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​Yassine Bounou : De l’ombre à la lumière


Parti de loin dans la hiérarchie des gardiens de but en début de saison, l'international marocain a été contre toute attente, déterminant dans le sixième sacre européen des Sévillans

L’anecdote dit tout de Yassine Bounou. Troisième dans la hiérarchie des gardiens à l’Atlético de Madrid où il signe en 2012, en provenance de son club de cœur et formateur, le Wydad de Casablanca, pour la modique somme de 350.000 euros correspondant aux indemnités de formation, le natif de Montréal ne s’est pas apitoyé sur son sort. Ce n’est pas son genre. Eternel optimiste, Bounou n’hésitait pas à faire du rab après l’entraînement, en acceptant, avec joie, de se faire fusiller du point de penalty par ses ex-coéquipiers dont un certain Raúl Jimenez. 
Bon lui en a pris. Il récoltera les fruits de son investissement et de son excellent état d’esprit, quelques années plus tard, lorsqu’il arrêta un penalty du même attaquant mexicain, transféré entre-temps à Wolverhampton, en quart de finale de la Ligue Europa. Jimenez qui, au passage, n’en avait jamais raté en club en 27 tentatives. Cet arrêt décisif dans la qualification des Andalous en demi-finale ne tient pas uniquement à la mémoire visuelle de Bounou, mais aussi à son travail acharné. «Avant le match contre les Wolves, je me suis entraîné avec Ocampos qui tire de la même manière que Raúl Jiménez avec notamment un arrêt juste avant de tirer. Alors lorsque ce dernier s’apprêtait à tirer, j'ai senti que je devais menacer de sauter de l'autre côté. J'ai eu de la chance», confie Bounou à «As» avec beaucoup d’humilité. Un trait de caractère sans lequel le portier de 29 ans n’aurait jamais ajouté une ligne dorée à un palmarès où figurait en tout et pour tout, un titre de champion du Maroc en 2011.
Rien n’a jamais été facile pour Yassine Bounou. De son départ de Montréal pour le Maroc à 8 ans, jusqu’au sacre européen, vendredi dernier, l’international marocain a eu une vie mouvementée, mais il n’a pas perdu le nord ni de vue son objectif. Longtemps tapi dans l’ombre, il ne s’est jamais laissé griser ou envahir par la lassitude ou le désespoir. Son statut de remplaçant l’a plutôt poussé à se forger un caractère à toute épreuve sans états d’âme. Barré logiquement chez les Colchoneros par Thibaut Courtois, il a pris son mal en patience et accepta de s’aguerrir en prêt au Real Saragosse. Deux saisons lors desquelles il a alterné le bon et le moins bon, appris les ficelles du haut niveau, sans pour autant réussir à s’imposer à son retour à Madrid. Bounou était conscient que le match contre Thibault Courtois et un peu plus tard, Jan Oblak, était perdu d’avance. Lucide, il demanda à partir. Pour un compétiteur tel que lui, ce fut certainement à contre cœur. Son éclosion au plus haut niveau se poursuivra dans le club catalan de Gérone, en seconde division. Reculer pour mieux avancer. Une sage décision.
Pour la première fois dans la peau d’un titulaire, Bono, comme le surnomment nos amis espagnols, n’a pas laissé passer sa chance. Au bout d’une brillante saison, son passé le rattrape encore une fois. Il retrouve la Liga aux dépends de son ancien club, le Real Saragosse, défait en finale des play-offs. Deux saisons et 64 matchs plus tard, dont certains mémorables en mondovision contre le Barça et le Real Madrid, Gérone est relégué à cause d’une défense aux abois. Mais les exploits de Bounou ne passent pas inaperçus. Après avoir prêté Sergio Rico au PSG, Monchi, l’un des deux meilleurs directeurs sportifs au monde, avec Luis Compos (Lille), jette son dévolu sur le gardien marocain et son 1m92. L’affaire se conclut par un prêt assorti d’une option d’achat estimée entre quatre et cinq millions d’euros. 
La presse espagnole lui promettait une saison dans l’ombre du Tchèque Tomás Vaclík. Sans moufter, il a travaillé d’arrache-pied pour se tenir prêt à déjouer les pronostics et un scepticisme né de quelques fautes de main, contre Cluj en 16èmes de finale de Ligue Europa et en championnat face à Osasuna. A l’instar de la finale retour de la Ligue des champions africaine en 2011, lorsqu’il a été élu homme du match après avoir suppléé Nadir Lamyaghri dans les buts du WAC, Bounou, vif sur sa ligne, rassurant dans les airs, serein et sobre avec le ballon, n’a pas déçu au moment d’enfiler les gants d’un Vaclík mis sur le côté. La suite vous la connaissez. Un arrêt décisif sur penalty en quart, avant d’écœurer Martial, Rashford and co dans le dernier carré. Et enfin, un face-à-face crucial remporté contre Lukaku pendant le second acte de la finale, quelques minutes avant le but de la victoire andalouse.
A l’image de toute l’Espagne du football, son entraîneur, Julen Lopetegui, n’a pas tari d’éloges : «Il a été notre joueur le plus important. Il a réalisé une excellente performance. Franchement, nous n’aurions pas pu aller en finale sans Bounou». De toute évidence, le coach ibérique dont c’était le premier titre, ne regrette pas d’avoir volontairement bousculé l’ordre établi et confié les clés du camion à Yassine Bounou. Ses coéquipiers n’en pensent pas moins. A Cologne, au coup de sifflet final, même Tomás Vaclík, fou de joie, s’est rué sur l’international marocain pour le prendre dans ses bras. Une façon aussi de dire à tout le monde «certes il m’a piqué ma place, mais c’est un bon gars». C’est là l’une des forces de Bounou. Cette image de coéquipier modèle et fédérateur qui lui colle à la peau n’est autre que le prolongement d’une éducation et d’une personnalité bâties sur l’humilité, le dur labeur, le respect de l’autre et la confiance en soi. Des ingrédients indispensables sur les sentiers de la gloire et de la Ligue des champions, dont il a été finaliste malheureux avec l’Atlético de Madrid en 2016. 
En quatre matchs de Ligue Europa post-confinement, Bounou a mis tout le monde d’accord. Il attise de plus en plus de convoitises. Avec le retour programmé de Sergio Rico, Monchi doit faire un choix. Conserver l’international marocain lui coûtera 5 millions d’euros. Et il serait particulièrement attaché à Bounou selon la presse espagnole. De leur côté, les Catalans, en passe de remonter en Liga, n’entendent pas brader leur gardien dont le contrat court jusqu’en 2021. Pour sa part, Bounou serait sollicité par le PSV Eindhoven, alors que le PSG étudierait de près son profil. Ambitieux comme il est, il doit voir les choses en grand, à Séville notamment, qualifié pour la prochaine édition de la Ligue des champions. Un club dans le Top 16 européen, ça lui ira comme un gant à condition qu’il gomme ses lacunes dans le jeu long. Avoir bluffé l’Europe n’exonère pas Bounou d’une marge de progression. Nul doute qu’il en est conscient. 

Chady Chaabi
Lundi 24 Août 2020

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