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​Il faut bien faire avec les trois “R” Reprise, relance et repositionnement

La sortie de crise passe par l'économie verte, l’économie solidaire et l'économie du savoir





​Il faut bien faire avec les trois “R” Reprise, relance et repositionnement

Que faut-il pour redynamiser notre économie ? Une politique de reprise, un plan de relance ou un repositionnement économique ? En effet, ces trois « R » n’ont rien d’interchangeable et chaque terme correspond à  une situation précise. Un état des lieux qui ne semble pas avoir été pris en compte ni par le gouvernement ni par certains experts qui préfèrent parler de relance alors que la réalité est autre. C’est le cas de Moulay Hafid Elalamy, entre autres, qui estime que la relance sera plus rapide que prévu. Le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique estime même que le fait de donner la priorité à l’industrie locale, de réviser les accords de libre-échange, d’attirer les investissements européens et de recourir aux énergies vertes peut constituer une recette idéale pour amorcer cette relance. 
« A l’heure actuelle, le gouvernement n’établit pas de différenciation entre le court et le long termes. Il met en avant la relance économique alors que cette politique n’est normale et légitime que si les fondamentaux économiques, monétaires et de réserves en devises et ceux relatifs à l’emploi sont sains », nous a indiqué Hicham Attouch, économiste.  Et de poursuivre : « Or, le contexte de Covid-19 a fortement touché ces fondamentaux. Ceci d’autant plus qu’avant le contexte de crise actuel, le Maroc était en train de discuter un nouveau modèle de développement ». 
De quoi doit-on donc parler ? Pour notre expert, on doit parler de la reprise économique si on vise le court terme et de repositionnement pour le moyen et le long termes. « Une politique de reprise sert à colmater les brèches pour les six mois à venir. Quant à une politique de repositionnement, elle ne se fait pas du jour au lendemain. Elle doit être déployée après une analyse de la situation durant la période qui s’étale entre juin et décembre et elle est censée être mise en œuvre à partir de janvier 2021 », nous a-t-il expliqué. Et de préciser : « Ce distinguo n’est pas pris en considération par l’Exécutif qui confond entre les temporalités politique et économique ».
Concernant la recette proposée par le ministre, Hicham Attouch estime que toute action doit être analysée dans le cadre national et au vu de ses interactions avec le contexte mondial. « La question des importations-substitution, à titre d’exemple, doit être diagnostiquée dans un contexte international qui sera certainement marqué par le repli économique et le retour du souverainisme chez nos partenaires économiques qui ont commencé à parler de relocalisation. Tel est le cas de la France, notre premier partenaire commercial. Le Maroc est appelé donc à faire beaucoup de sacrifices afin de préserver les investisseurs étrangers sur son territoire », nous a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, le Royaume se vante d’avoir produit des masques et des respirateurs artificiels, mais est-ce que ces produits sont à 100% marocains puisque les technologies et les matières premières qui ont servi à leur fabrication sont importées de l’étranger et que la question de leur coût s’impose avec acuité ? La politique d’importations-substitution est envisageable, mais seulement dans les importations de luxe et dans certains secteurs où l’on dispose d’alternatives ».
Au sujet de la renégociation des accords de libre-échange, notre source se demande si cette révision est vraiment voulue ou imposée. Selon elle, les marges de manoeuvre du Maroc qui n’a jamais rompu un accord de manière unilatérale, sont très limitées et sa menace d’en rompre près d’une soixantaine signée depuis 1996 avec 56 pays est inimaginable vu ses traditions. Il en a notamment signé avec les pays de l’Union européenne dans le cadre du Partenariat euro-méditerranéen ; avec la Suisse, la Norvège et l’Islande dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (en 2000), ainsi qu’avec la Turquie et les Etats-Unis (en 2006), avec 18 pays de la Ligue arabe dans le cadre de l’Accord de la grande zone arabe de libre-échange (en 1998), avec la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie, d’abord séparément puis ensemble dans le cadre de l’accord d’Agadir (en 2007) et avec les Emirats arabes unis (en 2003).
Globalement, ces accords ont certes permis au Royaume de s’équiper et d’exporter davantage, mais ses importations ont crû beaucoup plus vite que ses exportations.
Avec l’Union européenne, principal partenaire du Maroc, les exportations sont passées de 59,4 milliards de DH en 2001 à 182,5 milliards de DH en 2018. Soit une hausse de 123 milliards.
Mais en face, les importations sont passées de 70,6 milliards de DH à 260,7 milliards. Soit une hausse de 190 milliards. 
Le déficit commercial avec l’UE a donc été multiplié par sept, passant de 11 milliards de DH à 78 milliards. 
Le même constat est valable pour les Etats-Unis (déficit commercial de 25 milliards de DH en 2018), la Turquie (16 milliards de DH) et les pays de l’Accord d’Agadir (plus de 5 milliards de DH). 
Quant à l’idée de repositionner le Royaume dans la chaîne de valeur mondiale, Hicham Attouch pense que cette question est plutôt liée au remodelage et à la reconfiguration des chaînes logistiques, d’où la question de débattre aujourd’hui de la stratégie nationale de compétitivité logistique, lancée il y a dix ans et qui accuse beaucoup de retard. 
Tout d’abord au niveau du coût logistique qui est actuellement estimé à 19 % du PIB, donc loin des 15 % espérés pour 2015. Ce ratio se situe entre 10 et 16 % au sein de l’Union européenne alors qu’il dépasse rarement les 17 % dans des pays comme le Mexique, le Brésil ou la Chine. Ensuite, au niveau des projets planifiés autour des axes stratégiques qui ont très peu progressé. Le déploiement des zones logistiques est toujours en attente et la compétitivité du secteur reste en berne. 
Pourtant,  notre expert estime que le vrai débat aujourd’hui touche à la politique de l’emploi. Notamment dans un contexte d’augmentation du taux de chômage qui est passé de 9,1% à 10,5%, particulièrement chez les jeunes qui sont les premières victimes de ce fléau, de l’emploi précaire ou temporaire et du chômage. Ce chantier s’annonce mal vu l’échec des politiques d’emploi déployées au cours de la dernière vingtaine d’années. D’autant plus que le contexte de crise lié au Covid-19 obligera l’Etat à geler les recrutements dans le secteur public et à suspendre la politique d’appui à l’emploi dans le  secteur privé. 
« Le coût social de cette situation sera dur à supporter », nous a  expliqué notre source. Et de conclure : « La sortie de crise passera obligatoirement par l’économie verte, l’économie solidaire et  l’économie du savoir. L’avenir de notre pays est fortement lié à ces trois secteurs économiques qui formeront l’économie de demain ».


Hassan Bentaleb
Mardi 16 Juin 2020

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