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Abu Al-Qasim : Une vie pour la médecine et la chirurgie




Abu Al-Qasim, ou Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī, connu en Occident sous le nom Abulcasis ou Albucasis, (né à Madinat Al-Zahra (Al-Andalus) v. 940 - mort à Cordoue (en 1013) est l'un des plus grands chirurgiens du monde musulman.
Il nait vers 940, à El Zahra, petit village situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Cordoue, en Andalousie où il passera toute sa vie, sous le règne des califes omeyyades Abderrahmane III et Al Hakam II.
On ne sait que peu de choses de sa vie en dehors de ce qu'on apprend par ses ouvrages. Ses observations médicales concernent de hautes personnalités comme des esclaves, des musulmans comme des chrétiens ou des juifs. Cela indique son importance et l'étendue de ses relations. Abu Al-Qasim était médecin à la cour du calife Al-Hakam II, puis celui d'Almanzor (Al Mansour), vizir et chef militaire.
Il passa presque toute sa vie à Al Zahra, une ville aujourd'hui disparue, à l'ouest et non loin de Cordoue. C'est là qu'il étudia, enseigna et pratiqua la médecine et la chirurgie jusqu'en 1011, date à laquelle Al Zahra fut pillée, et le palais de Madinat Al-Zahra détruit lors de la guerre civile au sein du califat. Il dévoua toute sa vie à l'avancement de la médecine et de la chirurgie.
Son nom apparaît pour la première fois dans les écrits de Abu Muhammad Ibn Hazm (993 - 1064), qui le plaçait parmi les plus grands médecins de l'Espagne mauresque. Sa première biographie détaillée fut écrite soixante ans après sa mort par Al-Humaydi, dans son ouvrage Jadhwat al-Muqtabis (Des savants andalous). Léon l'Africain, au XVe siècle, le mentionne dans une courte notice.
Œuvre majeure
Son grand ouvrage, le Al-Tasrif (La pratique), est une encyclopédie médicale qui fait le bilan des connaissances médico-chirurgicales de son époque, confrontées à l'expérience personnelle de son auteur.
C'est surtout la partie chirurgicale de son œuvre (soit un cinquième de son encyclopédie) qui intéresse très tôt l'Occident. Elle est traduite en latin au XIIe siècle par Gérard de Crémone pour devenir une référence chirurgicale. Au XIVe siècle, le traité de chirurgie du français Guy de Chauliac en contient 173 citations littérales. Pietro Argallata dépeint Al-Qasim comme étant « sans l’ombre d’un doute le roi des chirurgiens ». On connaît aussi une version en hébreu, et une autre en provencal. Son livre chirurgical est imprimé à Venise à la fin du XVe siècle (1497 ou 1500 selon les sources), il est donc édité en Occident avant les premières éditions de Galien (1525) et Hippocrate (1526). Au cours du XVIe siècle, il est toujours cité, notamment par le chirurgien français Jacques Daléchamps, ou l'Italien Fabrice d'Aquapendente, et il a beaucoup inspiré Ambroise Paré.
Le Kitab al-Tasrif (Le Livre de la méthode [médicale] pour celui qui paresse d'écrire), traite en trente volumes tous les domaines de la médecine et de la chirurgie. Selon J.C. Sournia, « c'est le document chirurgical le plus complet écrit pendant le premier millénaire de notre ère ».
Aboulcassis rend souvent hommage aux grands anciens comme Hippocrate, Galien, et Celse. Il s'inspire aussi de Paul d'Égine, dont une partie de l'œuvre ne nous est pas parvenue.
Le Kitab Al-Tasrif est divisé en trois parties : 1) sur la théorie et les généralités de la médecine, 2) sur les maladies  : le régime chez l'enfant et les vieillards, la goutte, les rhumatismes, les abcès, les plaies, les poisons et les venins, les affections externes de la peau et la fièvre, 3) sur la chirurgie.
Le traité sur la chirurgie est divisé en 3 livres, tous organisés dans l'ordre « de la tête aux pieds », avec représentation illustrée (ce qui est rare dans les manuscrits musulmans) de tous les instruments nécessaires pour opérer. Ces représentations perdent de leur qualité au fur et à mesure de leurs copies. En 1998, on connait 42 copies manuscrites en arabe, 27 en latin, 1 en hébreu et 1 en provençal, dispersées dans les plus grandes bibliothèques occidentales et du monde musulman ; celle en provençal est à la bibliothèque de Montpellier).
- Le livre premier est consacré aux cautérisations.
-  Le livre deux traite des incisions et perforations, saignées et ventouses, blessures et extractions de flèches.
- Le livre trois traite de traumatologie osseuse (fractures, luxations, entorses...) et de questions diverses.

Les fondamentaux d'Abu Al-Quasim
C'est le premier auteur à mettre au clair quelques principes fondamentaux, évidents aujourd'hui, mais qui n'existaient pas avant lui.
La chirurgie doit se baser sur un savoir anatomique, le plus approfondi possible, et non pas se baser sur une pratique aveugle par ignorance.
La chirurgie opératoire évolue entre deux pôles : l'un qui est sûr et compatible avec la santé du malade, et l'autre qui est dangereux et risqué pour le malade. Pour chaque opération, l'auteur signale les dangers possibles et les moyens de les éviter.
La chirurgie est une branche de la médecine. Le chirurgien doit être cultivé et instruit de tous les grands anciens, mais il doit aussi confronter ce savoir avec les réalités de sa pratique quotidienne (observer et juger par lui-même).
Le chirurgien doit être prudent et circonspect pour lui-même, doux et persévérant pour ses malades, et être un père pour ses élèves (son traité sur la chirurgie commence par « mes enfants »).
Avancées chirurgicales
Abu Al-Qasim a réalisé, décrit et complété de nombreux gestes chirurgicaux . Il n’a pas toujours obtenu le mérite de ses avancées médicales : il avait déjà décrit dans son Al-Tasrif la méthode que l'on appelle aujourd'hui « Kocher » pour le traitement d’une épaule disloquée, ainsi que la position «Walcher » en obstétrique. Il avait déjà décrit comment ligaturer des vaisseaux sanguins des siècles avant qu’Ambroise Paré ne popularise la méthode. Il fut également le premier à écrire des livres sur les appareils dentaires et à avoir décrit la nature héréditaire de l’hémophilie. Il est aussi le premier, en 963, à avoir décrit la grossesse extra-utérine, alors mortelle.
Jugements sur Albucassis
Au siècle des Lumières : 
« Ricius prétend que ce médecin arabe a écrit avec beaucoup de clarté, de précision et de netteté. Tout le monde en convient. Il paraît exceller dans la partie diagnostique et dans la description des symptômes des maladies ; on doit même avouer que sa façon d'écrire est fort méthodique, et que, pour cette raison, il mérite qu'on fasse cas de ses ouvrages (...) Il a fait preuve de la plus grande probité dans l'exercice de sa profession (...) Il conseille de ne jamais entreprendre, par avidité de gain, la cure d'un mal que l'on est incapable de traiter et dont la cause nous est inconnue » .
En 1986 :
«Ce serait une grande erreur de croire ces techniques rudimentaires et anachroniques : elles ont été en usage jusqu'à l'ère de l'asepsie, de l'antisepsie et de la radiographie ; des hommes comme Dupuytren, Malgaigne et les grands chirurgiens de l'Empire ne faisaient pas mieux qu' Aboulcassis. Et aujourd'hui à la surface de la terre (...) la chirurgie moderne est inconnue de trois milliards d'hommes. Ce serait un bienfait pour l'humanité que de transmettre à tous les guérisseurs, les sorciers et les chamans de la brousse, de la savane, de la forêt ou du désert, les connaissances d'Aboulcassis ».

Libé
Jeudi 9 Juin 2016

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