifient leur position par une épidémie à bout de course, du fait que le virus est moins dangereux car moins virulent. Un argument interprété par les médecins de terrain comme léger et à mille lieues de la réalité et notamment la situation sanitaire mondiale actuelle, et qui peut avoir de lourdes conséquences, notamment en terme de vigilance. D’autant qu’il se nourrit des décisions prises par certains pays mais aussi de la troublante communication de l’OMS. Pour développer le premier point, on peut citer pour exemple la décision prise par le gouvernement marocain de proroger pour quinze jours supplémentaires l’ensemble des mesures restrictives en vigueur dans la préfecture de Casablanca le mois dernier. Toutes, sauf une. En effet, depuis hier, les établissements scolaires de la préfecture ont rouvert leurs portes. Pourtant, la situation épidémiologique a empiré dans la capitale économique. Une pierre de plus à jeter dans l’océan des contradictions, doctrines de la gestion épidémiologique de l’Exécutif, et un grain à moudre additionnel pour les adeptes de la théorie du complot.Ceux qui pensent que le nouveau coronavirus n’existe pas, tout en croyant dur comme fer que la pandémie a été inventée de toutes pièces pour restreindre les libertés individuelles et contrôler les masses. En ce moment, ce discours appartient à une minorité, à l’instar de celui clamé par les « rassuristes ». A une exception près : l’appui aussi incompréhensible qu’inattendu reçu par ces derniers de la part de l’Organisation mondiale de la santé.Rien que ça. Un appui qui tient plus de la maladresse, mais sacrément troublant. Il y a quelque temps, Maria Van Kerkhove, responsable de l'organisation, avait affirmé que les transmissions par des asymptomatiques semblaient « rares ». Il n’en fallait pas tant pour que les « rassuristes » s’engouffrent dans une brèche, colmatée aussitôt par l’organisation onusienne. Pour rattraper le coup, Maria Van Kerkhove a plaidé le malentendu.«Je faisais référence à un très petit nombre d'études, deux ou trois suggérant l'idée d'une faible contagiosité des asymptomatiques, en réponse à un journaliste, et non pour exposer une position formelle de l'OMS » avait-elle assuré. Puis de poursuivre :«J'ai utilisé l'expression ‘très rare' mais c'est un malentendu de dire que les transmissions asymptomatiques sont globalement très rares, je faisais référence au petit groupe d'études ». A l’époque de sa déclaration initiale, le professeur Liam Smeeth de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, n’avait pas caché sa surprise et son incompréhension « Il reste des incertitudes au plan scientifique, mais les infections asymptomatiques pourraient tourner autour de 30 à 50% des cas. Les meilleures études scientifiques à ce jour suggèrent que jusqu'à la moitié des cas ont été infectés par des personnes asymptomatiques et pré-symptomatiques(qui auront des symptômes à un stade plus avancé de l'infection) » Une chose est sûre, sur son site, l’OMS est on ne peut plus claire sur le sujet.« Oui, les personnes infectées peuvent transmettre le virus à la fois lorsqu’elles présentent des symptômes et lorsqu’elles n’ont pas de symptômes, d'où l'importance de respecter les mesures sanitaires, comme le port du masque ou la distance physique». Oui mais voilà, au début de l’épidémie, en mars dernier, l’OMS disait aussi que les masques ne servaient à rien et qu’ils ne protégeaient pas contre le nouveau coronavirus. Bref, la crédibilité de l’OMS est loin d’être irréprochable.De quoi ravir les«rassuristes» et autres adeptes de la théorie du complot, pour le plus grand malheur des médecins de terrain qui sont au plus près de la réalité. 

Chady Chaabi
Lundi 5 Octobre 2020

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