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“Un acte souvent énigmatique”





Le psychiatre parisien Paul Bensussan, auteur de Le désir criminel (Odile Jacob, 2004),
est spécialiste
de l'infanticide répond aux questions.
La durée de ce quintuple infanticide et l'organisation qu'il met en œuvre sont-elles compatibles avec l'idée qu'il a été commis dans un moment d'égarement imputable à une souffrance extrême ?
Il va de soi que je ne m'exprime que sur la problématique de l'infanticide en général. Votre question correspond à l'idée répandue selon laquelle un acte sous-tendu par une pathologie psychiatrique est nécessairement impulsif. On a peine à croire qu'un acte fou puisse être mûri, programmé, prémédité. C'est parfois le cas.
Durant les semaines qui suivent la tragédie, les relations entre les époux Moqadem ne semblent pas affectées par ce qui s'est produit. Comment peut-on expliquer ça ?
Cette période correspond sans doute au temps durant lequel le mari éprouve de l'empathie, de la compassion pour son épouse. C'est une véritable sidération qui frappe les protagonistes d'un drame aussi violent. La levée de cette sidération suppose de prendre la mesure de ce qui est arrivé. Il y a généralement beaucoup de compassion pour l'auteur d'un infanticide, a fortiori une mère : l'idée prévaut dans tous les esprits qu'il a fallu une grande souffrance pour en arriver à pareille extrémité. C'est la raison pour laquelle il n'est pas rare que l'auteur d'un infanticide bénéficie d'un verdict clément aux assises. C'est particulièrement vrai lorsque, comme ici, l'infanticide est suivi d'un geste suicidaire dont l'authenticité n'est pas douteuse.
Les psychiatres qui ont examiné Geneviève Lhermitte évoquent « un suicide altruiste » même si l'expression leur paraît malheureuse. Qu'entend-on par là ?
Le suicide altruiste consiste à emmener avec soi ceux qu'on aime dans la mort. Il survient dans une forme gravissime de dépression - la mélancolie, dans le jargon psychiatrique - qui a pour effet d'altérer plus ou moins le discernement, voire de l'abolir dans les formes les plus sévères. L'enjeu de l'expertise revient alors à déterminer si la dimension de l'infanticide l'emporte sur la dimension du suicide.
On a du mal à concilier, chez Geneviève Lhermitte, l'énormité du geste avec l'explication qu'elle en donne et qui tient, finalement, en peu de mots…
Votre réflexion témoigne de l'incompréhension qui persiste face à l'ampleur du drame. L'infanticide est un acte qui reste bien souvent énigmatique et il est rare que la lecture qu'en donnent les experts psychiatres - en dehors de pathologies mentales lourdes - soit reçue comme une explication satisfaisante. Certains actes confrontent les psychiatres aux limites de leur science et nous devons parfois admettre l'incapacité dans laquelle nous nous trouvons de les expliquer.

Libé
Dimanche 21 Décembre 2008

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