Boris Johnson Héros du Brexit de plus en plus fragilisé

La chute est brutale, pour celui qui avait affranchi le Royaume-Uni de l’Union européenne et promettait à ses administrés, avec un accent qui se voulait churchillien, un avenir radieux


Libé
Jeudi 20 Janvier 2022

La chute est brutale, pour celui qui avait affranchi le Royaume-Uni de l'Union européenne et promettait à ses administrés, avec un accent qui se voulait churchillien, un avenir radieux (Fenêtre)

Il était le héros du Brexit ayant offert aux conservateurs une victoire historique en 2019. Deux ans plus tard, Boris Johnson, affaibli, pourrait devenir le Premier ministre britannique au mandat le plus court de l'histoire récente.

Jusqu'à récemment, aucun scandale, aucune critique n'avait eu prise sur ce voltigeur de la politique, leader pressé sans état d'âme et peu intéressé par les détails ou la vérité.

Depuis début décembre, la tendance s'est brutalement inversée au fil des révélations sur les fêtes arrosées à Downing Street, sa résidence officielle, durant les confinements anti-Covid, quand les Britanniques n'avaient pas le droit de tenir la main de leurs mourants ou d'inviter quelqu'un chez eux.

Ses dénégations, ses excuses au Parlement n'y ont rien changé: les sondages ont dévissé, donnant désormais 10 points d'avance à l'opposition travailliste. Les appels à la démission se sont multipliés, y compris dans son propre camp conservateur. Certains jeunes élus ont fait fuiter un complot visant à le déloger.

Alors qu'une enquête interne devrait bientôt s'achever, le Premier ministre âgé de 57 ans à la chevelure blonde désordonnée, avait mardi perdu toute superbe, expliquant lors d'une interview télévisée que "personne ne lui avait dit" que cette fête dans les jardins de Downing Street à laquelle il est resté 25 minutes n'était pas une réunion de travail.

Mercredi, Boris Johnson était au pouvoir depuis deux ans et 179 jours. Dans l'histoire récente, il faut remonter au travailliste Harold Wilson en 1976 pour trouver un mandat plus court (2 ans et 33 jours).

La chute est brutale, pour celui qui avait affranchi le Royaume-Uni de l'Union européenne et promettait à ses administrés, avec un accent qui se voulait churchillien, un avenir radieux.
Mais Boris Johnson a aussi montré les aspects plus contestables de sa personnalité, accusé notamment d'imprévoyance dans sa gestion initiale du Covid, avant la mise en place d'une solide campagne de vaccination. Le Covid a fait plus de 152.000 morts au Royaume-Uni et lui même a failli en mourir.
Sa gestion de l'après-Brexit a souvent aussi été décrite comme brouillonne.

Et alors qu'il continue à défendre sa vision d'un pays où tout le monde serait "tiré vers le haut", l'inflation est au plus haut depuis 30 ans, à 5,4% sur un an. Les prix de l'énergie flambent et, revenant sur des engagements initiaux, les cotisations sociales vont augmenter pour financer le service de santé. Alors qu'il avait aussi promis une immigration sous contrôle, le nombre de clandestins arrivant par petits bateaux a triplé en 2021.

Bien peu parient sur la survie de "Boris Teflon", né à New York le 19 juin 1964 et qui, tout petit, voulait selon sa soeur Rachel être le "roi du monde".

Après une enfance partiellement passée à Bruxelles où son père était fonctionnaire européen, il a suivi le parcours fléché de l'élite britannique: Eton College puis l'université d'Oxford. Il se lance ensuite dans le journalisme au Times, qui le licencie un an plus tard pour une citation inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l'envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994, où à coup d'approximations il tourne les institutions européennes en ridicule. Déjà il aime la controverse et n'est pas à un revirement près.

Elu député en 2001, Boris Johnson ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008. Il y reste huit ans, se taille une stature internationale, aidé par les jeux Olympiques.

Son positionnement pro-Brexit dès 2016 en fait une des principales figures de la campagne du Brexit. Chef de la diplomatie sous Theresa May, il prendra sa place comme Premier ministre en juillet 2019, avant de convoquer quelques mois plus tard des élections anticipées. Avec un slogan simple, "réalisons le Brexit", il décroche la plus large majorité conservatrice depuis Margaret Thatcher dans les années 1980.

Sa vie privée est à la hauteur du personnage. Après un premier mariage annulé au bout de quelques mois, il s'est marié deux fois, en 1993 et 2020 et a au moins sept enfants, dont les deux plus jeunes nés de son mariage, en 2020, avec Carrie Symonds, ancienne chargée de communication politique.


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