Libération



Facebook
Rss
Twitter






Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Béni Mellal au temps du coronavirus


Victime de l’Aid Al Adha, la cité aux oliviers reprend vie. Mais le spectre du reconfinement est toujours présent



S i lesscientifiques n’en démordent pas:« Il ne fautsurtout pas comptersurla chaleur estivale pour tuer le Sars-Cov-2 », pour notre part, nous sommes beaucoupmoins catégoriques.En ce vendredi 4 septembre, les thermomètres de Béni Mellal s’affolent pour afficher 42 degrés, sous l’effet d’un soleil généreux. La chaleur alourdit l’atmosphère. L’air brûlantmetsous camisole nos poumons. Mais d’un autre côté, cette canicule contrarie grandement les desseins du coronavirus, en s’attaquant non pas au virus lui-même mais plutôt à ses hôtes potentiels. A 16 heures, il n’y a pas un chat qui rôde dans les rues de la cité aux oliviers. Quand la semaine dernière les autorités sanitaires ont levé les mesures restrictives instaurées quinze jours plus tôt, tout le monde à Béni Mellal redoutait que la vie ne reprenne un peu trop rapidement son cours. Mais c’était sans compter sur les caprices météorologiques de Dame nature et les températures estivales affolantes. Dans l’ancienne médina ou encore les quartiers de Yacoub El Mansour, Ben Addi, Aourir, Ouled Hamdane, les habitants ont retrouvé les joies des petites libertés après l’immense frustration engendrée par les grandes restrictionssans pour autant pouvoir en profiter pleinement à cause d’une chaleur caniculaire. Quasiment à chacune des entrées de ces quartiers, on peut trouver des barrières rangées sur la chaussée, vestiges d’un reconfinement considéré comme injuste parles personnes au gagnepain quotidien, même si pour une minorité d’entre elles, il était indispensable pour enrayer la propagation du Sars-Cov-2. A Béni Mellal, la situation épidémiologique a longtemps été maîtrisée. Respecté à la lettre, le confinement national imposé en mars avait porté ses fruits. Enfin, jusqu’au mois dernier, lorsque tousles efforts consentisse sont écroulés tel un château de cartes. L’Aïd Al Adha est arrivé accompagné d’une vague de visiteurs dont des porteurs du coronavirus passés entre les mailles du filet,faisantfi de l’interdiction de tout déplacement édictée par le gouvernement. Quinze jours après les festivités et les visites familiales, logiquement, des foyers infectieux se sont multipliés dans la ville. Et d’un coup, la psychose s’est installée. Les quartiers précités ont été mis sous-couche. Les hammams et lessalons de coiffure ont baissé les rideaux. Les salles de sport et les terrains de proximité aussi. Puis bonne chance pour faire des courses une fois 18 heures passées, les commerces étant fermés. Bref, les plus de 300.000 habitants qui peuplent Béni Mellal ont vécu un véritable cauchemar. Enfermés chez eux sous une chaleur d’enfer. Et à chaque fois qu’ils mettaient le bout de leur nez dehors, le soleil les agressait et«les chars de l’armée qui circulaient danstoute la ville nous en dissuadaient », confie un habitant impressionné par le dispositif militaire. « Mais l’Aïd n’est pas le seul responsable», nuance un professeur, la cinquantaine.«L’un des problèmes àBéni Mellal, c’est que le centre-ville est le coin le plus attractif. La place de la liberté et les quartiers avoisinants sontle centre névralgique. Situ as besoin de quoi que ce soit, tu es obligé de t’y rendre », nous explique-t-il. Dans cette configuration, le virus s’en est donné à cœur joie. Entre les visiteurs pendant l’Aïd et une population qui converge vers le même endroit, ce n’est donc finalement pas une grande surprise si Béni Mellal, aussi petite soitelle (33 km²), fut classée plusieursjours d’affilée dans le Top 5 du nombre de nouveaux cas Covid+surle territoire national.Ce triste record a eu l’effet d’un électrochoc sur les habitants et les autorités. En plus d’être le chef-lieu de la région, ce qui implique des va-et-vient incessants entreBéni Mellal et les différentes villes périphériques. « Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui croientsérieusement en l’inexistence du coronavirus », se désole un sexagénaire, qui a longtemps vécu en Lombardie avant de revenir aux sources, quasiment un an jour pour jour avant la fermeture desfrontières de l’Union européenne. « Je l’ai échappé belle », avoue-t-il, ému. Les chiffres lui donnent raison. En Lombardie, jusqu’à hier, 16.876 personnes ont succombé auCovid-19.En parallèle, dansla région de Béni Mellal-Khénifra, sept décès sont à déplorer. Pour notre interlocuteur, « il faut être optimiste en l’avenir ». «Mais ça devient de plus en plus dur», s’offusque, de son côté, un résidant d’un quartier huppé qui avait pour habitude de passer ses vacances ailleurs, à la recherche de températures clémentes. « Au printemps, le confinement était agréable et les restrictions de déplacement étaient supportables. Mais avec cette chaleur, on suffoque dans nos maisons. L’adoucissement de certaines mesures n’y change rien. On aimerait voyager, maistant que le coronavirus circule dans le pays, cela s’avère risqué d’un point de vue sanitaire », concède-t-il quelque peu contrarié. De toute évidence, la résilience des uns cache mal un ras-le-bol généralisé.«On n’en peut plus de ce virus. Nous avons hâte de retrouver notre vie d’avant », corrobore une mère au foyer. S’agissant du monde d’avant, il est illusoire d’y prétendre, du moinsjusqu’à début 2021 et la disponibilité d’un vaccin.En attendant, dans une ville qui tourne au ralenti, les autoritéslocales ne sont pas restées les bras croisés. Al Ghdira Al Hamra, le plus ancien marché de Béni Mellal avec son architecture d’un autre temps, a été libéré de l’occupation illégale des vendeurs de fruits et légumes. « Ce n’était pas uniquement des vendeurs ambulants. Pis, la plupart d’entre eux avaient installé des tentes en s’appropriant l’espace public, de force, avec tout ce que cela implique en termes de déchets», nous éclaire un jeune homme, satisfait de la vaste campagne de libération du marché, avant d’espérer:« Pourvu que ça dure ». Les autorités et les habitants de Béni Mellal n’en pensent pas moins, surtout à travers le prisme sanitaire. Si le nombre de casCovid+recensés quotidiennement a Béni Mellal diminue jour après jour, il n’en demeure pas moins que la vigilance est demise. Les barrières encore présentes à l’entrée de certains quartierssontlà pour le rappelertout comme la route quasi déserte qui mène versAïnAsserdoun, alors que, d’habitude, elle est le théâtre de va-et-vient incessants. En somme,malgré quelques bataillesremportées, la guerre contre le nouveau coronavirus est toujours d’actualité. La situation épidémiologique de la ville est sur un fil, d’autant que les gestes barrières ne sont pas toujours respectés, quand bienmême le langage un peu trop cru de la campagne de sensibilisation initiée par les autorités ne faiblit pas danslesrues. On sent que la situation peut basculer à tout moment, à l’image de la météo déroutante. Croyez le ou pas, samedi soir, la canicule s’estrapidement transformée en une pluie drue et une fraîcheur inespérée. Peutêtre le vent d’un changement positif ? 

Chady Chaabi
Mardi 8 Septembre 2020

Lu 342 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.