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L'expression par le cinéma





Le cinéma marocain va entamer la conquête du langage cinématographique, la maîtrise de la thématique et la capacité de s'exprimer et de se dire par l'image et par le son. “Wechma” de H.Bennani (1970) est l'expression d'un malaise aussi bien social qu'individuel, d'une révolte contre l'ordre patriarcal. Son écho en musique marocaine se trouve dans les chants révoltés de Nass el Ghiwane. Le véritable 7ème art marocain est né. Et si Ousfour est le pionnier du cinématographe marocain, Bennani semble figurer comme le précurseur du 7ème art marocain.
Mais le regard n'est pas encore constitué et abouti. Il lui manque quelque chose. On n'est certes plus ni dans la magie, ni dans la raison technique, mais dans la laïcité de l'expression subjective et intime.
On veut tout dévoiler, tout dire. Sans tabou. Sans restrictions. On veut dire le corps, la société, le malaise, le bien-être, le tragique, le comique.
On veut mettre à nu la société entière, exhiber son corps vieillissant mais beau, cracher dessus pour l'exorciser de ses jougs et tabous…Et pour mieux parler, on affiche son hostilité contre le cinéma grand public, commercial et populaire et on se recroqueville dans les méandres d'un cinéma intimiste, on  explore les béances de l'interdit en convoquant les dieux de la nouvelle vague, du néoréalisme, du cinéma direct, du ciné-oeil et de l'underground. L'expression n'est pas que langage, elle est aussi style, genre, école, délire et auto-flagellations.
La culture savante saute sur le dispositif filmique, le domestique, le manipule pour mieux dire son malaise et sa contestation, pour mieux y insuffler sa Weltanchuung, pour mieux se démarquer des consommateurs de pellicules et de sensations fortes.
L'ère de l'expression ne rit pas, ne s'amuse pas, ne cherche pas à séduire l'audience et les box-offices. Elle est en rupture avec Hollywood et Bollywood ! Et elle veut condenser dans les métonymies visuelles et les métaphores iconiques les douleurs et les délires d'un Maroc qui rêve d’avenir.
Et le comble, c'est que l'expression cinématographique est contagieuse : l'expression verbale méta-cinématographique des ciné-clubs, de la critique, du journalisme, du cinéma…va prendre un essor considérable partout au Maroc.
Mais très vite, l'expression est devenue autisme, solécisme, voire scepticisme. Au nom du cinéma d'auteur, de la culture savante, du rejet du commercial, notre cinéma va rompre tout lien avec son public immédiat, et va le livrer en pâture au formatage de Hollywood et de Bollywood.
Drame d'un cinéma au regard encore embryonnaire : le Maroc produit des films qui réussissent la conquête des festivals, mais qui peinent à toucher les cœurs et les guichets.

Libé
Samedi 13 Décembre 2008

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