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Attrition et pénurie

De mauvais augure pour le secteur de l’ enseignement dans plusieurs pays dont le Maroc


Hassan Bentaleb
Vendredi 1 Mars 2024

Attrition et pénurie
S i les grèves et les protestations ont pris fin il y a quelques semaines, l’insatisfaction et le manque de confiance règnent encore entre le ministère de l’Education nationale et les enseignants. Selon ces derniers, la situation demeure grise et rien n’augure d’une amélioration malgré l’accalmie enregistrée récemment. Un état des lieux qui sonne mal, à la lumière des conclusions du Rapport mondial sur les enseignants tirant la sonnette d’alarme sur une éventuelle pénurie d’enseignants d’ici 2030.

Manque d’enseignants

D’après ce document, publié récemment par l’UNESCO, «les systèmes éducatifs du monde entier ont urgemment besoin de 44 millions d’enseignants du primaire et du secondaire d’ici 2030. Cela représente sept enseignants sur dix dans le secondaire et correspond à la nécessité de remplacer plus de la moitié des enseignants actuels, qui vont quitter la profession dans les années à venir ».

L’Afrique subsaharienne est particulièrement touchée par ce problème, précise le rapport. Elle aurait besoin de 15 millions de nouveaux enseignants d’ici 2030. Une situation des plus alarmantes puisque de nombreux enseignants quittent la profession pour des raisons multiples : retraite, état de santé, engagements familiaux, reconversion professionnelle ou décès, entre autres (ISU, 2023b; OCDE, 2021).

Selon le document en question, la carrière moyenne d’un enseignant ne dure que 10 ans dans les systèmes où le taux d’attrition (nombre d’enseignants qui quittent la profession au cours d’une année scolaire donnée) se maintient au-dessus de 10%.

«Pour que les carrières des enseignants durent au moins 30 ans, les systèmes éducatifs doivent obtenir des taux d’attrition bien inférieurs à 5% (ISU, 2023b)», souligne-t-il. Et de noter : « A l’échelle mondiale, les taux d’attrition des enseignants du primaire ont presque doublé, passant de 4,6% en 2015 à 9% en 2022. Dans le premier cycle de l’enseignement secondaire, ce taux a nettement augmenté en 2019 avant d’amorcer un déclin en 2021. Il n’existe pas assez de chiffres récents sur l’attrition dans le deuxième cycle du secondaire, mais les données antérieures de l’ISU tendent à montrer que l’attrition diminue dans les niveaux d’enseignement supérieurs. Des données provenant d’autres sources indiquent que dans certains pays à revenu élevé, l’attrition est plus forte dans l’enseignement secondaire.

Les taux d’attrition sont généralement plus élevés chez les hommes que chez les femmes, ajoute le rapport. A l’échelle mondiale, les taux d’attrition en 2021 étaient de 9,2% et 5,9% pour les enseignants du primaire et du premier cycle du secondaire, contre 4,2% et 5,6% pour les enseignantes des mêmes niveaux.

L’attrition dans l’enseignement primaire est plus forte pour les hommes que pour les femmes dans 80% des pays. Elle est même plus de deux fois plus élevée en Algérie, au Bélarus, au Bhoutan, à Djibouti, en Egypte, dans les Îles Marshall, au Maroc, à Maurice, en Mongolie, au Niger, aux Seychelles et au Togo. Dans certaines circonstances cependant, les taux d’attrition sont plus élevés pour les femmes que pour les hommes. A titre d’exemple, en Inde, les enseignantes du primaire avaient un taux d’attrition de 2% en 2022, contre 1,4% pour les enseignants (ISU, 2023c ; UNESCO et Equipe spéciale sur les enseignants, 2023a).

Les experts de l’UNESCO révèlent que «les enseignants débutants sont plus susceptibles de quitter la profession, et ceux qui sont sur le point de prendre leur retraite mettent aussi les systèmes éducatifs sous pression et aggravent les pénuries ». Et d’observer: «Les départs des enseignants qui quittent la profession ou passent d’une école à l’autre et entraînent d’importantes pénuries, dépendent en grande partie des conditions matérielles et symboliques du métier d’enseigner ».

Déploiements déséquilibrés

En outre, le document indique que « la pénurie d’enseignants dans certaines matières conduit souvent les enseignants à enseigner en dehors de leur domaine de compétence. Certaines matières sont plus touchées par les pénuries que d’autres car elles offrent d’autres voies professionnelles. Les diplômés en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM), par exemple, peuvent exercer de nombreux autres emplois en dehors du secteur de l’éducation dans des conditions plus favorables et pour un meilleur salaire.

« En Angleterre en 2022, seuls 17% des postes de professeurs de physique étaient pourvus. La diversité linguistique est souvent limitée car il n’y a pas assez d’enseignants qualifiés pour instruire les élèves dans leurs langues. Selon certaines estimations, environ 40% des habitants de la planète n’ont pas accès à l’instruction dans une langue qu’ils parlent ou comprennent », explique le rapport. Et d’ajouter : «Le recrutement des enseignants pour les zones isolées et rurales entraîne souvent d’importantes disparités dans les ratios élèves-enseignant ainsi que le recours à des enseignants contractuels, ce qui augmente les taux de rotation du personnel. Le recoupement et le chevauchement de facteurs tels que la pénurie d’enseignants dans certaines matières et les zones difficiles à pourvoir en personnel, peuvent exacerber les effets négatifs des pénuries d’enseignants sur des populations déjà désavantagées ».

Salaires insuffisants

Sur un autre registre, le rapport révèle que « les salaires des enseignants, quel que soit le niveau d’enseignement, varient grandement par rapport à ceux pratiqués dans d’autres professions. Dans certains pays, les enseignants gagnent deux fois plus que d’autres personnes au niveau de qualification comparable, mais dans d’autres, ils touchent des salaires beaucoup plus faibles. Il faut toutefois souligner le manque de données sur les salaires des enseignants à l’échelle mondiale, ce qui rend impossible l’analyse de moyennes régionales ». Les enseignants du pré-primaire au Samoa et en Sierra Leone gagnent moitié moins que ce qu’ils pourraient espérer dans une autre profession nécessitant un niveau de qualification comparable, tandis qu’en Colombie, au Togo, au Bénin, au Luxembourg, en Equateur et en République dominicaine, ils touchent au moins 50% de plus que d’autres professionnels, à qualifications égales, constate l’UNESCO. Et de conclure que dans 20 pays d’Afrique subsaharienne, les enseignants gagnent en moyenne moins de 7.500 dollars US par an en parité de pouvoir d’achat.

Hassan Bentaleb


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