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Mohammed Cherfaoui : Les déportations ont été accompagnées de violences et de maltraitances dont les victimes gardent les séquelles




Mohammed Cherfaoui : Les déportations ont été accompagnées de violences et de maltraitances dont les victimes gardent les séquelles
Mohammed Cherfaoui
est l’un des déportés du régime algérien en 1975.
Il est président de la
section de l’Association de défense des Marocains expulsés d’Algérie (ADMEA). Ingénieur,
il a pu s’intégrer dans la
société civile française.
Il défend la cause des déportés d’Algérie
auprès des instances européennes et exige
des excuses de la part du régime algérien.

“Nous, l’Association de défense des marocains expulsés d’Algérie (ADMEA), voulons attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur la tragédie qu’a connue la communauté marocaine d’Algérie suite aux conflits politiques qui perdurent entre les deux pays (Algérie et Maroc).
Nous voulons dénoncer à travers les médias les actions de violences exercées par les autorités algériennes, en représailles à des conflits politiques, sur la communauté d’origine marocaine de ce pays, une communauté vivant paisiblement et légalement, depuis plusieurs générations.
Notre action s’inscrit dans la lutte contre les violations des droits de l’Homme que subissent les populations civiles sans défense en temps de guerre ou lors des conflits et discordances politiques. Pour comprendre le drame survenu en 1975 et gardé en silence depuis plus de 30 ans, il est indispensable de retracer brièvement l’histoire de cette communauté longtemps occultée.
La communauté marocaine en Algérie est la plus ancienne des communautés de ce pays ; de ce fait, beaucoup de ces familles ont perdu au fil des générations tout lien avec leur pays d’origine, le Maroc. En outre les mariages mixtes sont venus intégrer cette communauté dans la société algérienne.
L’indépendance de l’Algérie a eu pour effet de plonger les familles d’origine marocaine dans l’ostracisme et l’exclusion aggravés par les multiples conflits algéro-marocains dont le premier remonte à octobre 1963. Ce conflit appelé « la guerre des sables » a été déclenché suite au refus des pouvoirs publics algériens d’honorer leur engagement pris avec le Maroc concernant la modification des frontières au profit de ce dernier.
Le conflit armé n’a duré que quelques jours avant de prendre fin sur un statu quo, mais ses retombées sur les Marocains d’Algérie ont été importantes.
En effet, en 1963, des centaines de familles ont été expulsées vers le Maroc et spoliées de leurs biens. Ces familles se sont retrouvées complètement démunies dans un pays inconnu pour la plupart d’entre elles, et où elles ont été livrées à elles-mêmes.
Aucune structure d’accueil n’a été mise en place au Maroc excepté des tentes dressées à cet effet pour l’hébergement et quelques vivres distribués les premiers jours de leur arrivée.
Ces expulsions ont été occultées d’un côté comme de l’autre. Les expulsions les plus douloureuses ont été celles des familles mixtes qui ont été dépecées selon une règle aussi simpliste qu’ignoble: les enfants suivaient toujours le père. Lorsque ce dernier était marocain, il était expulsé avec les enfants considérés marocains au même titre que leur père.
La mère restait en Algérie. Lorsque c’était la mère qui était marocaine, elle était expulsée seule. Car elle seule était étrangère. Le Maroc a dénoncé timidement ces expulsions.
Malgré des accords de paix signés, les relations sont restées tendues entre les deux pays. Après 1963, d’autres expulsions ont eu lieu mais moins importantes en nombre que la précédente. Elles s’opéraient sur dénonciation ou règlement de compte. Là, également, les familles n’avaient le droit d’emporter que les vêtement qu’elles portaient sur elles.
Le conflit de 1975 concernant le Sahara dit à l’époque occidentale, a été le plus dramatique pour la communauté marocaine d’Algérie. Le 8 décembre 1975 alors que les deux pays étaient au bord de l’affrontement militaire, des milliers de familles d’origine marocaine ont été déportées manu militari, à la frontière.
La chasse aux Marocains a été déclenchée un jour de fête (Aïd Al-Adha). Ce jour-là, la police algérienne a fait irruption chez des familles marocaines qui fêtaient paisiblement l’Aïd pour les arracher de leurs foyers et les déporter au Maroc où beaucoup ne connaissaient plus personne. Les couples mixtes étaient éclatés selon la règle précitée.
La chasse aux Marocains et Marocaines était ouverte dans tout le pays. Ces derniers étaient enlevés sur leurs lieux de travail, dans la rue, et même dans les lycées car la déportation a été aussi inhumaine que désordonnée.
Des adolescents et adolescentes enlevés des collèges et lycées se sont trouvés déportés seuls dans la foulée sans leurs parents restés en Algérie. Les déportations ont été accompagnées de violences et de maltraitances dont les victimes gardent encore les séquelles.
Cette tragédie humaine a été également à l’instar des précédentes, gardée sous silence. Le gouvernement marocain n’en a parlé que brièvement et timidement alors que des milliers de familles privées de leurs proches, de leurs enfants, de leurs parents se trouvaient sous des tentes à Oujda.
Livrés à eux-mêmes ou presque, certains déportés (surtout les hommes) ont mis le cap sur l’étranger (Europe), d’autres ont regagné leur chez eux, en Algérie, clandestinement car la frontière étant surveillée militairement, conflit oblige, ils ont risqué leur vie.
La communauté marocaine d’Algérie bien que intégrée et même confondue dans ce pays était repérable et distinguée de la société algérienne à cause de la mention SNP (sans nom patronyme) apposée, sur leur carte d’identité, par les autorités françaises à l’époque de la colonisation.
Ce signe distinctif reconduit par les autorités algériennes de l’indépendance a été vécu par cette communauté comme une stigmatisation. Ce qui a poussé certains membres de celle-ci à assimiler cette mention à l’étoile de David  des Marocains.
Après plus de 30 ans de silence aussi insupportable qu’inexplicable et inexcusable, sur les déportations arbitraires, les dépossessions des biens, les départs forcés pour causes d’exclusion,  l’Association de défense des Marocains expulsés d’Algérie (ADMEA-EUROPE) a vu le jour le 7 septembre 2007 (date de dépôt des statuts). Cette association créée à l’origine à Nador (Maroc) réclame :
-la reconnaissance publique par les plus hautes autorités de la république algérienne des faits et expulsions ;
-la réparation morale et matérielle des préjudices subis par les victimes des expulsions.


“Prix Nobel” : une candidature absurde

“Nous sommes une communauté née en Algérie (avant 1962) et d'origine marocaine. En 1975, nous avons été déportés arbitrairement par les autorités algériennes avec une brutalité et une injustice flagrante et incompréhensible à ce jour. Cette communauté de 45000 familles expulsées manu militari du jour au lendemain en 1975 est aujourd'hui très éparpillée au Maroc, en Europe et en Amérique du Nord.
Nous cherchons à faire connaître notre cause et instruire le dossier pour pouvoir en obtenir la reconnaissance et en corollaire nous demandons des excuses publiques des plus hautes autorités de l'Etat algérien. En effet, nous avons été humiliés et spoliés de tous nos biens et nous demandons que justice soit faite aujourd'hui.
Nous sommes très sensibles à l'impact du Prix Nobel qui aujourd'hui fait autorité. Si nous vous écrivons, c'est parce que nous avons appris par les journaux que Monsieur Abdelaziz Bouteflika, le Président de la république algérienne, est candidat au prix Nobel de la Paix 2008 et cela nous a énormément choqués, même si on sait que "les candidatures n'engagent que ceux qui les déposent".

Les objectifs de l’ADMEA
- Porter au grand jour une page noire de l’histoire du Maghreb gardée trop longtemps à l’ombre. Le travail de l’association consiste à prendre contact avec les déportés, rassembler et confronter les témoignages pour la reconstitution des faits et les porter devant un tribunal.
- Créer un espace de solidarité, de rencontres et de communications pour toutes ces victimes et les soutenir
- Attirer l’attention des responsables sur les conséquences du conflit du Sahara sur la population civile (séparation de familles suite à la fermeture de la frontière depuis 1994).
Actuellement, l’ADMEA entreprend les actions suivantes:
-Auprès de l’Algérie :
Soutenir l’action de l’ADMEA pour la réparation morale et matérielle des préjudices subis par les expulsés. Contraindre l’Algérie à se prononcer sur toutes les violences commises sur des personnes civiles en représailles d’un conflit politique ;
-Auprès du Maroc :
Demander à ce pays de donner à ce drame toute la dimension qu’il mérite en œuvrant politiquement pour la restitution de leurs biens spoliés et de reconnaître les expulsés comme des victimes d’un conflit politique et agir en conséquence.
Nous demandons à tous les démocrates épris de justice de soutenir notre jeune association pour que ces atrocités ne se répètent plus, et que ces actes répressifs et injustes ne restent pas impunis ».


MOHAMED CHERFAOUI
Mardi 30 Décembre 2008

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