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​A Prague, le "Café sans Préjugés" aide la réinsertion des anciens détenus




​A Prague, le "Café sans Préjugés" aide la réinsertion des anciens détenus
Dans un café-confiserie du centre de Prague, Zuzana Auerova sert un client avec une alléchante "palatchinka" (crêpe) chocolat-banane-noix. L'ex-détenue hésite un tout petit peu: la fourchette se place-t-elle à gauche ou à droite de l'assiette?
"Excusez-moi, je ne sais pas encore très bien comment faire", sourit timidement la quadragénaire blonde. Récemment sortie de prison, elle travaille au "Café sans Préjugés" nouvellement ouvert, unique établissement du genre en République tchèque qui emploie d'anciens détenus pour assurer leur réinsertion.
"Il est quasi impossible de trouver du travail avec un casier judiciaire. Les employeurs disent +non+ sans vouloir entendre quoi que ce soit", constate celle qui a passé trois années sous les verrous, pour cambriolage.
Zuzana a une formation de jardinière, mais c'était il y a longtemps, et, à la quarantaine, elle ne se sent plus à même d'exercer cette profession.
A sa sortie de prison, elle n'a trouvé qu'un petit boulot temporaire de laveuse de carreaux, avant de frapper à la porte du "Café sans Préjugés".
"On m'a jetée tout de suite à l'eau, je n'avais aucune expérience dans cette branche. Mais c'est une belle occasion d'apprendre quelque chose de nouveau. Et aussi de communiquer avec les gens, j'aime bien cela", dit Zuzana, avant de servir à deux clientes une délicieuse "Tentation aux Framboises".
Les employés du "Café sans Préjugés" sont embauchés pour huit mois, par la société à but non lucratif partiellement financée par l'argent européen et baptisée "Dismas", du nom du bon larron qui, mis en croix à côté de Jésus, se repentit de ses péchés.
La fondatrice de "Dismas", Katerina Plhakova, s'adonne à l'action sociale depuis une dizaine d'années. Elle gère le café-confiserie avec sa mère Alena Pesanova.
"Il y a en République tchèque des programmes pour les personnes âgées ou handicapées, mais personne avant nous n'a conçu un projet destiné aux gens sortant de prison", dit la trentenaire au sourire contagieux.
Le ministère tchèque de la Justice n'a pas de projets de ce genre. "Le ministère n'établit même pas de statistiques sur le nombre des anciens détenus qui travaillent ou restent au chômage", constate Mme Plhakova.
"Pourquoi ces gens-là devraient-ils porter le fardeau de leur faute pendant toute leur vie?", s'interroge-t-elle. "Ils arrivent chez nous accablés, tristes comme un bonnet de nuit, et il est hallucinant de voir comment ils reprennent de l'assurance, sachant qu'ils sont utiles aux autres".
"Mais nous embauchons uniquement ceux qui veulent réellement travailler, qui ont une motivation", souligne la jeune femme.
Derrière l'une des tables, une cliente pas comme les autres sirote un cappuccino. Stana Ledererova est venue voir comment se débrouille son fils Petr, qui travaille depuis quelques jours dans la cuisine.
"Je suis heureuse qu'il y ait cette possibilité. Ce sera certainement un bon point de départ pour lui. Je sais qu'il souhaite ardemment changer", confie la dame, esquissant un petit sourire, malgré des traces de tristesse dans les yeux.
Ancien mécanicien auto, Petr Lederer se souvient de ses sentiments à la sortie de prison, où il s'était retrouvé pour vols: "J'ai bien sûr éprouvé une immense joie, mais elle n'a pas duré longtemps. Tout à coup, il y a d'énormes soucis: qu'est-ce qu'on va manger ce soir, où on va dormir, comment gagner sa vie..." 

AFP
Vendredi 24 Octobre 2014

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