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La crise se propage lentement dans la sphère de l’économie réelle




La crise se propage lentement dans la sphère de l’économie réelle
Le Centre marocain de conjoncture a consacré, mardi 24 février 2009 à Casablanca, sa 19ème rencontre annuelle aux «Incidences de la crise financière: quelles sorties ?». Le choix de la thématique n’est pas fortuit. Il se justifie par la nécessité aussi bien pour les analystes et autres conjoncturalistes que pour les décideurs économiques, d’examiner les différents scénarios et les pistes susceptibles de limiter les impacts de la crise financière et économique sur le Maroc.
Les pouvoirs publics avaient au départ minimisé les répercussions de la conjoncture mondiale sur le Royaume. Ils ont été obligés, toutefois, de regarder la réalité en face et d’annoncer par la suite une panoplie de mesures en faveur essentiellement des secteurs vulnérables, en l’occurrence l’automobile, le textile, la PME, l’emploi et le tourisme.
Conscient de l’importance capitale de l’analyse fondée sur des bases solides, le Centre marocain de conjoncture a pris l’initiative de débattre de cette problématique d’actualité urgente. Il a, à cet effet, invité des responsables gouvernementaux, des opérateurs publics et privés ainsi que des experts pour permettre à l’économie marocaine « de faire face à la crise et d’être capable d’en sortir plus vite et renforcée».
Pour atteindre ses objectifs, «l’économie marocaine doit être forte, réactive et capable de travailler avec efficacité», sous condition évidemment d’une « volonté politique et des moyens d’action efficaces».
La rencontre annuelle du CMC s’est fixé trois axes fondamentaux. Le 1er s’est penché sur « la vision globale: anti-crise ou poste-crise». Le second a été consacré aux plans d’action sectoriels. Les intervenants se sont efforcés d’apporter des réponses adéquates aux questions se rapportant au contenu, moyens de financement, impact attendu, rôle des organisations professionnelles et dispositifs spécifiques en faveur des PME.
L’examen a  porté aussi sur les secteurs clés relatifs au marché local et aux marchés extérieurs. D’où l’examen de la situation des secteurs notamment le tourisme, l’immobilier, l’agroalimentaire, le textile ainsi que l’automobile et l’aéronautique. Le dernier axe a été marqué par les projections faites par les analystes et experts sur la croissance en  2009 et 2010.
La note de présentation du CMC indique que «le Maroc se trouve confronté à une crise majeure, qui s’étend lentement dans la sphère de l’économie réelle. Les risques de crise font maintenant partie intégrante de l’environnement économique. Il est impossible de les éviter, mais il est prioritaire d’être vigilant pour les affronter lorsqu’ils se précisent».
Bien que la crise intervienne dans un environnement macro-économique assaini et que les perspectives de bonnes récoltes atténuent les pertes probables de points de croissance, le Maroc commence déjà, selon la même note, à subir de lourdes conséquences, dues en partie à l’exposition de quelques secteurs de son économie aux chocs extérieurs.
Et le Centre d’être plus explicite : «La demande adressée au Maroc, les transferts des MRE, les flux de touristes subissent les contrecoups des pertes de pouvoir d’achat des ménages des pays européens  ou des réallocations plus prudentes de leurs dépenses de consommation».
Il est par conséquent prioritaire, d’après le CMC, de concentrer les efforts sur la préparation de mesures pratiques et d’un plan d’action susceptibles d’être mis en oeuvre rapidement. Il est également indispensable de faire évoluer les mécanismes de régulation pour permettre de mieux répondre aux risques.
Aussi, les responsables politiques sont-ils interpellés sur les ajustements prévisibles de la politique macro-économique.
Quelle politique monétaire ? Quelle gestion des taux de base et des réserves obligatoires en vue de fluidifier le marché monétaire, de desserrer la trésorerie des banques, de rendre la réglementation de Bâle II moins contraignante pour l’accès au crédi-notamment pour la PME- de stabiliser les prévisions des entreprises et des consommateurs et de cibler l’inflation tout en prévenant une baisse inutile et potentiellement  prolongée de la croissance ?
Quelle politique de dépenses publiques ? La politique budgétaire doit-elle prendre des mesures spécifiques, en vue d’éviter que la situation économique subisse une détérioration inattendue ? Le budget dispose-t-il de marges fiscales qui pourraient être  utilisées pour stimuler les investissements publics et/ou privés ou accorder des incitations fiscales en vue de favoriser une croissance à long terme ? La situation budgétaire accepterait-elle une faible augmentation des déficits qu’entraînerait éventuellement une augmentation  des dépenses ? Comment permettre aux stabilisateurs automatiques de fonctionner pleinement ?
Quelle politique du commerce extérieur ? Soutenir les exportations devient un axe majeur de la politique de redressement des déséquilibres extérieurs, quels moyens doivent être mobilisés à cet effet ? Comment rendre opérationnelles les institutions d’accompagnement de l’effort du Maroc à l’export ? Faut-il mobiliser le système de défense commercial pour protéger le marché intérieur de la concurrence déloyale?
Quelle politique de change ? Provoquant une contraction de la demande adressée au Maroc et une redistribution des cartes de la compétitivité, la crise a pénalisé les exportations nationales, en particulier à destination de l’Europe. Dans ce contexte, des regards se tournent sur le taux de change comme variable permettant d’ajuster la balance courante. Il est donc intéressant de se demander si le mode de gestion du dirham sera affecté par la crise actuelle.
Quelle politique salariale? De légères augmentations salariales aideront-elles à soutenir la demande et la consommation? Le risque  d’amplification de la crise ne devrait-il pas encourager les instances du dialogue social à rester dans une ligne de modération des revendications? Les revenus salariaux ne devraient-ils pas être toutefois compatibles avec la stabilité des prix à moyen terme face au risque d’une inflation provisoire plus élevée?
Autant de questions soulevées par les analystes du Centre marocain de conjoncture qui, au lieu de réserver un simple traitement éphémère à la crise, invitent tous les acteurs, décideurs politiques, économiques et monétaires du pays à débattre sérieusement de cette problématique dont le Maroc ressent déjà les premiers effets.
Des solutions appropriées
 aux problèmes spécifiques
Le contexte actuel et la crainte d’une dégradation plus prononcée de l’état de l’économie invitent à trouver rapidement des solutions appropriées  à des problèmes spécifiques majeurs soulevés par la crise ou les risques de perturbation de quelques secteurs: textile, sous-traitance automobile et aéronautique, agroalimentaire, immobilier et tourisme.
 Des mesures et des plans d’action sectoriels sont en cours de définition. Quels en sont les contenus et la contenance? Quels sont les moyens de financement prévus pour leur mise en œuvre ? Pour quel coût et quel impact attendu ? Quel mode institutionnel d’appropriation de ces plans d’action par les organisations professionnelles et les entreprises des secteurs ciblés ? Quelle part prendra la PME dans l’affectation de ces ressources ? Quels dispositifs spécifiques prévus en faveur de la PME?
Si les issues de la crise nécessitent d’avoir recours à des instruments ciblés et adéquats et une méthode de traitement différenciée selon la nature des secteurs et au cas par cas, il est également indispensable d’appréhender les difficultés au niveau global.
Cela signifie : reconnaître l’interdépendance des secteurs et activités, convenir que la crise pourrait se propager de plus en plus, accepter de travailler à l’amélioration de l’efficacité du traitement de la crise en assurant une véritable cohérence entre les divers dispositifs spécifiques prévus.

M.K.
Samedi 28 Février 2009

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