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​Un cinquantenaire dignement récompensé

Paris décroche la première finale de son histoire




Déjà dans les mémoires, l'épopée européenne du PSG n'est pas encore terminée: le club parisien s'est qualifié pour la première finale de Ligue des champions de son histoire, après sa victoire contre Leipzig (3-0) mardi à Lisbonne, avec la légitime ambition d'aller au bout.
Même à huis clos, sans l'appui direct de ses supporters et dans un format inédit, la performance restera inoubliable. Avec ce succès, le PSG devient le cinquième club français à atteindre la finale de la plus prestigieuse des coupes d'Europe après Reims (1956, 1959), Saint-Etienne (1976), Marseille (1991, 1993) et Monaco (2004).
Dans un match maîtrisé de bout en bout face au novice Leipzig, club créé ex nihilo en 2009 par la multinationale Red Bull pour bousculer l'aristocratie du football continental, Paris a montré que l'expérience n'avait pas de prix à ce niveau à l'heure de célébrer son cinquantenaire.
"On est très contents, l'équipe a fait un grand travail, un grand match, on a voulu écrire l'histoire et on a réussi", a savouré Angel Di Maria, buteur (42e) et double passeur décisif, au micro de RMC Sport.
Après avoir vécu près d'une décennie de désillusions en C1 depuis l'arrivée des propriétaires qataris en 2011, du plafond de verre des quarts (2013-2016) à la malédiction des "remontadas" depuis le cauchemar de Barcelone en 2017, l'heure est enfin aux jours heureux pour le PSG.
Comme si le recrutement de plusieurs entraîneurs en vogue, à l'image de Thomas Tuchel en 2018, et l'achat de deux des meilleurs joueurs du monde pour plus de 400 M EUR en 2017, avaient juste eu besoin d'un peu plus de temps que prévu pour devenir rentables.
Même loin de Lisbonne, les supporteurs du club profitent en tout cas de l'instant, à l'image des rassemblements des supporteurs près du Parc des Princes ou sur les Champs-Elysées, à Paris, où la distanciation sociale imposée par le Covid n'est pas franchement de mise.
Du tandem Neymar-Mbappé, intenable pour les défenseurs adverses, à Marquinhos, auteur de l'ouverture du score (13e), les atouts pour prétendre au sacre suprême dimanche prochain sont nombreux.
Mieux, en l'absence de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo, vainqueurs de neuf des quinze dernières éditions avec leurs clubs respectifs, mais aussi du Real Madrid, de l'AC Milan, ou de Liverpool, l'occasion pour le "nouveau monde" de prendre le pouvoir est enfin venue.
Neymar, qui rêve d'entamer à 28 ans son règne comme nouveau meilleur joueur de la planète, ne s'y est pas trompé en réalisant une sublime partie... même sans avoir réussi à marquer.
A l'image de son entame contre l'Atalanta Bergame, le N.10 brésilien a pourtant eu une occasion en or d'ouvrir le score d'entrée de jeu ! Malgré le service impeccable de Mbappé dans le dos de la défense, il a vu son pointu s'écraser sur le poteau (6e).
Avec les retours dans le onze de départ du prodige français et d'Angel Di Maria, suspendu contre Bergame, l'entraîneur parisien Thomas Tuchel a enfin pu articuler son attaque autour du maître à jouer brésilien.
Bien décidé à rendre fou ses adversaires avec ses dribbles insaisissables, malgré les cris rageurs du banc adverse à chaque intervention défensive musclée, Neymar a réussi à se procurer un nombre incalculable de fautes.
C'est sur un coup franc qu'il a provoqué qu'Angel Di Maria a délivré un centre parfait pour l’ouverture du score par Marquinhos. 
Incapable de trouver la solution face au pressing parisien, Leipzig a multiplié les pertes de balles dans son camp. Sans un Gulasci attentif (16e) ou encore sauvé par son poteau (36e), l'addition aurait pu être salée après un peu plus d'une demi-heure de jeu.
Comme si l'entraîneur Julian Nagelsmann (33 ans) avait été incapable de répondre au défi tactique de son ancien maître Thomas Tuchel, l'homme qui l'a poussé à devenir coach à l'âge de 20 ans.
Le sursaut de Poulsen, tout proche d'égaliser après un contre initié par Laimer consécutif à une perte de balle de Mbappé (26e), n'a été que le prélude d'un festival parisien à sens unique.
Di Maria, parfaitement servi dans la surface par une talonnade acrobatique de Neymar, est venu sanctionner l'erreur de relance de Gulasci juste avant la mi-temps (2-0, 42e).
Le but du 3-0 aurait pu avoir lieu dans la foulée si "Ney" avait mieux cadré son tir après le centre en retrait de Mbappé (45e). Il sera l'oeuvre de Juan Bernat, oublié par la défense, dès le retour des vestiaires (3-0, 56e).
"Et un et deux et trois, zéro", l'air est déjà connu. Il ne reste plus qu'à concrétiser en finale pour marquer à nouveau l'histoire du foot français.

​Di Maria dans son jardin de lumière

Retour parfait: Angel Di Maria, suspendu en quarts, a pris son mal en patience en Ligue des champions avant d'offrir au Paris SG sa qualification pour la finale (3-0), mardi contre Leipzig dans son jardin lisboète, où son pied gauche semble magnifié comme nulle part ailleurs.
Au bon souvenir de l'Estadio da Luz. L'Argentin de 32 ans a quitté la ville il y a dix ans, mais c'est comme s'il n'était jamais parti. Dans l'enceinte du Benfica, club qui l'a vu éclore en Europe (2007-10), l'ailier parisien a récité son football comme dans les plus belles heures de sa jeunesse, celles qui l'avaient vu taper dans l'oeil du prestigieux Real Madrid.
Un coup franc excentré à tirer ? Et revoilà la patte gauche de l'ancien Madrilène, réglée comme un coucou pour enrouler le ballon jusqu'à la tête rageuse de son futur capitaine Marquinhos. 1-0, 13e minute. Une offrande sublime de Neymar d'une talonnade en plein vol à conclure au point de penalty ? 2-0, 42e. Juan Bernat esseulé au premier poteau ? Centre millimétré, 3-0, 56e. Du gauche, encore et toujours.
En une heure, Di Maria a étalé toute sa panoplie, sans manquer, bien sûr, d'effectuer tous les replis défensifs que son entraîneur Thomas Tuchel exige de lui, et qui déchargent le milieu parisien d'une bonne partie du travail défensif de premier rideau.
Cela lui aurait bien valu une ovation du stade à sa sortie (86e), si le huis clos ne l'avait pas privé de ce plaisir. A la place, il a eu droit aux accolades de tout un staff séduit par l'artiste, et il s'en satisfera. Car là où Mauro Icardi s'était montré complètement inexistant mercredi en quart de finale contre l'Atalanta Bergame (2-1), là où Pablo Sarabia avait manqué de tranchant contre les Italiens, Di Maria a lui relevé tous les défis avec brio, six jours après avoir rongé son frein en tribunes, "très triste" selon ses mots d'être privé de cette rencontre par une accumulation de cartons jaunes, mais assuré d'avoir toujours "le soutien" de ses partenaires.
Comme si le gazon local avait reconnu la finesse des courses, le toucher de balle de l'ancien de Rosario Central, vainqueur sur ce même terrain de sa dernière coupe aux grandes oreilles avec le Real en 2014, la fameuse "Decima" des Madrilènes, au terme d'une soirée renversante contre l'Atlético Madrid (4-1, a.p.), où il avait été l'homme du match. Comme si l'histoire devait le ramener ici, lui qui a vécu, depuis ce 24 mai 2014, toute une série de désillusions, des finales perdues avec la sélection argentine, en Coupe du monde (2014) et en Copa America (2015, 2016), aux campagnes européennes maudites du PSG depuis son arrivée en 2016.
Sans oublier son passage catastrophique à Manchester United, où les supporters n'auront jamais perçu l'once du talent de l'Argentin, encore détesté du côté des Red Devils.
Avec Paris pourtant, entre la "remontada" du FC Barcelone de 2017 et le "come-back" de Manchester United en 2019, "El Fideo" avait à chaque fois brillé au match aller avant de disparaître au retour, à l'instar de nombre de ses coéquipiers.
"C'est un joueur très décisif, il a marqué beaucoup de buts importants pour le club. Il a gagné la Ligue des champions (à Lisbonne, en 2014 avec le Real Madrid, ndlr) et a joué trois ans à Benfica. C'est un joueur important, évidemment", soulignait avant la rencontre son ancien partenaire à Manchester, Ander Herrera.
Un joueur qui, désormais, a toute sa place parmi les plus grands. Et ce n'est pas un hasard si, en cette soirée lisboète, l'Argentin a doublé une légende du jeu dans les statistiques: le voici devant l'ancien Barcelonais Andres Iniesta au classement des meilleurs passeurs de la compétition, avec 27 unités. Depuis la saison 2003-2004, seuls deux joueurs ont fait mieux: Cristiano Ronaldo et Lionel Messi.
"On n'est plus qu'à un pas d'aller encore plus loin dans l'histoire du club", a-t-il lancé après la rencontre. Au stade de la Luz ("Lumière" en portugais) dimanche, Di Maria aura encore l'occasion, lui aussi, de briller de mille feux.

Jeudi 20 Août 2020

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