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La médina de Casablanca revisitée




La médina de Casablanca revisitée

Casablanca est une ville qui a tout sacrifié sur l'autel de la modernité. Y compris son passé. C'est une ville qui joue aux amnésiques comme d'autres se livrent à des mortifications rituelles. C'est-à-dire avec constance et violence. A telle enseigne que peu d'entre ses habitants savent qu'elle fut habitée dès la préhistoire.
Par contre, nombre d'entre eux croient qu'elle est un pur produit de la colonisation.
N'eût été cette ancienne médina que les murailles n'arrivent plus à cacher au regard des passants, ces quelques canons pointés sur nulle part qui surmontent une Skala qui ne défend plus rien d'autre que le pain quotidien des cafetiers qui s'y sont installés et ces quelques maisons de style arabo-mauresque éparpillées çà et là au gré de ruelles à la fois étroites et grouillantes de monde, nul ne se rappellerait des tourments de cette Anfa qui n'a même pas su garder son nom d'origine.
Ni des temps jadis où le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah avait décidé d'en restaurer les murailles et de la fortifier pour qu'elle puisse jouer le même rôle qu'Essaouira: faire commerce utile avec l'Europe tout en se défendant contre ses attaques.
La ville a ainsi réintégré les circuits d'échanges économiques en Atlantique; d'où l'instauration d'une douane permanente à partir de 1836.
Aventuriers en tout genre y débarquèrent. Idem pour les habitants des alentours. De ces temps-là datent les premiers exodes ruraux et les premiers « bidonvilles». Ils ne s'appelaient certes pas ainsi, le concept n'ayant été forgé qu'après l'instauration du protectorat français, mais les «tnakers».
Casablanca deviendra alors une ville à deux visages. D'un côté, ce sera l'opulence et de l'autre la pauvreté. Entre les deux, rien. Du moins rien de consistant hormis des projets de logements populaires.
Sous la colonisation, ce sera d'abord le quartier des Habous, Hay Al Hajib, Aïn Chock, Socica, Atabat, la kasbah de Fédala, etc.
Des « trames sanitaires» aux « 200.000 logements», les projets concoctés par le Maroc indépendant sont aussi nombreux. Les problèmes le demeurent également.
Première cité industrielle, poumon financier du Royaume, ville commerciale d'un dynamisme à tout écrin, Casablanca est une mégapole où tous les Marocains rêvent d'y habiter.
Elle est devenue le creuset d'une urbanité en gestation ; un laboratoire où tous les styles architecturaux ont été testés. D'où quelques réussites et beaucoup d'horreurs.
Au premier volet, figurent les monuments d'architecture néo-mauresque et art-déco qui égrènent le centre-ville et, au second, les dizaines de murs-rideaux qui, au prétexte d'une modernité mal assimilée, la transfigurent de part en part.
L'ancienne médina continue, pour sa part, à péricliter lentement, mais sûrement.
Non seulement certains de ses plus beaux bâtiments sont dans une totale décrépitude, mais la pression démographique et l'indigence des habitants risquent de la mener vers une mort certaine.
A moins que l'actuel projet de Marina ne la sauve du désastre, il arrivera peut-être  un jour où l'on n'en parlera plus qu'au passé.


A.Saaïdi
Samedi 17 Janvier 2009

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