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L'âge de la communication





Annoncé par « Un amour à Casablanca » de A.Lagtaa et par « A la recherche du mari de ma femme » de A. Tazi, le film marocain centré sur la communication (c'est-à-dire  ouverture sur le grand public en respectant les exigences techniques et artistiques du film) va trouver son expression réelle dans « Mektoub » et « Ali Zawa » de N.Ayouch. Au lieu de laisser les autres occuper notre imaginaire populaire, une pléiade de jeunes talents, vont se charger d'une mission possible mais délicate: concilier (et non réconcilier) le public marocain avec son cinéma et son image, séduire les cœurs et les festivals, être artistiquement exigeants et s'ouvrir sur le public qui a besoin (la catharsis est légitime !) de rire, de pleurer, d'avoir peur, de haïr, d'avoir pitié et d'admirer.
Nous sommes, aujourd'hui,  au cœur de l'ère de la communication ; mais  le regard marocain n'est pas encore tout à fait constitué, bien délimité. Les Marocains s'y attellent.
Ils sont de plus en plus conscients et sensibles aux enjeux culturels, commerciaux, sociaux et mondiaux du cinéma. Malgré la crise des salles de cinéma, il existe un engouement sans précédent pour les images, surtout pour des images marocaines, fabriquées par des Marocains ! Malgré les problèmes de piratage, on s'applique à former de futurs jeunes cinéastes et on investit dans les multiplexes ! Malgré la superpuissance des films-chewing-gum, on multiplie les festivals et les rencontres cinématographiques. C'est que l'ère de la communication apporte plus de promesses pour le cinéma que les périodes précédentes.  Le cinéma n'est plus un privilège ni un droit, il est devenu un devoir démocratique. Un devoir pour être visible dans la tour de Babel des images. Un devoir pour contribuer à résorber le chômage. Un devoir pour une entente interculturelle. Tout converge vers le cinéma aujourd'hui. C'est le pari contre les rêves médiatiques qui s'érodent et se dissolvent facilement. C'est le pari contre la médiocrité, la facilité, l'oubli, la désillusion…
La communication, c'est la convivialité, la complicité, l'harmonie, la construction ensemble, la mémoire libérée, l'espoir fleuri…C'est aussi l'exigence vis-à-vis de soi et des autres, la dénonciation de nos maux tus, la mise à nu de nos plaies non cicatrisées…
De nombreux cinéastes marocains se sont déjà engagés pour un regard cinématographique marocain qui ne nie ni les diversités subjectives ni les différences culturelles et qui s'inscrit dans le développement durable de l'intelligence.
L'ère de la communication exige un cinéma qui surprend non seulement par sa thématique mais aussi par ses choix techniques et plastiques, un cinéma qui concilie subjectivité, société et universalité, un cinéma qui soit non pas une prothèse éphémère, mais une extension du corps et de l'âme marocains, un cinéma qui explore tous les genres, tous les mouvements et qui écoute patiemment et passionnément son héritage visuel et narratif.
Le 4ème âge du regard cinématographique marocain n'est sans doute pas le dernier puisque ce cinéma est encore à ses débuts. 50 ans, c'est l'âge de la maturité et de la créativité.
Au commencement était M. Osfour, puis, vint H. Bennani, et maintenant c'est toute une myriade de jeunes talents, de la trempe de F. Bensaidi, Daoud Oulad Sayed, Narjis Nejjar et d'autres,  qui partent à la conquête de la Planète Cinéma.
On n'hésitera pas à ce stade de la réflexion à proposer, pour sans doute reposer l'interrogation autrement sur les débuts d'un cinéma marocain (Le chevrier marocain, Le fils maudit ou Wechma ?), une périodisation basée sur trois époques :
- L’origine du cinéma marocain qui s'étendrait de l'arrivée des opérateurs Lumière jusqu'à Ousfour et qui correspond au premier âge du cinéma marocain;
- la naissance du cinéma marocain primitif avec   le précurseur-miracle  M.Ousfour
- les premiers pas d'un cinéma d'expression et de communication avec Tazi, Lahlou et Bennanni
Mais, qu'on ne s'y méprenne pas ! Les films de la période coloniale, les films tournés au Maroc, les œuvres réalisées par les Marocains appartiennent tous au patrimoine cinématographique marocain. On ne saurait parler de “Mektoub” de Nabil Ayouch sans penser, dans un élan intersémiotique et culturellement marocain, à Inchon.
On ne peut pas non plus savourer « Les cœurs brûlés » de Maânouni sans se rappeler Morocco de Sterrnberg, dont le sous-titre est justement « Les coeurs brûlés », etc. D'une manière ou d'une autre, le cinéma marocain est en filiation directe ou indirecte avec le cinéma au Maroc. On ne saurait comprendre l'histoire de notre cinéma sans une réelle méditation sur ses origines et sans des interrogations sereines et dépassionnées de la mémoire interculturelle commune. Plus encore : nous devons revendiquer nos  images (fixes ou mobiles) fabriquées par l'altérité comme notre propre patrimoine national. Nos âmes y sont fixées à jamais !
Enfin, mon cœur penche pour l'idée que le baptême du cinéma marocain commence avec Ousfour, mais la recherche scientifique inclinerait plutôt pour une période antérieure. Et dans tous les cas, l'histoire du cinéma marocain ne peut réellement exister que si elle est mise à disposition du public, du citoyen marocain, particulièrement les jeunes.
 Il faut libérer les films classiques marocains et les films classiques tournés au Maroc et leur donner plus de visibilité, plus d'existence, plus de présence.  Et comme « il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour » (Cocteau), il n'y a pas d'histoire du cinéma, il n'y a que des traces, des preuves d'histoire du cinéma.
De plus, il semble nécessaire de réhabiliter le documentaire et d'autres genres filmiques. L'histoire du cinéma marocain/au Maroc est également celle des documentaires, courts ou longs, des films publicitaires et de propagande,  des actualités filmées, etc.

Université Cadi Ayyad

Youssef Aït Hammou
Samedi 13 Décembre 2008

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