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Abou Walid al-Sahraoui mis hors d’état de nuire

Le parcours du désormais ex-chef de l’EIGS atteste des accointances du Polisario avec les groupes terroristes


Abou Walid al-Sahraoui mis hors d’état de nuire
Le jihadiste Adnan Abou Walid al-Sahraoui, chef du groupe jihadiste Etat islamique (EIGS) au Grand Sahara a été tué par les forces françaises. C’est le président français, Emmanuel Macron lui-même, qui a annoncé cette nouvelle sur Twitter dans la nuit de mercredi à jeudi.

«Il s'agit d'un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel», a mis en avant le président français dans ce tweet relayé par l’AFP, laquelle agence a souligné que «cet été, Paris avait déjà annoncé la mort ou la capture de plusieurs cadres de haut rang de l'EIGS par la force française Barkhane et ses partenaires, dans le cadre de sa stratégie ciblant les hauts dirigeants des organisations jihadistes ».

Et selon la déclaration de la ministre française des Armées, Florence Parly, jeudi sur Radio France Internationale, la frappe française contre Adnan Abou Walid al-Sahraoui «a eu lieu il y a quelques semaines, et nous sommes aujourd'hui certains qu'il s'agit bien du numéro 1 de l'EIGS», tout en se félicitant d'une «très grande réussite» de l’armée française. Qui est Adnan Abou Walid alSahraoui?

De son vrai nom Lahbib Ould Abdi Ould Saïd Ould El Bachir, «l’Emir du désert» a grandi à Laâyoune avant de rejoindre le Polisario en 1992 où son processus de radicalisation a commencé auprès de la mouvance islamiste des camps de Tindouf.

Chef d’une "katiba" (unité) du Mujao au Mali en 2010, il rejoint quelques années plus tard les rangs d’Al Qaïda au Maghreb (AQMI), puis l’EIGS. Moussaoui Ajlaoui, expert associé à Ames-Center, a rappelé dans une déclaration à Libé que «lors d'une réunion sécuritaire tenue parle Polisario en 2009, une question a été soulevée concernant l’infiltration des groupes terroristes dans les camps de Tindouf qui visaient à séduire et à recruter les jeunes parmi les séparatistes ».

Et le chercheur marocain de préciser : « Le compte rendu de la réunion a fuité et a été publié sur le site Internet. L’on y évoque une liste de 25 jeunes séparatistes des camps de Tindouf qui ont rallié le groupe terroriste, AQMI, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar et sont même devenus des dirigeants dans ce groupe. Et à l’avènement de l'Etat islamique en 2015, Mokhtar Belmokhtar a refusé de prêter allégeance à l'Etat islamique et est resté fidèle à Al Qaïda, alors qu’Adnan Abou Walid al-Sahraoui a rallié Daech et est devenu le chef de l’EIGS».

Il convient de rappeler que le Maroc a à maintes reprises mis en garde contre le danger que représente ce mouvement séparatiste et ses liens avec les groupes jihadistes pour la sécurité non seulement pour les pays de la région toute entière (Mauritanie, Maroc, Mali, Sénégal, Niger, Bénin, Burkina Faso…), mais il constitue également un danger pour les pays occidentaux.

En effet, Cherkaoui Habboub, directeur du Bureau central des investigations judiciaires(BCIJ), a souligné en mars 2021 dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique que plus de 100 séparatistes du front Polisario s’activent au sein d’Al Qaïda au Maghreb islamique.

«Il est également établi qu’il y a un encadrement dans les camps de Tindouf et un endoctrinement assuré par les imams des camps. C’est aussi un facteur qui a fait de la région du Sahel ce qu’elle est aujourd’hui : une menace aussi bien pour le Maroc que pour les autres pays”, a souligné Cherkaoui Habboub dans cet entretien, ajoutant que «ce constat établi nous renvoie à l’implication des éléments du front Polisario dans les groupuscules terroristes, soit au sein d’AQMI, soit au sein de l’Etat islamique au grand Sahara».

Par ailleurs, Moussaoui Ajlaoui dans la déclaration accordée hier jeudi (16 septembre 2021) a soulevé le timing de l’annonce de la liquidation physique du chef de l’EIGS par Emmanuel Macron.

Selon le chercheur marocain, deux facteurs expliquent le timing de cette annonce. Le premier est le contrat que les autorités maliennes envisagent de conclure avec la société paramilitaire russe Wagner. «Dans le cas où ce contrat est conclu, cela signifie que la Russie étend son influence en Afrique et, par ricochet, affaiblit la présence de la France dans cette zone stratégique». Et c’est dans ce cadre qu’il faut lire la mise en garde lancée par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, qui avait affirmé dans une déclaration rapportée par l’AFP qu’un déploiement des mercenaires serait «incompatible» avec le maintien au Mali des troupes françaises qui combattent les terroristes au Sahel depuis des années. Selon Moussaoui Ajlaoui, la France essaie de jouer la carte algérienne ce qui explique le rapprochement entre l'Algérie et la France et «le refroidissement des relations maroco-françaises».

«La France veut tirer profit de la modification de la constitution algérienne, qui permet aux forces algériennes de prendre part à des opérations militaires hors de ses frontières, afin d’impliquer Alger militairement au Mali, notamment dans le nord de ce pays, pour au moins limiter la présence russe dans la région», a soutenu Moussaoui Ajlaoui.

La deuxième question qui suscite vraisemblablement le mécontentement de la France, selon Moussaoui Ajaloui, c’est l'ouverture des négociations entre les autorités maliennes et le groupe jihadiste Iyad Ag Ghaly notamment après l'échec des Français pendant des années à éliminer ces mouvements.

«Les autorités maliennes optent maintenant pour la politique de dialogue et de négociations avec ces groupes », a fait savoir le chercheur marocain qui a ajouté qu’« apparemment, la France n’est pas d’accord avec cette nouvelle approche des autorités maliennes».

Mourad Tabet

Libé
Jeudi 16 Septembre 2021

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