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Blasés de la “Win’’ : Les raisons de la débâcle mondiale du WAC




Il y a des débuts de saison qui sont comme les amours de vacances de notre enfance. On se fait des bisous et de grandes promesses, on se jure de s’écrire toutes les semaines et puis, alors que volent les premières feuilles mortes dans la cour de l’école, on est déjà passé à autre chose. L’analogie avec la participation du Wydad au Mondialito ne serait pas saugrenue. Sur l’écran du passé, il suffit de fermer les yeux pour que les souvenirs rappliquent aussi vite qu’Ounajem courait dans son couloir droit. On revoit aussi Bencharki s’exiler sur l’aile, conduire la balle avec son onctueux toucher, sentir la course d’El Karti galopant vers la surface de réparation et lui délivrer la passe juste, pile dans sa course, en un geste attendu mais pourtant maintes fois réussi. Cependant, depuis cette action automnale, synonyme de sacre continental, démantibulé fut cet idéal.  Au Mondial des clubs, Bencharki n’insufflait plus assez de rythme à l'approche du but adverse, El Karti n’était plus que l’ombre de lui-même et Ounajem était à la recherche de sensations hors pelouse, après avoir longtemps squatté l’infirmerie. Evidemment, les absences et méformes de certains joueurs ne peuvent pas à elles seules expliquer le récent fiasco des Rouge et Blanc au Mondial des clubs.
Commençons par le commencement, la préparation. Elle a souffert de plusieurs manquements. Psychologiquement d’abord, et sous l’impulsion de la direction qui a organisé le déplacement vers les Émirats arabes unis en retard, il semblait évident que l’approche du club, notamment en termes de communication, aura empêché les joueurs de trouver le juste milieu entre une ambition démesurée, matérialisée par les déclarations du coach qui se voyait brandir le trophée avant de passer le premier palier des quarts, l’opinion publique, en un sens plus large et les supporters en particulier, qui ont laissé croire aux joueurs que cette aventure était une simple échappée d'automne et que la participation était une réussite en soi.
Pris en sandwich entre ces deux sentiments, les joueurs se sont gourés dans les grandes largesses quant à l’approche des matchs et leur préparation mentale, d’autant plus qu’ils étaient déjà fragilisés car coincés dans un sas de décompression physique et mentale suite à la victoire en finale de Ligue des champions et au pic de forme voulu à cet instant. Justement, la campagne continentale éreintante, à cheval sur deux saisons, jumelée à la Coupe du Trône, a privé les Wydadis de la plage de repos estivale, censée régénérer corps et esprit, ce qui a valu à leur meilleur joueur Ounajem une fracture de fatigue et plusieurs gènes musculaires dans l’effectif.
Côté terrain, aux antipodes des valeurs qui ont accompagné le Wydad depuis près d’un an, les deux rencontres perdues pointent les angoisses suscitées par la situation sportive d’un club en apnée. Pour le coup, la responsabilité navigue entre le faible rendement de certains cadres et les choix sans audace de Houcine Ammouta. Le coach n’en a pas fait assez pour aller chercher des victoires accessibles, ni dans sa composition de départ, ultra défensive, ni dans son coaching, intervenu trop tardivement. Tout le monde ou presque a pu le constater : les Wydadis ont été affreux, ballottés, étouffés comme rarement, perdus sur les coups de pied arrêtés, ils ont vraiment fait de la peine. Le bloc a reculé, les milieux n’ont rien fait pour desserrer l’étreinte, tout le monde ou presque a perdu ses duels et la défense a pris l’eau. Un impair dans ce genre de rencontre où l’intensité est plus relevée qu’à l’accoutumée.
En somme, c’est un peu comme si les Wydadis étaient blasés de la «Win». Ils ont manqué de niaque et de l’envie d’avoir envie. De plus, l’absence d’Ounajem n’a pas permis à une attaque en panne d’allumer le feu : aucune vitesse, aucune inspiration, des combinaisons techniques inexistantes ou brouillonnes. Dorénavant, le tout est d’outrepasser cet épisode qui aura laissé le souvenir du néant ou presque pour éviter au poison du doute de s’installer dans les têtes, avec son cortège de questionnements et une confiance en lambeaux.

Chady Chaabi
Vendredi 15 Décembre 2017

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